ReOpen911.info : Site d'information sur les attentats du 11 septembre 2001

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#1 09-10-2007 08:02:10

Thibaut
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Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Dans ce fil je tente de poster les articles significatifs pour notre combat de la presse écrite parus dans l'immédiat après 11 septembre. Toute aide est bienvenue. S'il y a des abonnés au Monde sur le forum, ils ont le droit d'accéder à un certain nombre d'articles des archives sur le site du monde. De cette manière, on pourrait compléter les articles les plus susceptibles de nous aider. Je commence par un article qui fait plaisir (Ensuite je complète(rai) mois après mois jusqu'en 2003 au moins):


Je ne me sens pas américaine, par Marie-José Mondzain
Marie-José Mondzain est directrice de recherche au CNRS.
http://www.elmandjra.org/lemonde180901.htm

LE MONDE | 18.09.01 | 10h53 | analyse

Depuis le 11 septembre, il nous est demandé d'être américains.

Personnellement, aujourd'hui, je ne me sens pas du tout américaine, mais je sens au contraire redoubler en moi toutes les raisons de condamner un monde qui fait chorus avec un président catastrophique, celui qui défend la peine de mort et qui n'a que mépris pour le Moyen-Orient. L'horreur de ce qui vient d'arriver nous plonge tous dans la tristesse et dans l'effroi. De telles émotions ne doivent en aucun cas paralyser la pensée et nous priver de tout jugement.

L'analyse des images qui nous submergent est mythologiquement claire. Le symbole d'un empire économique s'écroule, rien ne manque aux emblèmes, ni la tour babélienne, ni la foudre divine, ni, surtout, le discours qui retourne la guerre sainte des uns en justification de la sainte guerre des autres. Des hommes et des femmes succombent ensemble, bourreaux et victimes indistinctement. Et le deuil ne se prend qu'en cantiques et drapeaux. Dies Irae ! La planète est en prière, et l'Amérique est sûre que Dieu va exprimer sa colère et son désir de juste vengeance contre les pieux impies.

Les morts ne sont que des chiffres, ils s'appellent "disparus", ceux qui sont absents de toutes les images. Jamais on n'a tant parlé de Dieu. La vraie victime n'est pas de chair, elle n'est pas humaine, mais symbolique. Voilà ce qu'il nous faut croire. La confusion est devenue totale entre bourreaux et victimes, mais aussi entre réalité du deuil et fiction des drapeaux, entre symbole de béton et vie humaine.

Certains ont pu parler des dangers d'un abus des images de "la mort en direct", d'autres ont évoqué la lourde analogie cinématographique avec les films-catastrophes. Il n'en est rien. Le passage en boucle d'une dizaine d'images obsédantes et répétitives de deux tours qui s'effondrent n'a pas le moindre rapport avec le direct d'une temporalité, qu'elle soit réelle ou narrative. Bien au contraire, elle fait basculer le spectateur dans la répétition hallucinatoire d'un clip-cauchemar, c'est-à-dire d'un mauvais rêve empruntant le rythme publicitaire.

La déréalisation opère dans la fascination de l'effroi, et nous attendons le réveil salvateur.

On nous hypnotise, on nous maintient dans la stupeur. Il faut que l'imprévu entre dans l'impensable. J'entends une radio dire : "L'impensable est arrivé." Cette situation informative est d'une grande violence et nous prépare à la violence impensée des réponses qui se préparent.

Soyons clairs à notre tour. Comme dans tout scénario meurtrier, la question de l'enquêteur est : à qui profite le crime ? Aux Palestiniens ? Certainement pas : Sharon a enfin les mains libres. Il ose dire qu'Arafat est son Ben Laden et il va continuer sa politique aveugle face aux nations tétanisées ! Aux Afghans écrasés par les talibans ? Non plus : les voilà menacés de disparaître demain sous les bombes américaines. Aux pauvres ? Aux opprimés ? Pas le moins du monde. Si Ben Laden est bien en cause, il est le fils traître des Etats-Unis, leur ancien élève, l'outil stratégique de naguère ; sa richesse est américaine.

A présent, dans le monde entier, les Arabes sont montrés du doigt comme des monstres programmés religieusement. Halte à l'amalgame, dit-on. L'amalgame est fait, voilà la triste vérité.

Non. Ceux qui se dressent plus arrogants et plus forts que jamais sont Bush, Poutine et Sharon. Quelle réussite ! Bush devient un immense héros à la fois tragique et vengeur, et Poutine peut en finir avec les Tchétchènes...

Maintenant, regardons de plus près : voilà un pays, le plus puissant du monde, qui ne vous laisse pas entrer chez lui avec un camembert, un chien non vacciné ou une carte du Parti communiste même périmée, mais où vous pouvez, en tant que citoyen d'un pays arabe appartenant à des réseaux terroristes, entrer avec un faux passeport, apprendre à piloter, vous équiper d'armes blanches sans faire l'objet du moindre soupçon, de la plus petite surveillance. N'est-ce pas étrange ? Vous pouvez même faire savoir qu'il se prépare quelque chose de fort méchant, on ne vous croit pas.

Ces mêmes Arabes sont si stupides qu'ils circulent encore deux jours après l'attentat dans un aéroport avec des armes blanches, des consignes de pilotage ; d'autres laissent une voiture avec le Coran et un manuel de pilotage dans un parking. Suivez la trace, c'est simple, le lendemain. La CIA et le FBI, avant-hier encore impuissants, deviennent d'une efficacité stupéfiante. Tout cela est si invraisemblable qu'on ne peut pas ne pas se poser des questions graves.


Je ne suppose aucun grand complot machiavélique, mais je constate que la stratégie confusionniste des informations vise à produire un chaos ténébreux dans l'esprit de chacun. Si nous ne savons plus quoi penser, quelle aubaine pour ceux qui pensent à notre place et qui prendront des décisions terribles sans que nous ayons pu exprimer nos doutes, nos interrogations, nos analyses. Le prix payé par les vraies victimes de cet effroyable carnage est démesuré. Encore faut-il que les vies humaines aussi, en Occident, aient autant de prix qu'on nous le dit. L'histoire de notre XXe siècle nous permet d'en douter.

Tout ce que je souhaite, c'est que nos gouvernements occidentaux ne s'engouffrent pas tête baissée dans un inextricable écheveau d'intérêts économiques dont la population civile de la planète entière est en train de devenir l'otage. Nous devons tous résister au désir de vengeance aveugle qui ouvre à nouveau les vannes au racisme, au fanatisme religieux de tous les camps, et qui nous ferait oublier de remonter aux véritables causes économiques et politiques d'un si grand désastre.


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#2 09-10-2007 08:27:46

Thibaut
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

ARTICLES PARUS EN SEPTEMBRE DANS LE MONDE


Ceux qui ont accès à ces archives (abonnés ou autres pourraient compléter)

Une spéculation massive à la veille du drame inquiète les autorités

Article publié le 19 Septembre 2001
Par JACQUES FOLLOROU
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 738 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=722913

Extrait : LES AUTEURS DES ATTENTATS auraient-ils doublé leurs opérations-suicides d'une spéculation massive sur les marchés financiers internationaux ? Les autorités boursières américaines, japonaises et allemandes ont ouvert des enquêtes sur des transactions, jugées suspectes, réalisées quelques jours, voire la veille des attaques perpétrées, le 11 septembre, contre les deux tours du World Trade Center, à New York et le Pentagone.


il faut payer pour lire la suite...


La France aussi enquête sur d'éventuels délits d'initiés

Article publié le 20 Septembre 2001
Par ANNE MICHEL
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 363 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=723069

Extrait : APRÈS la SEC (Security Exchange Commission) américaine ( Le Monde du 19 septembre), c'est au tour de son homologue français, la Commission des opérations de Bourse (COB), d'enquêter sur des variations de cours jugées anormalement élevées à la Bourse de Paris, dans les jours qui ont précédé les attaques terroristes du 11 septembre aux Etats-Unis. « Il est trop tôt pour avoir le moindre soupçon, mais nous allons nous efforcer de dépouiller tous les ordres concernés, dont la plupart émanent de l'étranger, afin de remonter les filières jusqu'aux donneurs d'ordres », a indiqué mardi 18...

il faut payer pour lire la suite...

Un « Livre blanc » sur Oussama Ben Laden
Article paru dans l'édition du 25.09.01
http://www.lemonde.fr/web/recherche_bre … 866,0.html

Une des questions en discussion entre les Etats-Unis et certains de leurs alliés est celle des preuves de l'implication d'Oussama Ben Laden et de son réseau dans les attaques du 11 septembre. Condoleezza Rice a expliqué, dimanche, que le gouvernement américain ne peut pas risquer de « gâcher l'enquête » en la rendant publique. Elle a rappelé que M. Ben Laden avait déjà été inculpé par la justice américaine pour les attentats de 1998 contre les ambassades de Tanzanie et du Kenya. « Pour les amis et les alliés du peuple américain, il est clair que Al-Qaida est au centre de tout cela », a-t-elle dit.

Cependant, Colin Powell, le secrétaire d'Etat, a indiqué, au contraire, que Washington pourrait publier prochainement un document, un « Livre blanc », réunissant les éléments qui démontrent l'implication du réseau Ben Laden. - (Corresp.)

(Je rappelle que ce livre blanc n'a jamais vu le jour).

_____

En dépit des déclarations américaines, les indices menant à Ben Laden restent minces

Article publié le 25 Septembre 2001
Par PHILIPPE BROUSSARD
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 720 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=723884

Extrait : Les enquêteurs comptent sur la piste financière pour faire le lien avec les pirates de l'air . Comment prouver que le milliardaire Oussama Ben Laden est bien le commanditaire des attentats du 11 septembre ? Les enquêteurs mesurent chaque jour davantage l'ampleur de leur tâche et son importance politique dans la crise actuelle. Interrogé dimanche par la chaîne de télévision NBC, le secrétaire d'Etat Colin Powell s'est montré catégorique : « Dans un avenir proche, nous serons en mesure de produire un document établissant ses liens avec les attentats. » Deux jours plus tôt, sur la BBC, M....
(payant pour la suite)

Quelques questions à l'empire et aux autres
Article publié le 27 Septembre 2001
Par JEAN BRICMONT
Source : SUPPLEMENT SPECIAL
Taille de l'article : 1495 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=724361
pour l'article complet: http://www.ac-nantes.fr:8080/peda/disc/ … lier_1.htm

par Jean Bricmont

TOUT allait bien. La Serbie, à genoux, venait de vendre Milosevic au Tribunal pénal international pour une poignée de dollars (dont on apprendra ensuite qu'une partie servira à payer des dettes accumulées depuis Tito). L'OTAN s'étendait à l'est devant une Russie impuissante. On pouvait, en toute impunité, "bombarder Saddam Hussein"(c'est-à-dire la population irakienne) quand on le désirait. La Macédoine, envahie par l'UCK, devait accepter la comédie d'un désarmement de cette même UCK par ceux qui l'avaient armée. Les territoires palestiniens étaient quadrillés et leurs dirigeants assassinés par des bombes intelligentes. Pendant ces dernières années, les détenteurs d'actions avaient prospéré comme ils l'avaient rarement fait dans l'histoire. La gauche politique n'existait plus, tous les partis s'étant ralliés au néolibéralisme et à l'interventionnisme militaire "humanitaire". Bref, même si on n'était pas encore arrivé à "la fin de l'histoire", son cours était maîtrisé et son happy end prévisible.

Et puis, le choc, la surprise, l'horreur : la plus grande puissance de tous les temps touchée au centre même de sa richesse et de sa force. Un réseau d'espionnage électronique sophistiqué n'a rien pu faire pour prévenir la catastrophe. Je ne partage évidemment pas les "valeurs" de l'ancienne secrétaire d'Etat américaine, Mme Albright, qui lorsqu'on lui demande si la mort d'un demi- million d'enfants irakiens "vaut la peine" répond : "C'est un choix difficile, mais oui, cela en vaut la peine." Le massacre de civils innocents ne me paraît jamais souhaitable. Ce qui n'empêche qu'il me semble nécessaire, à l'occasion de cette tragédie, de se poser quelques questions.

Un pacifiste américain, A. J. Muste, faisait observer que le problème, dans toutes les guerres, était posé par le vainqueur : en effet, il avait appris que la violence payait. Toute l'histoire de l'après-guerre illustre la pertinence de cette remarque. Aux Etats-Unis, le département de la guerre fut rebaptisé département de la défense, alors qu'il n'y avait en réalité aucun danger direct qui les menaçait. Les gouvernements américains successifs se sont lancés dans des campagnes d'interventions militaires et de déstabilisations politiques telles qu'il faut beaucoup de bonne volonté pour n'y voir qu'une tentative d'endiguer le communisme (qu'est-ce que des gouvernements modérément nationalistes, comme ceux de Goulart au Brésil, de Mossadegh en Iran ou d'Arbenz au Guatemala avaient à voir avec le communisme ?). Mais limitons-nous à l'actualité et essayons de voir comment celle-ci peut être perçue en dehors de l'Occident. Et cela non pas en essayant de penser dans les termes d'une autre culture ou d'une autre religion, mais en nous demandant simplement comment nous réagirions si nous étions placés face à certaines situations.

- le protocole de kyoto . Les objections américaines ne sont pas principalement scientifiques, mais du genre "cela nuit à notre économie". Comment cette réaction est-elle perçue par des gens qui travaillent douze heures par jour pour des salaires de misère ?

- La conférence de Durban. L'Occident refuse toute idée de réparations pour l'esclavage et le colonialisme. Mais comment ne pas voir que l'Etat d'Israël fonctionne comme réparation pour les persécutions antisémites, sauf que, là, le prix est payé par les Arabes pour des crimes commis par des Européens ? Et comment ne pas comprendre que ce transfert de responsabilité soit perçu par les victimes du colonialisme comme une manifestation de racisme ?

- La Macédoine. Voilà un pays que l'Occident a poussé à l'indépendance pour affaiblir la Serbie et dont le gouvernement a toujours suivi fidèlement les ordres occidentaux. Il est soumis à des attaques de terroristes armés par l'OTAN et provenant de territoires sous contrôle de celle-ci. Comment cela est-il perçu dans le monde orthodoxe et slave, surtout après l'expulsion, sous les yeux del'OTAN, de la population serbe du Kosovo et l'éradication d'une bonne partie de son patrimoine culturel ?

- L'Afghanistan.Les Américains n'ont pas hésité à former et à armer Ben Laden pour déstabiliser l'URSS, selon un scénario de Z. Brzezinski, conseiller du président Carter. Combien de gens meurent dans ce jeu que Z. Brzezinski appelle le "grand échiquier"? Et combien de terroristes, en Asie, en Amérique centrale, dans les Balkans ou au Proche-Orient sont lâchés dans la nature après avoir servi le "monde libre"?

- L'Irak. La population est étranglée par un embargo qui a fait des centaines de milliers de morts qui sont aussi, même s'ils ne passent pas à la télévision, des victimes civiles. Tout cela parce que l'Irak a cherché à récupérer des puits de pétrole qui avaient été de facto confisqués par les Britanniques. Comparons avec le traitement réservé à Israël, qui occupe de façon parfaitement illégale les territoires conquis en 1967. Pense-t-on réellement que l'idée généralement acceptée en Occident selon laquelle tout cela est la faute de Saddam Hussein impressionne qui que ce soit dans le monde arabo-musulman ?

- La Chine. Lorsqu'un avion d'espionnage américain est abattu le long des côtes chinoises et son équipage brièvement fait prisonnier, on s'indigne : comment les Chinois osent-ils ? Mais combien d'avions chinois ou indiens s'aventurent si près des côtes américaines ?

- Est-il vraiment de toute première urgence de dilapider les ressources rares de la planète, entre autres l'intelligence, pour construire un bouclier antimissile qui ne protégera pas les Etats-Unis contre des actes terroristes et, à long terme, même pas contre des attaques nucléaires ?

Tout cela n'excuse pas le terrorisme, dira-t-on. Soit, mais cela permet de comprendre pourquoi la réaction en dehors des Etats-Unis est souvent mitigée : sympathie pour les victimes, oui ; pour le gouvernement américain qui tente de jouer sur ces sentiments pour légitimer ses politiques et qui s'apprête à violer à nouveau le droit international, non.

Par une pure coïncidence, ces attentats ont lieu le 11 septembre, anniversaire du renversement d'Allende, qui a marqué non seulement l'installation du premier gouvernement néolibéral, celui de Pinochet, mais aussi le début de la fin des mouvements nationaux et indépendants dans le tiers-monde - en gros, ceux qui sont issus de la Conférence de Bandung - qui allaient bientôt tous s'incliner devant les diktats des Etats-Unis et du FMI. Cette coïncidence rappelle que la victoire de l'Occident contre les mouvements politiques indépendants dans le tiers-monde a été obtenue par des moyens fort peu démocratiques : Pinochet, évidemment, mais aussi Suharto, l'assassinat de Lumumba, les armées terroristes en Amérique centrale, et, last but not least, le soutien aux "bons" fondamentalistes musulmans, en Arabie saoudite et en Afghanistan.

En fait, tant que les forces obscurantistes et féodales pouvaient être utilisées contre la gauche politique, elles l'ont été à profusion. Si les accusations lancées contre ces forces se confirment, alors il sera opportun de méditer sur cette curieuse ironie de l'histoire.

Marx pensait qu'une lutte politique contre l'oppression ferait reculer l'obscurantisme religieux. Depuis une vingtaine d'années, on a assisté au mouvement inverse : plus la gauche politique perdait du terrain, plus l'obscurantisme se renforçait, et pas seulement dans le monde musulman ; et cela en grande partie parce qu'il est devenu la seule forme de protestation possible contre cette "vallée des larmes" qu'est la Terre.

En Occident, on applaudira bien sûr les "réponses fermes" lorsqu'elles se produiront. On trouvera quantité d'intellectuels pour lier ces attentats à tout ce qui leur déplaît dans le monde : Saddam Hussein, les pacifistes occidentaux, le mouvement de libération palestinien et, tant qu'on y est, le mouvement dit "antimondialisation". On construira plus de réseaux d'espionnage. On contrôlera mieux les citoyens. On se racontera des histoires édifiantes sur la lutte entre le Bien et le Mal et sur les méchants qui nous attaquent parce qu'ils n'aiment ni la démocratie, ni la libération des femmes, ni le multiculturalisme. On expliquera que cette barbarie nous est étrangère : en effet, nous préférons bombarder de haut ou tuer à petit feu au moyen d'embargos. Mais tout cela ne résoudra aucun problème de fond. Le terrorisme pousse sur un terreau de révolte qui est elle-même le fruit de l'injustice du monde.

Dans l'immédiat, on peut craindre que ces attentats aient au moins deux conséquences politiques négatives : d'une part, la population américaine, qui est dans sa grande majorité d'un nationalisme inquiétant, risque de se rassembler "autour du drapeau", comme ils disent, et d'appuyer la politique de son gouvernement, aussi barbare soit-elle. Elle voudra, plus que jamais, "protéger son mode de vie", sans se demander ce que cela coûte au reste de la planète. Les timides mouvements de dissidence qui se sont fait jour depuis Seattle seront sans doute marginalisés, sinon criminalisés.

D'autre part, les millions de gens vaincus, humiliés et écrasés par les Etats-Unis de par le monde auront la tentation de voir dans le terrorisme la seule arme qui puisse réellement frapper l'empire. C'est pourquoi une lutte politique - et non terroriste - contre la domination culturelle, économique et surtout militaire d'une toute petite minorité du genre humain sur l'immense majorité est plus nécessaire que jamais.



George Bush impose le mutisme à ses services de renseignement

Article publié le 27 Septembre 2001
Par JACQUES ISNARD
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 729 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=724294

Extrait : Après les préparatifs militaires, Washington se lance dans une guerre de l'information, y compris à l'égard des membres de la coalition antiterroriste, comme en 1991. Le secrétaire à la défense a autorisé le Pentagone à « mentir » au besoin . WASHINGTON a demandé à la « communauté » du renseignement de réunir les preuves de l'implication des réseaux d'Oussama Ben Laden dans les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis et leurs liens avec d'autres mouvements terroristes. Mais il n'est pas prévu, pour le moment, de mettre le renseignement sur la place publique, du moins en sa totalité.
(payant pour la suite)


« Une perte de temps », selon la City

Article publié le 29 Septembre 2001
Par MARC ROCHE
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 637 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=724635

Extrait : « Une perte de temps » : tel est le sentiment de la City sur l'enquête de l'autorité britannique des services financiers, la Financial Services Authority (FSA), concernant les étranges mouvements boursiers avant les attentats aux Etats-Unis, qui n'a révélé, pour le moment, aucune irrégularité. « Un mauvais canular »... C'est ainsi qu'en privé les banquiers de la première place financière européenne qualifient cette enquête, lancée il y a dix jours, et qui n'a donné pour le moment aucun résultat. Ce n'est pas faute d'avoir cherché.

(ben voyons) la suite payante.

Les enquêtes sur les transactions boursières avant les attentats tournent court

Article publié le 29 Septembre 2001
Par MARTINE ORANGE
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 756 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=724634

Extrait : De Paris à New York, en passant par Londres ou Amsterdam, les autorités de contrôle des marchés ont relevé d'amples mouvements sur certaines valeurs. Pourtant, à ce stade, une spéculation organisée par des mouvements terroristes ne peut pas être établie . TERRORISME Les enquêtes déclenchées par les autorités boursières mondiales autour d'éventuelles transactions suspectes avant les attentats du 11 septembre tournent court.

(suite payante)


Aux Etats-Unis, de très gros bénéfices mais pas d'indices

Article publié le 29 Septembre 2001
Par ERIC LESER
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 514 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=724636

Extrait : L'emboîtement de sociétés intermédiaires fait obstacle à la lisibilité de l'actionnariat . L'autorité américaine des marchés financiers, la SEC (Securities Exchange Commission), n'a pas plus avancé dans ses recherches sur d'éventuelles irrégularités boursières et délits d'initiés avant les attaques terroristes du 11 septembre que ses homologues européennes. Paul O'Neill, le secrétaire d'Etat au Trésor, a même déclaré à plusieurs reprises ne pas avoir le moindre indice prouvant que des parties liées aux organisations terroristes aient pu retirer des profits financiers des attentats.


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#3 09-10-2007 08:35:00

olivier
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Article visionnaire!
Qu'est-elle devenue?
"Si on ne sait pas quoi penser d'autres pensent pour nous",tout est dit!Et si Machiavel intervient bien ici comme il se doit,comme il se faut!


"L'interdit donne de la saveur, la censure du talent"
Marc Vilrouge

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#4 09-10-2007 08:49:40

Thibaut
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

olivier a écrit:

Article visionnaire!
Qu'est-elle devenue?
"Si on ne sait pas quoi penser d'autres pensent pour nous",tout est dit!Et si Machiavel intervient bien ici comme il se doit,comme il se faut!

Elle continue ses recherches au CNRS. Sur EADS notamment.


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#5 09-10-2007 09:01:47

pierre60
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Thibaut a écrit:

Dans ce fil je tente de poster les articles significatifs pour notre combat de la presse écrite parus dans l'immédiat après 11 septembre. Toute aide est bienvenue. Je commence par le monde:

Je ne me sens pas américaine, par Marie-José Mondzain
Marie-José Mondzain est directrice de recherche au CNRS.
http://www.elmandjra.org/lemonde180901.htm

Merci a Thibault pour avoir ressorti cet article.
Cela fait du bien de constater que tout le monde n'a pas de la merde dans les yeux et du coton dans les oreilles.
Cela fait du bien de constater que tous les intelectuels ne belent pas de conserve.
Marie-José Mondzain est une specialiste de l'image et des symboles : elle sait de quoi elle parle.
Elle ne parle pas complot,
Elle a ecrit simplement : "à qui profite le crime ?"
Cela suffit!


Marie-José Mondzain :
- L'Image naturelle, Le Nouveau Commerce, 1995
- Image, icône, économie : Les Sources byzantines de l'imaginaire contemporain, Seuil, 1997
- Transparence, opacité ? Quatorze artistes contemporains chinois, éditions Cercle d'art, 1999
- Ernest Pignon-Ernest, 1971-2000, Galerie Lelong, 2000
- L'image peut-elle tuer ?, Bayard, 2002
- Voir ensemble, Gallimard, 2003
- Le Commerce des regards, Seuil, 2003


voir aussi :
http://www.canalu.fr/canalu/chainev2/ut … _id/11085/


testimonium unum, testimonium nullum

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#6 09-10-2007 09:11:06

ragondin
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Je pense que c'est la meilleure approche pour investiguer sur le 11 septembre.
A qui profite le crime ?
Sachant que nous connaissons les coupables mais pas l'arme du crime.
Il faut trouver les financiers du 11 septembre.


« La stratégie militaire doit désormais être pensée en fonction de la couverture télévisuelle [car] si l’opinion publique est avec vous, rien ne peut vous résister ; sans elle, le pouvoir est impuissant. »
M. Michael K. Deaver

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#7 09-10-2007 09:40:56

Thibaut
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

ARTICLES OCTOBRE 2001 DU MONDE  (pour septembre, voir post précédent)

La propagande fait rage dans les médias américains

Article publié le 03 Octobre 2001
Par FLORENCE AMALOU
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 833 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=725254

Extrait : Critiquer l'effort de guerre aux Etats-Unis est mal venu : le ton dissident de l'émission « Politically Incorrect » sur ABC est dénoncé par la Maison Blanche, un article du quotidien « USA Today » annonçant la présence des forces spéciales américaines en Afghanistan est qualifié d'« antipatriotique » . « QUELQUE chose est en train de brûler cette semaine, mais ce n'est pas le site de l'ancien World Trade Center. C'est ce qui reste du premier amendement [celui qui protège la liberté d'expression] ».
(suite payante)



Bruxelles reprend à son compte la liste noire de George W. Bush
La traque aux opérations financières suspectes

Article paru dans l'édition du 04.10.01
http://www.lemonde.fr/web/recherche_bre … 497,0.html

Les services secrets américains enquêtent sur des opérations, considérées comme suspectes, effectuées sur des obligations à cinq ans du Trésor américain, dans les jours ayant précédé les attentats du 11 septembre, a affirmé, mardi 2 octobre, le Wall Street Journal. Selon le quotidien financier américain, les services secrets ont été alertés par des courtiers qui ont constaté des opérations inhabituelles sur cette catégorie de titres, dont un ordre atteignant 5 milliards de dollars (5,5 milliards d'euros). Le Wall Street Journal rappelle que les obligations du Trésor à cinq ans sont parmi les plus prisées des investisseurs en période d'incertitude économique et financière, en raison de leur sécurité et de leur liquidité, supérieures à celle des obligations à maturité plus longue. Le quotidien souligne toutefois que les opérations sur les bons américains à cinq ans s'étaient intensifiées dans les jours précédant les attentats en raison de mauvaises statistiques sur le chômage publiées le 7 septembre, un vendredi. Les attentats ont eu lieu le mardi suivant. - (AFP.)


Washington a présenté des « éléments de preuves » contre Ben Laden

Article publié le 04 Octobre 2001
Par LAURENT ZECCHINI
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 725 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=725495

Extrait : Les ambassadeurs des pays de l'OTAN ont dans l'ensemble jugé « convaincantes » les informations communiquées par l'envoyé spécial du département d'Etat américain, impliquant le réseau Al-Qaida dans les attentats de New York et de Washington . Frank Taylor, ambassadeur américain en charge du contre-terrorisme et envoyé spécial du département d'Etat, a présenté mardi 2 octobre aux dix-neuf ambassadeurs auprès de l'OTAN des « éléments de preuves », qui selon le secrétaire général, Lord Robertson, font sans conteste retomber la responsabilité des attentats de New York et de Washington sur...
(payant pour la suite)
On aimerait savoir de quelles preuves au juste il s'agit...

L'hypothèse de la piste saoudienne

Article publié le 05 Octobre 2001
Par ALI LAIDI
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 2143 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=725661

Extrait : L'identité saoudienne de plusieurs terroristes impliqués dans les attentats du 11 septembre laisse penser que l'Arabie saoudite abriterait des islamistes prêts à frapper les Etats-Unis POUR l'heure, le monde entier est persuadé que Ben Laden est responsable des attentats qui ont ensanglanté New York et Washington le 11 septembre. Près de trois semaines après les faits, les enquêteurs américains affirment qu'ils détiennent des preuves tangibles contre le terroriste milliardaire, actuellement réfugié en Afghanistan.
(suite payante)

Depuis 1996, les Américains ont multiplié les tentatives pour neutraliser Oussama Ben Laden

Article publié le 05 Octobre 2001
Par PATRICK JARREAU
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 677 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=725665

Extrait : Le procès fait à mots couverts aux services américains après les attaques terroristes du 11 septembre provoque d'incessantes révélations sur les efforts entrepris, dans le passé, pour neutraliser Oussama Ben Laden et sur les raisons pour lesquelles ils avaient échoué. Deux articles du Washington Post ont apporté, mercredi 3 octobre, de nouvelles informations sur cette traque vaine. L'un d'entre eux, cosigné par Bob Woodward, l'un des journalistes vedettes du quotidien depuis le Watergate, raconte que la CIA avait recruté et entraîné au Pakistan, en 1999, environ soixante agents du...
(suite payante)


Le Pakistan voudrait publier les « preuves » américaines

Article publié le 05 Octobre 2001
Par FRANCOISE CHIPAUX
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 779 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=725669

Extrait : Le sentiment que toute cette affaire relève d'une guerre contre l'Islam reste largement répandu . Jugeant « impressionnantes » les preuves apportées par les Etats-Unis pour lier Oussama Ben Laden aux attentats du 11 septembre, le ministre pakistanais des affaires étrangères, Abdul Sattar, a plaidé, mercredi 3 octobre pour que ces éléments soient rendus publics. « Le Pakistan a un intérêt particulier » à ce que ses habitants puissent juger par eux-mêmes, a-t-il expliqué en substance dans un entretien à la chaîne américaine CNN, tout en précisant que Islamabad reste « hésitant pour...  (suite payante)

BOURSE : enquête sur une spéculation douteuse avant les attentats du 11 septembre.
Article paru dans l'édition du 05.10.01
http://www.lemonde.fr/web/recherche_bre … 607,0.html

L'autorité boursière américaine a demandé aux maisons de courtage de vérifier leurs registres concernant trente-huit valeurs dans le cadre de l'enquête ouverte sur une spéculation douteuse avant les attentats du 11 septembre. Cette liste comprend notamment les compagnies aériennes American Airlines (AMR Corp) et United Airlines, les assureurs XL Capital et Chubb ainsi que l'organisateur de croisières Carnival Corp.


Tony Blair n'a « aucun doute » sur la responsabilité d'Oussama Ben Laden dans les attentats

Article publié le 06 Octobre 2001
Par JEAN-PIERRE LANGELLIER
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 655 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=725891

Extrait : Le premier ministre britannique a confirmé l'imminence des opérations militaires . Une atmosphère grave et solennelle régnait, jeudi matin 4 octobre, dans la Chambre des communes archi-pleine, convoquée en séance exceptionnelle, lorsque Tony Blair a exprimé, comme deux jours plus tôt devant le congrès travailliste à Brighton, sa certitude qu'Oussama Ben Laden et son réseau avaient commandité et perpétré les attentats américains du 11 septembre. Mais, cette fois, il ne s'est pas contenté d'accuser le chef islamiste d'origine saoudienne. (suite payante)


Islamabad juge probantes les preuves américaines

Article publié le 06 Octobre 2001
Par FRANCOISE CHIPAUX
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 562 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=725908

Extrait : Les talibans cherchent des soutiens tribaux . Après quelques hésitations, le Pakistan a été le premier Etat islamique à affirmer, jeudi 4 octobre, que les preuves fournies par les Etats-Unis contre Oussama Ben Laden étaient suffisantes pour engager des poursuites judiciaires. « Nous avons vu le matériel fourni par les Américains. Celui-ci est certainement suffisant pour une inculpation devant une cour de justice », a affirmé le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Riaz Mohammad Khan, dont le point de presse quotidien est diffusé en direct à la télévision pakistanaise.
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Les services pakistanais sont soupçonnés de faire de la rétention d'informations cruciales

Article publié le 06 Octobre 2001
Par JACQUES ISNARD
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 695 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=725909

Extrait : LES SERVICES spéciaux américains et britanniques, d'une part, et leurs correspondants pakistanais, de l'autre, ont entamé une coopération en matière de renseignement qui n'est pas exempte de méfiance. Certes, la lutte antiterroriste contre les réseaux afghans d'Oussama Ben Laden est devenue, depuis les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, une cause que les trois pays partagent. Dans les faits, les services américains et britanniques n'ignorent pas que les liens, très particuliers, que l'Inter service intelligence (ISI) pakistanais entretient de longue date avec les talibans... (suite payante)

« Les attaques portent toutes les empreintes d'une opération de Ben Laden »

Article publié le 06 Octobre 2001
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 373 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=725892

Extrait : Voici les principaux extraits du discours prononcé jeudi 4 octobre par le premier ministre britannique Tony Blair à la Chambre des communes : « Nous sommes absolument convaincus qu'Oussama Ben Laden et son réseau Al-Qaida sont responsables des attentats du 11 septembre. » Depuis le 11 septembre, des efforts intenses ont été déployés ici et ailleurs pour enquêter sur ces attaques et déterminer qui en est responsable. Nous avons partagé les résultats de nos recherches avec ceux de nos alliés. (suite payante)


Tony Blair rend ses lettres de noblesse au Pakistan

Article publié le 07 Octobre 2001
Par FRANCOISE CHIPAUX
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 874 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=726042

Extrait : En quatre heures d'une visite hautement symbolique à Islamabad, deux ans après le coup d'Etat militaire qui a porté au pouvoir, le 12 octobre 1999, le général Pervez Moucharraf, le premier ministre britannique Tony Blair a rendu au Pakistan ses lettres de noblesse et salué le « courageux leadership » de son chef. « Les attentats du 11 septembre ont changé le monde. (...) Le Pakistan a fait le bon choix et les résultats de celui-ci seront un renforcement significatif et durable des relations de la communauté internationale avec le Pakistan », a affirmé M. (suite payante)


Selon le gouvernement allemand, l'enquête menée à Hambourg désigne Ben Laden

Article publié le 07 Octobre 2001
Par GEORGES MARION
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 812 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=726046

Extrait : Les indices recueillis, mais non rendus publics, ne laisseraient aucune place au doute . Presque dans les mêmes termes que Tony Blair la veille, mais sans la solennité de la Chambre des communes et, surtout, avec encore moins de détails, le gouvernement allemand a exprimé, vendredi 5 octobre, sa « nette » conviction qu'Oussama Ben Laden était bien l'initiateur des attentats du 11 septembre à New York et à Washington. La responsabilité de cette annonce a été laissée au porte-parole du chancelier Schröder, Uwe-Karsten Heye, lors d'une conférence de presse. '(suite payante)



Le kamikaze Mohammed Atta aurait été formé dans les camps d'Al-Quaida
Article paru dans l'édition du 07.10.01
http://www.lemonde.fr/web/recherche_bre … 047,0.html
   
Mohammed Atta, qui est présenté comme le chef opérationnel des attentats du 11 septembre, aurait rencontré des dirigeants des réseaux de Ben Laden et se serait aguerri dans les camps d'entraînement afghans parrainés par son organisation Al-Qaida, r évèle le site du magazine Time, daté du 5 octobre. Citant des sources proches des services de renseignements américains, le magazine n'apporte pas de preuves à l'appui de ces informations.
Mohammed Atta, décédé dans l'opération contre le World Trade Center, et plusieurs autres terroristes auraient rencontré Ayman Al- Zawahri, chef du Djihad islamique égyptien, parfois considéré comme le bras droit d'Oussama Ben Laden. « Prouver que Atta et ses complices ont passé du temps dans les camps d'Al-Qaida en Afghanistan et ont rencontré Al-Zawahri constituerait un tournant majeur pour les investigations », commente le Time.


La télévision Al-Jazira diffuse des images du leader d'Al-Qaida

Article publié le 07 Octobre 2001
Par TEWFIK HAKEM
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 547 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=726036

Extrait : Une séquence d'une minute ni datée ni localisée . LA CHAÎNE de télévision arabe Al-Jazira a diffusé, jeudi soir 4 octobre, des images inédites mais non datées d'Oussama Ben Laden. « Probablement les plus récentes du leader d'Al-Qaida », précise la chaîne arabe basée au Qatar. La mine grave, l'homme le plus recherché du monde se tient droit devant une cinquantaine de militaires cagoulés. A sa droite, Ayman Al-Zawahri, le leader du Djihad égyptien, plus détendu, des yeux tranquilles derrière d'épaisses lunettes. (suite payante)


Les preuves et la cible

Article publié le 09 Octobre 2001
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 492 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=726227

Extrait : TOUT s'est passé comme dans une séquence admirablement programmée. La question des preuves de la responsabilité de la mouvance Ben Laden dans les attentats du 11 septembre a été réglée, ou presque, le jour-même où les Etats-Unis lançaient leurs premières opérations militaires contre le dissident saoudien en Afghanistan. Une heure après le début des bombardements, dimanche 7 octobre, Oussama Ben Laden, par la grâce d'une cassette vidéo due à la chaîne qatariote Al-Jazira, jetait le masque. (suite payante)


Les preuves contre Oussama Ben Laden

Article publié le 09 Octobre 2001
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 5126 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=726302

Extrait : Voici l'essentiel du document présenté le 4 octobre par le premier ministre britannique, Tony Blair, à la Chambre des communes et établissant, selon lui, la responsabilité directe du dissident saoudien Oussama Ben Laden dans les attentats du 11 septembre à New York et à Washington « 4 octobre 2001, 10, Downing Street Ce document n'a pas pour but de fournir matière à des poursuites contre Oussama Ben Laden devant une cour de justice. (suite payante)


Mohamed Atta, un kamikaze si discret

Article publié le 09 Octobre 2001
Par GEORGES MARION
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 1497 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=726306

Extrait : Celui qui est présenté comme le chef présumé des pirates de l'air du 11 septembre n'était connu, jusqu'à cette date, que comme un étudiant égyptien très pieux. Son testament révèle un homme empreint d'un rêve fou de pureté . Qui peut dire qu'il connaissait Mohamed Atta ? Son père, prospère avocat du Caire qui, interrogé après la mise en cause de son fils, niait tout en bloc ? Ses amis d'enfance qui, au magazine américain Time, ont tous décrit un étudiant conformiste et timide, ne possédant aucune des qualités qui en auraient fait un terroriste déterminé. (suite payante)


Un lien financier avec Ben Laden
Article paru dans l'édition du 09.10.01
http://www.lemonde.fr/web/recherche_bre … 307,0.html

Le chef présumé des pirates de l'air, Mohamed Atta, aurait reçu en Floride un virement de 100 000 dollars (109 000 euros), un an avant les attentats - et non quelques jours, comme indiqué par erreur dans notre édition du 3 octobre - en provenance d'un compte ouvert dans une banque de Dubaï au nom d'un certain Moustapha Mohammed Ahmad. Passant pour être l'un des responsables financiers des réseaux Ben Laden, M. Ahmad, aussi connu sous le nom de Cheik Saïd, figure sur la liste des vingt-sept personnes et organismes dont les autorités américaines ont gelé les avoirs financiers aux Etats-Unis. Trois virements en sens inverse - des comptes d'Atta et de deux de ses complices vers celui de M. Ahmad à Dubaï - auraient été effectués dans les jours précédant les attentats pour environ 120 000 francs. Cet argent serait le reliquat des frais de préparation des attentats du 11 septembre, dont le montant total, d'abord estimé à 200 000 dollars, a été réévalué à 500 000 dollars (près de 550 000 euros).


Les Américains reprennent en main les institutions financières internationales

Article publié le 09 Octobre 2001
Par LAURENCE CARAMEL
Source : LE MONDE ECONOMIE
Taille de l'article : 769 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=726395

Extrait : Le FMI est prié de soutenir les alliés de la « croisade » antiterroriste . Le Fonds monétaire international (FMI) a vite été enrôlé dans la lutte contre le terrorisme. Outre le rôle qu'il peut jouer dans le démantèlement des réseaux financiers sur lesquels ces mouvements s'appuient, l'institution dirigée par Horst Köhler a été priée par ses actionnaires - et surtout le premier d'entre eux, les Etats-Unis - de soutenir les pays qui se rangent aux côtés de la coalition. (suite payante) - un joli chantage


Tony Blair souligne trois axes d'actions, militaire, diplomatique et humanitaire

Article publié le 09 Octobre 2001
Par JEAN-PIERRE LANGELLIER
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 915 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=726317

Extrait : A l'heure H, et au jour J, Tony Blair fut bien sûr au rendez-vous. Calme, grave et résolu, fidèle au personnage du « chef de guerre » convaincu de la justesse de son combat, qu'il incarne avec naturel lors de chacune de ses interventions publiques depuis le 11 septembre. Cinquante minutes après l'annonce par George W. Bush du déclenchement des opérations militaires en Afghanistan, le premier ministre britannique prenait la parole à son tour, dimanche soir, au 10 Downing Street, pour confirmer, détailler et justifier la participation de son pays à l'action de représailles entreprise ... (suite payante)


Le FBI enquête sur deux cas suspects d'anthrax en Floride

Article publié le 10 Octobre 2001
Par ANNICK COJEAN
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 969 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=726552

Extrait : Dix-huit cas de la maladie du charbon seulement ont été recensés aux Etats-Unis pendant tout le XXe siècle. Deux ont été signalés en moins d'une semaine dans le comté de Palm Beach, où ont résidé la plupart des pirates de l'air auteurs des attentats du 11 septembre . L'image de Ben Laden affirmant, à l'ombre de son rocher, que l'Amérique ne serait plus jamais tranquille, prenait lundi 8 octobre une étrange résonance. (suite payante)


Retour sur la feuille de route des kamikazes

Article publié le 10 Octobre 2001
Par PROPOS RECUEILLIS XAVIER TERNISIEN
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 1934 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=726542

Extrait : A la veille de leur opération- suicide contre New York et Washington, le 11 septembre, les pirates de l'air avaient en main un curieux texte de quatre pages, sorte de feuille de route du kamikaze, mêlant conseils pratiques et aide spirituelle. Ce manuscrit, rédigé en arabe classique, retrouvé en trois exemplaires sur les lieux du drame et publié avec l'aval du FBI (« Le Monde » du 2 octobre), soulève de nombreuses interrogations. Nous avons demandé à cinq spécialistes du terrorisme, des sectes et de l'islam de l'analyser. (suite payante)


Mohamed Atta aurait rencontré un agent irakien à Prague en juin 2000

Article publié le 10 Octobre 2001
Par MARTIN PLICHTA
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 917 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=726577

Extrait : Les services tchèques cherchent à savoir si d'autres terroristes identifiés auraient séjourné dans le pays . Le terroriste Mohamed Atta, qui se trouvait selon toute vraisemblance aux commandes de l'avion ayant percuté la tour nord du World Trade Center, le 11 septembre, aurait rencontré à Prague, l'an dernier, un agent des services secrets de Saddam Hussein, Ahmed Khalil Ibrahim Samir Ani, ancien consul et second secrétaire de l'ambassade d'Irak en République tchèque. (suite payante)


La psychose d'attaques bioterroristes se répand en Floride

Article publié le 11 Octobre 2001
Par ANNICK COJEAN
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 880 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=726723

Extrait : Alors que le FBI poursuit son enquête, les scientifiques semblent persuadés que seule une intervention humaine a pu provoquer les deux cas d'anthrax signalés dans le comté de Palm Beach. Plus d'un millier de personnes ont été soumises à des tests . Criminelle ou naturelle ? La réponse définitive du FBI prendra peut-être du temps, mais la communauté scientifique semble déjà persuadée que seule une intervention humaine peut expliquer la présence de spores d'anthrax dans un immeuble de Floride et la contamination d'au moins deux personnes. (suite payante)


Accusée d'incurie, la CIA développe sa ligne de défense

Article publié le 11 Octobre 2001
Par SYLVAIN CYPEL
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 619 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=726637

Extrait : Selon le « New York Times », l'agence américaine avait, avant le 11 septembre, des éléments qui auraient dû attirer l'attention surtout s'ils avaient été mis en commun avec ceux d'autres services. Son directeur appelle à « mettre fin aux chamailleries » . DEPUIS les attentats du 11 septembre, les informations filtrent goutte à goutte sur ce qu'aux Etats-Unis « beaucoup, écrit le New York Times, considèrent comme la pire défaillance du renseignement depuis Pearl Harbor ». Première visée, la Central Intelligence Agency (CIA), accusée de n'avoir rien vu venir ( lire aussi page 16 ). (suite payante)


L'anthrax, maintenant ?

Article publié le 12 Octobre 2001
Par PIERRE GEORGES
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 509 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=726824

Extrait : UN MOIS, jour pour jour. New York enterre ses morts, ou plutôt la pauvre mémoire de ses morts qui ne sont plus que poussière. La nuit dernière, l'aviation américaine a bombardé plus rudement encore qu'elle ne l'avait fait précédemment des objectifs à Kaboul et Kandahar notamment. Le FBI a diffusé sur son site Internet les fiches signalétiques des 22 terroristes « les plus recherchés ». Fiches accompagnées de cette mention de pure routine, car on s'en serait douté un peu, « attention ces hommes sont armés et dangereux ». (suite payante)


Terrorisme : alerte à l'anthrax aux Etats-Unis

Article publié le 12 Octobre 2001
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 253 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=726967

Extrait : . Un troisième cas de maladie du charbon détecté en Floride . Le FBI ouvre une enquête criminelle . Washington demande à ses ambassades de s'équiper en antibiotiques . En Afghanistan, les frappes s'intensifient . Elles préparent l'intervention d'hélicoptères de combat et des attaques au sol . SOMMAIRE La menace bioterroriste et l'enquête : Un troisième cas d'anthrax a été identifié en Floride. Il touche, comme les deux précédents, une personne qui travaillait dans un immeuble où sont installés des journaux tabloïds. (suite payante)


Mohammed Atef, stratège apparent du 11 septembre

Article publié le 12 Octobre 2001
Par ERICH INCIYAN
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 618 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=726913

Extrait : Ce spécialiste des opérations secrètes complète la troïka du réseau Al-Qaida . L'AUSTÈRE CHEF MILITAIRE du réseau islamiste Al-Qaida doit sa notoriété à trois apparitions filmées. Sur la vidéo diffusée par la chaîne Al-Jazira, dimanche 7 octobre, après les premières frappes américano-britanniques sur l'Afghanistan, Mohammed Atef est le seul des quatre responsables islamistes à ne pas prendre le micro. (suite payante)


Ayman Al-Zawahri, le « cerveau » de Ben Laden

Article publié le 12 Octobre 2001
Par T. CHRISTIAN MILLER
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 1999 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=726888

Extrait : Médecin et poète, descendant d'une famille égyptienne respectée, le docteur Ayman Al-Zawahri est devenu l'idéologue et le stratège d'Oussama Ben Laden. Un reporter du « Los Angeles Times » raconte le parcours de cet esprit brillant qui fut l'un des organisateurs des attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie LE docteur dirigeait jadis une clinique médicale prospère dans ce quartier opulent où se succédaient les villas somptueuses et les galeries d'art à la mode. (suite payante)


Le vice-président Dick Cheney lie les agressions chimiques aux attentats du 11 septembre
Article publié le 14 Octobre 2001
Par PATRICK JARREAU
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 1025 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=727249

Extrait : Les enquêteurs n'ont cependant rien trouvé pour étayer la piste Ben Laden . La révélation d'un cas d'anthrax à New York, une semaine après la mort de la première personne atteinte en Floride, le 5 octobre, est venue démontrer la réalité de la menace terroriste à laquelle doivent faire face les Américains. En même temps, à New York comme en Floride, les enquêteurs n'ont trouvé aucun indice concret rattachant ces agressions aux attaques terroristes du 11 septembre. (suite payante)


L'ISI, parrain des talibans

Article publié le 14 Octobre 2001
Par JACQUES ISNARD
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 577 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=727240

Extrait : Les Américains se sont aperçus que les services spéciaux pakistanais jouaient un double jeu . LE hasard aura voulu que le « patron » des services spéciaux pakistanais, le général Mahmoud Ahmad, se trouvât aux Etats-Unis le jour même des attentats terroristes contre New York et Washington, pour y rencontrer ses interlocuteurs américains. Entre les services américains et pakistanais, les relations n'étaient pas au beau fixe. L'Inter Service Intelligence (ISI) pakistanais a toujours été accusé d'avoir installé les talibans et soutenu les réseaux d'Oussama Ben Laden en Afghanistan. (siute payante)


Un quatrième cas de maladie du charbon découvert aux Etats-Unis

Article publié le 14 Octobre 2001
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 906 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=727275

Extrait : A New York, une employée de la chaîne de télévision NBC a été contaminée par la maladie du charbon, dans sa forme cutanée. Le ministre de la santé s'est efforcé de rassurer les Américains sur les stocks d'antibiotiques disponibles . TERRORISME Les États-Unis sont en état d'alerte générale après qu'un quatrième cas d'anthrax, ou maladie du charbon, a été découvert à New York. LES MÉDIAS semblent visés : la personne atteinte à New York est une employée de la chaîne de télévision NBC. (suite payante)


Le FBI enquête sur les liens avec les pirates de l'air

Article publié le 17 Octobre 2001
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 414 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=727699

Extrait : Après avoir privilégié la théorie des « coïncidences » dans la recherche des auteurs d'envois de lettres contaminées à l'anthrax, les enquêteurs du FBI essaient désormais de remonter la piste des éventuels liens avec les pirates de l'air responsables des attentats du 11 septembre. Floride : six ou sept des terroristes ont habité ou pris des cours de pilotage dans un périmètre de quelques dizaines de kilomètres autour de l'immeuble de l'American Media Inc. de Boca Raton où sont apparus les premiers cas d'anthrax. (suite p.)


Une lettre contaminée par la maladie du charbon est arrivée au coeur du pouvoir politique américain

Article publié le 17 Octobre 2001
Par PATRICK JARREAU
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 981 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=727704

Extrait : L'utilisation de l'anthrax pour susciter la peur dans la population américaine a franchi un nouveau degré, lundi 15 octobre. George Bush a annoncé lui-même que le chef de la majorité démocrate du Sénat, Tom Daschle, avait reçu une lettre contenant le germe de cette maladie. Lundi soir, le président de la chaîne ABC News a indiqué, en présence du maire de New York, que l'enfant d'un collaborateur de la chaîne, qui y avait passé deux heures le 28 septembre, était atteint d'un anthrax cutané. (s. p.)



Le fonctionnement des médias américains est perturbé par les alertes à l'anthrax et les mesures de sécurité

Article publié le 19 Octobre 2001
Par ANNICK COJEAN
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 1004 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=728015

Extrait : « Paniquer le messager est une très vieille histoire », déclare la rédactrice en chef de « Time Magazine » . « Une impression irréelle que nous regardons un film, et nous sommes dedans » A la fin du journal télévisé, le présentateur vedette de NBC, Tom Brokaw, un bel homme énergique à la voix grave et aux cheveux blancs, a saisi un flacon de comprimés, et, avec un sourire rassurant pour temps d'adversité, a lancé avec foi : « Dans le Cipro, nous croyons ! », le Cipro étant cet antibiotique contre la maladie du charbon. (s. p.)


« Qui essaie de me contacter ? »

Article publié le 19 Octobre 2001
Par MATTHEW L. WALD, AVEC KEVIN SACK
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 2308 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=727996

Extrait : Parue le 17 octobre dans le « New York Times », cette enquête transcrit des dialogues entre les pilotes des avions détournés le 11 septembre et les contrôleurs aériens. Entre le sol et le ciel premiers signaux d'un désastre sans précédent LE vol American Airlines 11 s'était mystérieusement tu. Le contrôleur aérien l'appelait sans relâche pour obtenir une réponse. Sans succès. Puis il a entendu une voix non identifiée en provenance du cockpit : « Nous détenons des avions. Restez calmes et tout ira bien. Nous retournons à l'aéroport. (s.p.)


Le gouvernement américain cherche ses marques dans la bataille de l'anthrax

Article publié le 20 Octobre 2001
Par PATRICK JARREAU
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 901 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=728248

Extrait : Au contraire de la campagne diplomatico-militaire, la gestion de la crise bioterroriste souffre d'un manque de coordination, malgré la création d'un office de la sécurité intérieure. Deux nouveaux cas ont été annoncés jeudi, à New York et à Trenton, dans le New Jersey . L'exécutif américain cherche son Rudolph Giuliani sur le front de l'anthrax. Depuis le premier cas déclaré de maladie du charbon, en Floride, il y a deux semaines, une des batailles les plus difficiles que doit mener le gouvernement est celle de la communication. (s.p.)


Les autorités sont débordées par l'extension de la contamination due aux spores de la maladie du charbon

Article publié le 25 Octobre 2001
Par ANNICK COJEAN ET PATRICK JARREAU
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 1311 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=729016

Extrait : La nouvelle la plus spectaculaire a été, mardi 23 octobre, la découverte de spores de la maladie du charbon sur une machine servant à ouvrir le courrier de la Maison Blanche. Cette machine est installée dans un bâtiment militaire situé loin de la présidence. Le courrier qu'elle reçoit lui vient de Brentwood, le principal centre de tri de Washington, où est passée la lettre empoisonnée adressée à Tom Daschle, le chef de la majorité démocrate du Sénat, et où travaillaient les deux postiers morts d'un anthrax pulmonaire. (s.p.)


Les liaisons incertaines de Mohammed Atta avec des espions irakiens à Prague

Article publié le 26 Octobre 2001
Par MARTIN PLICHTA
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 451 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=729187

Extrait : Après deux semaines de rumeurs et de fuites organisées au sein des organes de sécurité tchèques, le ministère de l'intérieur a affirmé, lundi 22 octobre, qu'il « dispose de preuves confirmant deux séjours de Mohammed Atta à Prague, sous son propre nom ». Selon un communiqué de la police nationale, le terroriste égyptien, soupçonné d'être le chef opérationnel des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, est resté une fois dans la zone de transit de l'aéroport de Prague. (sp)


Mohammed Atta a bien rencontré un espion irakien à Prague, selon les autorités tchèques

Article publié le 28 Octobre 2001
Par MARTIN PLICHTA
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 565 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=729566

Extrait : Ce que la rumeur pragoise et les fuites organisées dans la presse laissaient entendre depuis trois semaines a finalement reçu, vendredi 26 octobre, son sceau officiel : le ministre tchèque de l'intérieur, Stanislas Gross, a indiqué que Mohammed Atta, considéré comme le chef opérationnel du groupe d'islamistes responsables des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, avait rencontré, au printemps 2001 à Prague, un agent des services secrets irakiens. (s.p.)


Les preuves contre Al-Qaida seront difficiles à établir

Article publié le 30 Octobre 2001
Par JACQUES FOLLOROU
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 684 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=729725

Extrait : HUIT semaines après les attentats de New York et de Washington, les organismes de contrôle financiers des pays occidentaux ont une idée plus précise de la tâche à accomplir pour traquer l'argent noir du terrorisme. Après avoir procédé au gel des comptes appartenant aux personnes ou organismes figurant sur les listes établies par les institutions internationales, les Etats, et notamment la France, ont pu constater qu'il serait non seulement difficile de bloquer efficacement les filières de financement du terrorisme mais qu'il sera tout aussi ardu de démontrer un lien entre des fonds... (s. p.)


Les musulmans et la « démonisation » de l'ennemi

Article publié le 30 Octobre 2001
Par SYLVAIN CYPEL
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 1432 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=729784

Extrait : CE SONT DES FANTASMES, mais ils en disent long sur les sociétés d'où ils émanent : le « véritable » auteur masqué des attentats du 11 septembre serait... Israël. La rumeur court, du monde arabe au Pakistan et jusque dans nos banlieues. Avocat aisé, le père du kamikaze Mohammed Atta livre son intime conviction : le Mossad, le service secret israélien, a usurpé l'identité de son enfant pour lui imputer le crime. S'il ne s'agissait que de la douleur d'un père... Mais non. (s.p.)


MEDIAS-MENSONGES-DESINFORMATION


in girum imus nocte et consumimur igni

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#8 09-10-2007 10:04:29

ragondin
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Beau travail comme d'hab


« La stratégie militaire doit désormais être pensée en fonction de la couverture télévisuelle [car] si l’opinion publique est avec vous, rien ne peut vous résister ; sans elle, le pouvoir est impuissant. »
M. Michael K. Deaver

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#9 09-10-2007 13:03:34

Thibaut
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

le Monde NOVEMBRE 2001 (à suivre)


MEDIAS-MENSONGES-DESINFORMATION


in girum imus nocte et consumimur igni

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#10 09-10-2007 22:31:43

Winston
Membre Actif
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

exellente base de donnée... il faudrais modifier le titre du topic en conséquence. merci. ça ferait presque chaud au coeur !


"Ceux qui ont le privilège de savoir ont le devoir d'agir." Albert Einstein

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#11 12-10-2007 01:37:01

Marc
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Salut,
voici les articles complets de septembre posté par thibaut et quelques autres qui m'ont semblé intéresssant

[Ajouté]« Business as usual »...
Article paru dans l'édition du 14.09.01   

La polémique a pris de l'ampleur sur les marchés dès le soir des attentats, certains opérateurs ayant pu réaliser des gains importants en « vendant à découvert » les indices boursiers, les actions ou le dollar, pour les acheter moins cher ultérieurement et empocher une plus-value. « Il y a des banques qui ont gagné beaucoup mardi, entre 15 heures , juste après l'annonce des attentats, et la clôture des Bourses européennes », indiquait à l'AFP « une source proche des milieux financiers » en Suisse. « La plupart des gens ont perdu des collègues et des amis, et ils sont humainement très choqués, mais ils sont obligés de faire leur travail, les régulateurs européens ayant jugé qu'il valait mieux que le fonctionnement du système financier ne soit pas interrompu » , réagissait un professionnel, mercredi. Le Comité européen des régulateurs de titres et la Commission des opérations de Bourse (COB) ont rappelé, mercredi, qu'ils « jugent fondamental que le système financier fonctionne aussi normalement que possible dans les circonstances présentes ».
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Une spéculation massive à la veille du drame inquiète les autorités
Article paru dans l'édition du 19.09.01   


LES AUTEURS DES ATTENTATS auraient-ils doublé leurs opérations-suicides d'une spéculation massive sur les marchés financiers internationaux ? Les autorités boursières américaines, japonaises et allemandes ont ouvert des enquêtes sur des transactions, jugées suspectes, réalisées quelques jours, voire la veille des attaques perpétrées, le 11 septembre, contre les deux tours du World Trade Center, à New York et le Pentagone. Le ministre italien de la défense, Antonio Martino, a fait état, lundi 17 septembre, de sa conviction que « derrière cette spéculation sur les marchés internationaux se cachaient des Etats et des organisations terroristes ». « Ceux qui ont organisé les attentats de New York, a ainsi affirmé M. Martino, sont des esprits lucides dans leur folie, car tout le monde sait que l'argent donne le pouvoir. »

Les enquêteurs s'intéresseraient en particulier aux nombreuses spéculations enregistrées sur des titres qui ont eu directement à souffrir des répercutions financières liées aux attaques-suicides. Ainsi, les organismes de contrôle s'interrogent-ils sur les mouvements, considérés comme des « pré-attaques », opérées sur les titres Morgan Stanley Dean Witter, dont la société était le principal occupant du World Trade center. Des constatations identiques ont été faites sur les titres de la banque d'affaire Merrill Lynch, dont le siège se trouve non loin des deux tours. Selon les premiers éléments, le volume d'options d'achat et de vente relevé, sur les titres des deux sociétés, les jours précédant les attaques a été de 12 à 25 fois supérieur à ce qu'il est en temps normal.

Les secteurs aéronautique, assurances, réassurance ont également été l'objet de spéculations particulièrement intenses quelques jours avant le 11 septembre. La veille des attaques, pour la seule compagnie aérienne American airlines, dont deux avions ont été détournés, 1 535 options, représentants 100 actions chacun, ont été prises en pariant que le cours d'American airlines tomberait, avant le 20 octobre, sous les 30 dollars. Il était en effet, lundi soir, à 18 dollars. Ce volume d'options représentait cinq fois le nombre de transactions d'un jour normal effectuées sur la base du même pronostic. L'opération promettait, à ces auteurs, un gain estimé, lundi 17 septembre, à 1,3 million de dollars.

Selon les premiers éléments d'observations sur les marchés, la compagnie aérienne United Airlines, également concernée par les attaques-suicides aurait été touché par des mouvements spéculatifs de même nature. Plus de 2 millions de dollars de plus-value auraient ainsi été réalisés. Des opérations similaires ont d'ores-et-déjà été relevées à l'encontre de groupe financier américain Citigroup et des courtiers en assurance Bear Stearns and Cos et Marsh and McLennan. Cette dernière société comptait 1 700 employés dans les tours du World Trade Center.

ENQUÊTES EN EUROPE

Le président de l'autorité de contrôle des opérations boursière aux Etats-Unis, la SEC, Harvey Pitt, a confirmé, lundi, dans un communiqué, « avoir été alerté sur l'éventuelle intervention de terroristes sur les marchés ». « Nos enquêteurs , a-t-il ajouté, vérifient actuellement un certain nombre d'opérations qui pourraient avoir un lien avec ces terribles événements. » L'analyse des flux financier devrait permettre, dans une certaine mesure, d'identifier les auteurs de ces spéculations. L'homologue allemand de M. Pitt, Frank Hartmann, a assuré, pour sa part, que des investigations avaient été entreprises pour identifier d'éventuels achats suspects d'actions ou d'options avant le 11 septembre. Des interrogations existent, notamment, sur les échanges d'actions du réassureur Munich Ré, qui pour les seuls 6 et 7 septembre, ont doublé la moyenne des six derniers mois. Enfin, Les organismes de contrôle des marchés au Japon et à Hong-Kong ont indiqué qu'ils recherchaient également activement des traces de transactions suspectes.

En Italie, selon le quotidien Corriere della Serra, les services de renseignements militaires seraient en mesure de faire le lien entre les réseaux du millionnaire saoudien Oussama Ben Laden et une société de courtage installée à Milan, connue pour opérer sur les marchés financiers européens. Le nom de cette société n'a pas été révélé, mais selon les éléments évoqués par le quotidien italien, elle aurait pu jouer un rôle dans les mouvements suspects découverts notamment sur la plus importante compagnie de réassurance européenne, Munich Ré, touchée directement par les conséquences des attaques-suicides à New York.

Des enquêtes devraient, par ailleurs, être diligentées dans toute l'Europe. Les paradis fiscaux sont en particulier visés par ces recherches. Les organes de contrôle financier européens ont pointé certains pays dont le Luxembourg, la Suisse, Monaco et Chypre où le groupe Ben Laden est supecté de posséder un relais financier important.

JACQUES FOLLOROU
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La France aussi enquête sur d'éventuels délits d'initiés
Article paru dans l'édition du 20.09.01   

APRÈS la SEC (Security Exchange Commission) américaine ( Le Monde du 19 septembre), c'est au tour de son homologue français, la Commission des opérations de Bourse (COB), d'enquêter sur des variations de cours jugées anormalement élevées à la Bourse de Paris, dans les jours qui ont précédé les attaques terroristes du 11 septembre aux Etats-Unis. « Il est trop tôt pour avoir le moindre soupçon, mais nous allons nous efforcer de dépouiller tous les ordres concernés, dont la plupart émanent de l'étranger, afin de remonter les filières jusqu'aux donneurs d'ordres », a indiqué mardi 18 septembre une source proche des autorités boursières françaises, précisant qu'il s'agissait là d'investigations préliminaires. D'importants mouvements spéculatifs à la baisse ont été observés dans les premiers jours de septembre, sur des entreprises des secteurs de l'assurance, de l'aéronautique ainsi que des médias et des télécommunications, sans que l'on puisse dire s'il s'agit de délits d'initiés ou d'anticipations de mauvais résultats financiers des entreprises concernées. Le luxe et la grande distribution seraient également concernés. Si la COB n'envisage pas, à ce stade, d'ouvrir une enquête officielle pour délit d'initié de grande ampleur, avant les attentats contre les Etats-Unis, l'instance de contrôle des marchés « pourrait décider de le faire, si le besoin juridique s'en faisait sentir ». L'ouverture d'une enquête lui permet de fait d'avoir tous pouvoirs pour obtenir des informations financières, lever le secret professionnel et procéder à d'éventuelles visites sur place. Une telle décision serait vraisemblablement prise après une étroite concertation avec les autorités boursières étrangères, du fait de la dimension internationale de ces mouvements spéculatifs. Comme la SEC américaine, le gendarme boursier japonais (SESC) a ouvert une enquête sur des variations de cours suspectes avant les attentats de New York et de Washington. Les autorités allemande et italienne (BAWe et Consob) ont, de leur côté, entamé des vérifications, le ministre des finances italien n'ayant pas hésité à évoquer, lundi, « des spéculations orchestrées par des organisations terroristes ». En France, certains analystes indiquaient, mardi, avoir remarqué « un courant vendeur venant d'Italie, portant notamment sur l'assureur Axa, identifié à l'époque comme une tentative de déstabilisation du marché par des fonds spéculatifs ( hedge funds) ».

ANNE MICHEL
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[Ajouté]La COB ouvre une enquête sur les mouvements de titres avant les attentats
Article paru dans l'édition du 22.09.01   

APRÈS la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la Bourse américaine, la Commission des opérations de Bourse (COB) a décidé, jeudi 20 septembre, d'ouvrir à son tour une enquête sur des mouvements inhabituels autour de certaines valeurs avant les attentats américains. Il « n'est pas du tout impossible que les commanditaires des attentats du 11 septembre soient les auteurs de cette spéculation », a déclaré jeudi le ministre français de l'économie et des finances, Laurent Fabius sur Europe 1. « Nos systèmes informatiques ont repéré une certaine liste d'anomalies sur laquelle nous travaillons d'arrache-pied, compte tenu de la coïncidence avec les attentats », a déclaré de son côté sur RMC le directeur général de la COB, Gérard Rameix. « On ne peut s'empêcher d'être frappé par l'importance des volumes échangés et les secteurs choisis », remarque une personne proche du dossier.

Une dizaine de valeurs de groupes français sont concernées par cette enquête. Les noms n'ont pas été dévoilés par la COB, mais certains d'entre eux sont aisément identifiables. Les sociétés sous surveillance appartiennent au secteur de l'assurance (le nom d'AXA a été évoqué plusieurs fois), l'aéronautique avec EADS, issu du mariage entre Aerospatiale-Matra et l'allemand DASA, le transport aérien (Air France), le luxe (LVMH), la grande distribution et les télécommunications. Cette liste de secteurs est assez proche de celle de la SEC. Les autorités boursières américaines ont repéré des mouvements anormaux avant les attentats autour des titres United et American Airlines, les deux compagnies aériennes directement impliquées dans les attaques, des institutions financières comme Morgan Stanley Dean Witter et Merrill Lynch, le premier étant le principal occupant du World Trade Center, l'autre étant installé juste à côté. De leur côté, les autorités boursières allemandes ont parlé de mouvements importants sur des groupes de réassurance Munich Ré et Swiss Ré, tandis que le ministre italien de la défense, Antonio Martino, évoquait « des Etats et des organisations terroristes derrière cette spéculation » ( Le Monde du 19 septembre).

ANOMALIES IMPORTANTES

Pour l'instant, la COB se refuse à parler de délits d'initiés ou de spéculations concertées. Elle se contente juste d'évoquer des anomalies importantes sur les volumes ou des décalages notables par rapport aux indices boursiers, au secteur, ou à l'historique de la valeur. Plusieurs semaines, selon elle, seront nécessaires avant de se faire une idée sur la nature exacte des mouvements constatés. L'ouverture d'une enquête lui permet de se donner des moyens importants d'investigation.

L'autorité boursière dispose, grâce cette procédure, de pouvoirs d'enquête élargis. Elle peut notamment demander communication de tous les relevés de transactions dans les banques et chez les intermédiaires, d'entendre des responsables de marché, de se rendre dans les bureaux des institutions financières concernées. Aucun secret professionnel ne peut lui être opposé.

La coopération internationale entre places boursières, au travers de l'Organisation internationale des commissions de valeurs, fonctionne à plein actuellement. Une réunion téléphonique a été organisée dès le début de la semaine entre les différentes autorités pour faire le point sur les anomalies de marché constatées. La COB, qui risque dans le cadre de cette enquête de déborder du cadre national, compte bien s'appuyer sur les liens de coopérations pour poursuivre. « Mais si on aboutit à un paradis fiscal ou à des sociétés écrans, comme cela est tout à fait possible, tout deviendra plus difficile. L'enquête aura toutes les chances de s'enliser », fait remarquer un proche du dossier.

MARTINE ORANGE
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En dépit des déclarations américaines, les indices menant à Ben Laden restent minces
Article paru dans l'édition du 25.09.01

Les enquêteurs comptent sur la piste financière pour faire le lien avec les pirates de l'air   

Comment prouver que le milliardaire Oussama Ben Laden est bien le commanditaire des attentats du 11 septembre ? Les enquêteurs mesurent chaque jour davantage l'ampleur de leur tâche et son importance politique dans la crise actuelle. Interrogé dimanche par la chaîne de télévision NBC, le secrétaire d'Etat Colin Powell s'est montré catégorique : « Dans un avenir proche, nous serons en mesure de produire un document établissant ses liens avec les attentats. » Deux jours plus tôt, sur la BBC, M. Powell avait déclaré : « Je pense que nous avons assez d'informations émanant des services de renseignement, mais aussi de preuves juridiques pour le présenter devant un tribunal américain. »

Les éléments connus à ce jour relèvent cependant du faisceau d'indices et non de la certitude absolue. S'ils désignent Ben Laden, cela reste de manière très indirecte... Les spécialistes de la lutte antiterroriste signalent ainsi de nombreux points communs entre ces actions et celles imputées par le passé au dissident saoudien. Des points communs ayant trait au mode opératoire (l'idée de recourir à des avions-suicides circulait depuis des années chez ses sympathisants), aux cibles (référence à l'attentat de 1993 contre le World Trade Center), voire aux soutiens logistiques dont les terroristes auraient bénéficié. Quelques-uns d'entre eux n'ont-ils pas transité par Jersey City, comme plusieurs hommes condamnés pour l'attentat de 1993 ?

CELLULES DORMANTES

Plus précisément, la police suspecte quatre des kamikazes d'avoir été en contact avec l'organisation Al-Qaida (la « base » d'Oussama Ben Laden). C'est le cas de deux terroristes impliqués dans le détournement du Boeing qui s'est écrasé sur le Pentagone : Khalid Al-Midhar et un complice dont l'identité (Nawaq Alhamzi) et la nationalité (saoudienne) paraissent aujourd'hui douteuses. A en croire la CIA, l'un et l'autre auraient en tout cas été vus, et même filmés, fin 1999 ou début 2000, en Malaisie, en présence de deux hommes par la suite suspectés d'être impliqués dans l'attentat d'octobre 2000 contre un destroyer de l'US Navy au Yémen, une opération attribuée à l'époque à la mouvance Ben Laden.

Un autre lien supposé avec Al-Qaida concerne deux kamikazes montés à bord des Boeing destinés à s'écraser contre les tours du World Trade Center. Wail Alshahri et Ahmed Alghamdi - si l'on s'en tient aux identités retenues par le FBI - auraient fréquenté un Koweïtien de trente-quatre ans installé à Boston et considéré comme un relais du leader islamiste dans le nord-est des Etats-Unis. Ce suspect, placé en garde à vue le 19 septembre, aurait été mis en cause par l'un de ses amis, un ancien chauffeur de taxi de Boston actuellement détenu en Jordanie pour avoir préparé des attentats anti-américains dans ce pays à la fin de l'année 1999. Ces projets d'attentats, déjoués par les autorités locales, avaient été attribués, une fois encore, à Ben Laden. Les enquêteurs cherchent désormais à savoir quels étaient les liens financiers entre le suspect koweïtien (l'homme de Boston) et les deux pirates de l'air. Plus généralement, ils espèrent que l'examen des circuits de financement de l'opération du 11 septembre les conduira au commanditaire.

En l'état, ces diverses pistes autorisent-elles pour autant à accuser Ben Laden ? Le 23 septembre, le Washington Post a livré un constat édifiant à ce propos. Sous la plume de Bob Woodward, l'un des journalistes ayant révélé en son temps l'affaire du Watergate, le quotidien assurait que quatre ou cinq « cellules » du réseau ont été répertoriées aux Etats-Unis après les attentats. Toujours selon le journal, les cinquante personnes concernées seraient en situation régulière et n'auraient jamais eu maille à partir avec la justice locale. Surtout, aucun lien n'a pu être établi entre elles et les pirates de l'air. « Ils sont très bons pour compartimenter » leurs activités, concluait un informateur anonyme du Washington Post, estimant qu'il pourrait s'agir de cellules dormantes.

Les preuves pourraient venir d'Europe. En Allemagne, pays où plusieurs kamikazes ont pu côtoyer des correspondants de la mouvance Ben Laden, deux mandats d'arrêt ont été lancés contre des « suspects », un Yéménite et un Allemand d'origine marocaine. En Grande-Bretagne, un homme de vingt-sept ans, interpellé le 21 septembre, aurait fréquenté la même école d'aviation, dans l'Arizona, que l'un des kamikazes. Il reste à savoir si ces différents développements conduiront ou non à celui que le président Bush a désigné comme le « principal suspect ».

PHILIPPE BROUSSARD
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George Bush impose le mutisme à ses services de renseignement
Article paru dans l'édition du 27.09.01

Après les préparatifs militaires, Washington se lance dans une guerre de l'information, y compris à l'égard des membres de la coalition antiterroriste, comme en 1991. Le secrétaire à la défense a autorisé le Pentagone à « mentir » au besoin   

WASHINGTON a demandé à la « communauté » du renseignement de réunir les preuves de l'implication des réseaux d'Oussama Ben Laden dans les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis et leurs liens avec d'autres mouvements terroristes. Mais il n'est pas prévu, pour le moment, de mettre le renseignement sur la place publique, du moins en sa totalité. Le président George W. Bush vient de le dire, après le secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, qui a déjà filtré l'information et a autorisé le Pentagone à « mentir », au besoin, comme l'a révélé un officier chargé des plans d'opérations. « Mon administration ne parlera pas de ce qu'elle rassemble en matière de renseignement, a expliqué M. Bush, ni si elle en rassemble et ce que dit le renseignement. Il y va de la sécurité des Américains. »

Ce principe de la non-transparence du renseignement en période de crise n'est pas nouveau. Pour une série de raisons. D'abord, Washington estime s'être aussi lancée, en même temps que la préparation de ses ripostes militaires, dans une guerre de l'information. Autrement dit, il n'est pas utile, dans ces conditions, de révéler tout ce qu'on sait et, par voie de conséquence, de renseigner son adversaire. Ce qui laisse libre cours à toutes les manipulations, y compris vis-à-vis des membres de la « coalition » antiterroriste - comme cela fut le cas en 1990-1991 sur la situation en Irak -, auxquels on demande de croire les Etats-Unis sur parole. Ensuite, Washington peut avancer la crainte que la révélation de certaines des informations collectées induise leur origine, pour des experts qui sauraient les décoder. Or c'est une tradition des services de renseignement de garder inaccessibles, autant que faire se peut, à ceux qui ne sont pas habilités pour en avoir connaissance, la nature de leurs sources. C'est indirectement une garantie de sécurité apportée à la sauvegarde et à la production de ces sources.

La « communauté » du renseignement aux Etats-Unis comprend quelque 100 000 agents pour environ 30 milliards de dollars (environ 33 milliards d'euros) par an. Elle réunit une bonne douzaine d'offices, sous la bannière de la Central Intelligence Aency (CIA), qui en est en théorie le « cerveau ».

A ce dispositif, il convient d'ajouter quelque 50 000 autres personnes qui relèvent des services de renseignement propres à chacune des armées américaines et dont le budget global est estimé à 11 milliards de dollars par an.

C'est cet ensemble d'agences qui, dès après le 11 septembre, a été dans la ligne de mire des critiques et qui a été accusé d'avoir manqué d'efficacité dans la prévention des attentats à New York et à Washington.

Aujourd'hui, certaines langues se délient dans les milieux du renseignement et incriminent la présidence de Jimmy Carter, il y a vingt-cinq ans, durant laquelle l'accent a été mis sur la recherche par des voies techniques, au détriment des sources « humaines ». Cette orientation a été suivie sous d'autres présidences, et, pas plus tard encore que début 2001, nul n'ignore que M. Rumsfeld et le directeur de la CIA, George Tenet, ont donné la priorité à la collecte du renseignement via l'imagerie satellitaire et les interceptions électroniques, au motif que les transmissions « cellulaires » étaient en pleine explosion. « On s'est relâché sur le renseignement humain, admet un officier général américain dont les propos sont rapportés dans le dernier numéro de la revue Aviation Week and Space Technology, et on a décrété que c'était de la pacotille alors qu ' il apporte souvent l'information principale. »

En réalité, la « communauté » du renseignement, à laquelle M. Bush continue d'accorder sa confiance, a échoué, depuis quelques années, à attirer et à embaucher les arabisants qui lui font défaut aujourd'hui. Elle n'est pas la seule. En Europe, à commencer par la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) en France, c'est une carence répandue dans les services de renseignement, même si, depuis peu, un effort tous azimuts est accompli en matière d'enseignement des langues étrangères.

Dans les circonstances présentes, reconnaît un fonctionnaire du département d'Etat dans le même magazine, « le recrutement d'Arabes américains n'a pas marché. Ils n'ont pas assez d'estomac pour devenir des espions, c'est-à-dire des hommes susceptibles de s'infiltrer dans des groupes terroristes qui sont basés sur le système des clans familiaux et dont la fréquentation a été négligée depuis de si nombreuses années ».

JACQUES ISNARD
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« Une perte de temps », selon la City
Article paru dans l'édition du 29.09.01   

Une perte de temps » : tel est le sentiment de la City sur l'enquête de l'autorité britannique des services financiers, la Financial Services Authority (FSA), concernant les étranges mouvements boursiers avant les attentats aux Etats-Unis, qui n'a révélé, pour le moment, aucune irrégularité. « Un mauvais canular »... C'est ainsi qu'en privé les banquiers de la première place financière européenne qualifient cette enquête, lancée il y a dix jours, et qui n'a donné pour le moment aucun résultat. Ce n'est pas faute d'avoir cherché. L'organisme de régulation britannique a mobilisé plusieurs centaines de fonctionnaires qui ont contacté plus de la moitié des 8 500 établissements financiers soumis à sa tutelle pour qu'ils passent au peigne fin les bordereaux d'opérations boursières effectuées à la veille du 11 septembre. A l'instar de la COB, la FSA avait constaté des mouvements inhabituels à la baisse des cours (assurances, compagnies aériennes) ou de matières premières (or, pétrole) juste avant le drame. Le rôle de premier plan joué par Londres dans le recyclage des avoirs arabes et la requête de Washington d'entraide judiciaire sont venus donner une touche d'urgence supplémentaire. « Super-régulateur » du secteur financier britannique, la Financial Services Authority voit dans cette absence d'indices probants la preuve de l'efficacité de son arsenal de poursuite et de répression des délits financiers. Ses experts, aujourd'hui, ont beau jeu de souligner que de telles anomalies boursières s'expliqueraient par les anticipations des mauvais résultats des compagnies concernées sur fond de déprime du marché.

Ainsi, les compagnies d'assurance-vie, déjà touchées par la baisse des valeurs, subissaient de surcroît les retombées des scandales Equitable et Independent. La compagnie aérienne British Airways était dans le collimateur des analystes en raison des effets du ralentissement économique américain sur le trafic transatlantique qui intervient pour la moitié des revenus de l'avionneur. Quant à l'or, il se languissait au plus bas, à la suite des ventes des banques centrales et de la surproduction mondiale. « Cette enquête a été une pure perte de temps. Si les opérations d'achat ou de vente en Bourse sont facilement traçables, tel n'est pas le cas des options de vente (put) pariant sur la baisse de l'actif en question réalisées par exemple sur le marché à terme Liffe qui ne sont pas aussi bien réglementées », souligne un consultant londonien. D'autres s'interrogent sur les activités des filières des négociants en matières premières (pétrole, métaux, café) ou les hedge funds, qui échappent, eux, à toute surveillance.

La FSA espère maintenant que la fin de cette coûteuse traque au délit d'initié lui laissera faire son métier en paix. Londres entend mener la guerre à l'argent de la terreur sur quatre fronts. D'abord, élaborer un code de conduite informel pour lutter plus efficacement contre les comportements spéculatifs inacceptables sur les marchés. A commencer par la technique des ventes à découvert, par lesquelles les spéculateurs empruntent des actions aux investisseurs institutionnels qu'ils cèdent en tablant sur leur dépréciation future pour les racheter par la suite à un prix inférieur. Deuxièmement, le gel des avoirs détenus ou contrôlés par les talibans est plus que jamais à l'ordre du jour. Les fonds suspects bloqués à ce jour s'élèvent à près de 50 millions de livres (80 millions d'euros). La National Criminal Intelligence Service enquête, elle, pour savoir si les argentiers de Ben Laden ont effectué des transactions au profit de la nébuleuse terroriste. La troisième priorité est la mise au pas des paradis fiscaux de la Couronne (îles Anglo-Normandes, Man, Cayman, îles Vierges, Gibraltar...) où sont placés les fonds déposés dans les banques de la City et qui regimbent à collaborer. La FSA a estimé, jeudi 27 septembre, qu'ils « sont confrontés à un futur morose » s'ils n'améliorent pas leurs contrôles. Enfin, le régulateur aidera les compagnies d'assurance mises à mal par le coût des attentats aux Etats-Unis.

MARC ROCHE
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Les enquêtes sur les transactions boursières avant les attentats tournent court
Article paru dans l'édition du 29.09.01

De Paris à New York, en passant par Londres ou Amsterdam, les autorités de contrôle des marchés ont relevé d'amples mouvements sur certaines valeurs. Pourtant, à ce stade, une spéculation organisée par des mouvements terroristes ne peut pas être établie

TERRORISME Les enquêtes déclenchées par les autorités boursières mondiales autour d'éventuelles transactions suspectes avant les attentats du 11 septembre tournent court. LES AUTORITÉS BOURSIÈRES à Paris, à Amsterdam et à Francfort, ont relevé de forts mouvements sur certains titres sans pouvoir prouver une spéculation concertée organisée par les terroristes. AUX ÉTATS-UNIS, de très gros bénéfices ont été réalisés mais aucun indice sérieux n'a été trouvé. Même résultat en Grande-Bretagne. La City a tendance à considérer que les recherches boursières ont été une perte de temps. CES INVESTIGATIONS mettent en évidence l'opacité de l'actionnariat des grandes institutions financières internationales. Conçues lors de la vague libérale des années 1980, les lois qui régissent le marché apparaissent aujourd'hui inadaptées.

LE SCÉNARIO d'une vague de spéculations boursières conduite par des terroristes pour accompagner les attentats américains semble se déliter. Au fil des jours, les autorités boursières, les unes après les autres, avouent que leurs pistes ne débouchent sur rien. Après la Deutsche Börse, qui a déclaré, en fin de semaine dernière, ne rien avoir trouvé, le ministre des finances néerlandais Gerrit Zalm a indiqué, mardi 25 septembre devant le parlement, que l'enquête des autorités boursières néerlandaises (STE) avait établi qu'il n'y avait pas eu de délit d'initiés à la Bourse d'Amsterdam avant les attentats aux Etats-Unis. A Londres et à New York, les gendarmes de la Bourse en arrivent au même constat : pour le moment, ils n'ont rien trouvé de suspect (lire ci-dessous). « Ce n'est pas faute d'avoir cherché », a indiqué Howard Davies, président de la Financial Services Authority (FSA), le régulateur boursier londonien.

A Paris, la Commission des opérations de Bourse (COB) se contente juste de déclarer que l'enquête se poursuit. « Il est trop tôt pour avoir une image claire des personnes et des motivations qui ont pu être à l'origine des mouvements anormaux repérés sur certains titres », explique-t-on au siège de l'autorité boursière française. Selon nos informations, la COB se heurte, en fait, aux mêmes difficultés que ses homologues étrangères. Elle a relevé des activités très intenses sur des titres de groupes particulièrement sensibles aux effets des attentats. Mais rien ne permet à ce stade, d'étayer la thèse d'une spéculation concertée, de délit d'initiés ou de manipulations de cours.

AXA, EADS, AIR FRANCE, LVMH...

L'hypothèse d'un complot terroriste financier avait été évoquée, dès le lendemain des attentats américains, par le ministre de la défense italien, Antonio Martino, qui avait parlé publiquement « d'Etats et des organisations terroristes derrière cette spéculation ». Selon le journal italien Corriere della sera, les services secrets de différents pays européens soupçonneraient l'organisation d'Oussama Ben Laden d'avoir utilisé à maintes reprises une maison de courtage milanaise pour opérer sur les marchés financiers européens.

Frappées par la chute des cours atteignant notamment les valeurs de l'aéronautique, de l'assurance et de la banque - premiers secteurs touchés par le contre-coup des attentats -, les autorités boursières américaines, européennes et asiatiques ont décidé chacune d'ouvrir des enquêtes et de coopérer. En France, une dizaine de valeurs de groupes ont été soumises à examen par la COB. Les noms n'ont pas été donnés mais certains sont aisément reconnaissables. Les groupes appartiennent au secteur de l'assurance (le nom d'Axa a été évoqué plusieurs fois), l'aéronautique avec EADS, issu du mariage entre Aerospatiale et l'allemand DASA, le transport aérien (Air France), le luxe (LVMH), la grande distribution et les télécommunications. Cette liste de secteurs est assez proche de celle de la SEC (l'autorité américaine).

Les marchés dérivés ont particulièrement été examinés, les positions sur les futures et les options permettant de spéculer facilement à la baisse sur un titre. Une montée importante de contrats, pris juste avant les attentats, a été repérée sur des actions comme American Airlines, les réassureurs Swiss Re et Munich Re ou l'assureur Axa. Mais les enquêteurs n'arrivent à rien prouver. « Le marché était déjà baissier avant les attentats. Beaucoup d'intervenants rentraient de vacances et reprenaient des positions. Certains mouvements, comparés à ceux de juin, ne sont finalement pas si anormaux que cela dans un climat économique de récession », dit un proche du dossier.

Bien que semblant se heurter à une impasse, la COB ne semble pas pressée d'annoncer la clôture de l'enquête. Le dossier, ouvert dans des circonstances exceptionnelles, lui permet de faire jouer les dispositifs de coopération internationale, prévus de longue date mais jusque-là peu utilisés. La COB se félicite en particulier de la très bonne marche du réseau des Bourses européennes, le Fescopal, qui facilite les échanges d'informations et les investigations croisées dans les pays partenaires.

Tirant parti du contexte, les autorités boursières françaises semblent en profiter pour examiner de plus près des opérations, des intervenants, de fonds sur lesquels elles se sont posé de nombreuses questions par le passé. L'enquête pourrait lui permettre notamment de mettre des noms derrière certains « hedge funds » ou certains fonds d'investissements très actifs mais très secrets, le nom de leurs actionnaires ou de leurs porteurs de parts n'étant jamais révélé. Ces tentatives d'éclaircissement risquent cependant de se heurter à de nombreux obstacles. Ne goûtant guère la lumière, le monde financier a construit de grands obstacles pour se protéger. Même en période d'attentat, il n'est pas prêt à renoncer à toutes ses protections.

MARTINE ORANGE
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Aux Etats-Unis, de très gros bénéfices mais pas d'indices
Article paru dans l'édition du 29.09.01

L'emboîtement de sociétés intermédiaires fait obstacle à la lisibilité de l'actionnariat   

L'autorité américaine des marchés financiers, la SEC (Securities Exchange Commission), n'a pas plus avancé dans ses recherches sur d'éventuelles irrégularités boursières et délits d'initiés avant les attaques terroristes du 11 septembre que ses homologues européennes. Paul O'Neill, le secrétaire d'Etat au Trésor, a même déclaré à plusieurs reprises ne pas avoir le moindre indice prouvant que des parties liées aux organisations terroristes aient pu retirer des profits financiers des attentats. Pour autant, l'enquête continue. Le FBI (police fédérale) y est étroitement associé. Il s'est intéressé dans un premier temps au marché des options de Chicago (Chicago Board Options Exchange ou CBOE) et à une augmentation inhabituelle au début septembre des achats d'options de vente (« puts ») de deux titres de compagnies aériennes, United Airlines (UAL) et American Airlines (AMR). Faute de découvertes probantes, les enquêteurs ont élargi leurs recherches à d'autres valeurs et sont remontés dans le temps plusieurs mois avant les attaques. « Nous avons décidé d'aller plus en profondeur et d'élargir nos investigations », explique-t-on à la SEC. L'enquête ne concerne plus seulement le CBOE, le plus important marché d'options des Etats-Unis, mais aussi d'autres places qui échangent ce type de titres, comme l'American Stock Exchange, le Philadelphia Stock Exchange, le Pacific Exchange et le New York's International Securities Exchange. Le 6 septembre, le nombre d'options de vente achetées sur le titre UAL était cinq fois plus important que d'ordinaire. Le lendemain, le volume était encore deux fois supérieur à la moyenne. La veille de l'attaque, les transactions sur les puts AMR étaient dix fois plus importantes qu'en temps normal.

Les autorités cherchent à identifier les donneurs d'ordres qui ont réalisé de considérables plus-values. Le plongeon des cours d'AMR et UAL au lendemain du 11 septembre a fait s'envoler la valeur des options. Selon l'agence Bloomberg, une seule position suspecte aurait permis à son bénéficiaire d'empocher un bénéfice de 2,4 millions de dollars. Il est en théorie difficile à ceux qui spéculent sur les marchés d'options de cacher leur identité. Un courtier ou un investisseur détenant une position supérieure à 200 options est obligé de s'identifier auprès des autorités de contrôle afin de vérifier notamment sa solvabilité. La SEC a ensuite tout pouvoir pour bloquer le versement des profits aux propriétaires des puts s'ils sont soupçonnés de pratiques illégales. Mais ce qui intéresse surtout les autorités, c'est de savoir d'où est venu l'argent et où il est reparti.

VÉRIFICATION DES FICHIERS

Une société spécialisée dans la vente d'options, le Susquehanna Investment Group de Philadelphie, a alerté la SEC et le FBI sur l'achat de puts portant sur des actions de compagnies aériennes et l'indice Nikkei de la Bourse de Tokyo le 7 et le 10 septembre. Les autorités s'intéressent aussi à la vente d'options portant sur les actions Morgan Stanley et celles du courtier en assurance Aon, deux entreprises ayant des bureaux dans le World Trade Center.

Par ailleurs, l'autorité boursière américaine a demandé aux opérateurs de vérifier dans leurs fichiers l'éventuelle présence des 27 personnes et organisations dont le gouvernement américain a ordonné lundi 24 septembre le blocage des comptes.

ERIC LESER
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ANALYSE [Ajouté]
La planète financière découvre les excès de la déréglementation des années 1980
Article paru dans l'édition du 29.09.01   


LES ENQUÊTES sur les nébuleuses financières des réseaux terroristes, engagées après les attentats du 11 septembre, mettent en évidence l'opacité de l'actionnariat des grandes institutions financières internationales. « Le manque de transparence dépasse largement les établissements situés dans les émirats ou dans les paradis fiscaux. Il peut s'avérer aussi difficile de connaître finement l'identité des actionnaires d'une banque de renom dans un grand pays occidental, que celle d'une banque de Bahrein », relève un proche de la Commission bancaire française, l'autorité de tutelle des banques. Faut-il voir dans cette opacité un défaut de contrôle des Etats ? « On est en droit de penser qu'aucune véritable réflexion internationale sur ce sujet n'a encore été lancée, pas plus pour les banques que pour les sociétés cotées, par manque de volonté politique », estime cette source.

Considérer que rien n'a été entrepris serait toutefois inexact. En 1995, quatre ans après le scandale de la faillite de la Bank of Credit and Commerce International (BCCI) - cette institution financière britannique détenue par l'émirat d'Abou Dhabi, dont l'opacité rendait impossible tout contrôle efficace - une directive a été adoptée par la Commission européenne. Cette réglementation a injecté un zeste de régulation dans le système financier. Désormais, tout actionnaire détenant plus de 5 % du capital d'une banque européenne a l'obligation de se faire connaître des autorités de marché.

Certains pays se sont dotés de systèmes plus contraignants. Il en va ainsi de la France, où existent des obligations de déclarations statutaires au sein des sociétés cotées. Les actionnaires détenant des participations même faibles, de l'ordre de 0,5 % ou 1 %, doivent se faire connaître des dirigeants. Des procédures ont été imaginées pour permettre aux sociétés inquiètes sur leur actionnariat d'en obtenir une photographie (le Titre au porteur identifiable). La loi de mai 2001 sur les nouvelles régulations économiques a renforcé ce dispositif, privant de droit de vote les actionnaires refusant de se faire connaître, donc susceptibles d'agir avec un « faux nez ».

CENTRES OFFSHORE

Toutefois, le système actuel, efficace en France et dans d'autres pays acquis au principe de transparence (Allemagne, Espagne etc.), présente des failles. Il perd de son efficacité dès qu'il se heurte à des sociétés investissant pour des tiers, dont l'identité n'est pas révélée. Même en France, il est impossible de savoir qui se cache derrière les sociétés écrans, souvent établies dans les paradis fiscaux et dont l'objectif est de ne pas se faire connaître du marché, mais aussi derrière de banals fonds d'investissement ou des holdings. « Quand la Commission bancaire française a avalisé le rachat du Crédit commercial de France (CCF) par HSBC, dont le capital est émietté, elle a dû admettre qu'elle ne connaissait pas précisément les actionnaires du géant financier britannique ; mais elle a agi conformément à sa mission, jugeant que l'assise financière du groupe préservait la stabilité financière du CCF », se souvient un acteur du dossier. Un autre banquier relate comment la faillite en 1988 de la banque Al Saoudi, agréée en France mais détenue par une holding aux Pays-Bas, n'a pu être anticipée.

Pour Dominique Garabiol, chef du service de l'inspection au Conseil des marchés financiers (CMF), l'emboîtement de sociétés intermédiaires fait obstacle à la lisibilité de l'actionnariat. Mais au-delà, les lois qui régissent les marchés, conçues dans la vague de libéralisation des années 1980, ne sont plus adaptées au contexte. « La question qui se pose est très nouvelle, jusqu'ici la réglementation n'a pas été conçue dans l'idée de se protéger contre tel ou tel mais pour informer le marché d'un phénomène économique susceptible de l'intéresser », analyse M. Garabiol. « Il faut se poser la question du libre accès aux marchés des pays qui jouent l'opacité ; les événements du 11 septembre favorisent cette réflexion. Jusqu'où ira-t-elle ? », s'interroge-t-il.

De fait, la réflexion est en marche. Une source à Bruxelles indique qu'il faudra repenser le droit communautaire. Mais pour beaucoup, l'urgence est de faire revenir le droit dans les centres offshore. « La réponse réside moins dans une réglementation hypertrophiée que dans le renforcement de la coopération entre les places financières », estime Florence Roussel, chef du service juridique de la Commission des opérations de Bourse (COB). Daniel Lebègue, directeur général de la Caisse des dépôts (CDC), indique au Monde que « le moment est venu de mettre les centres offshore hors la loi ». « Si ce résultat était obtenu, dit-il, nous aurions fait plus de progrès en quelques semaines dans la lutte contre la criminalité financière qu'au cours des dix dernières années. »

ANNE MICHEL


"The pure and simple truth is rarely pure and never simple"
~Oscar Wilde

Hors ligne

 

#12 12-10-2007 01:38:22

Marc
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Autres articles.


Le démenti d'Oussama Ben Laden
Article paru dans l'édition du 18.09.01   

Oussama Ben Laden a transmis ce communiqué en arabe à Afghan Islamic Press, une agence privée réputée proche des talibans opérant à Peshawar (nord-ouest de l'Afghanistan) : « Au nom de Dieu le miséricordieux et clément. (...) Après les dernières explosions qui se sont produites aux Etats-Unis d'Amérique, certains doigts accusateurs américains nous ont désignés et nous ont accusés d'être derrière [ces attentats]. Les Etats-Unis nous ont habitués à ce genre d'accusations, chaque fois que leurs ennemis, qui sont nombreux, leur assènent un coup. A cette occasion, j'affirme catégoriquement que je n'ai pas mené cette action et que ceux qui l'ont faite l'ont faite dans leur intérêt personnel. Quant à moi, (...) je suis un adepte du «commandeur des croyants» (mollah Omar, le chef suprême des talibans, NDLR) à qui je dois respect et obéissance. Le commandeur des croyants ne permet pas de mener de telles activités à partir de l'Afghanistan. »
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PAKISTAN : selon le général Hameed Gul les auteurs de l'attentat seraient Israéliens
Article paru dans l'édition du 19.09.01   

Le général Hameed Gul, ancien patron des services secrets pakistanais, a déclaré dans un entretien au Figaro du 17 septembre que « les auteurs des attentats ne peuvent être que des insiders, des gens qui vivent aux Etat-Unis. Or il y a beaucoup de juifs aux Etats-Unis et les juifs sont les premiers terroristes du monde. Chaque juif, dans quelque pays qu'il se trouve, est un complice en puissance du terrorisme israélien. Je pense personnellement qu'Ariel Sharon n'est pas satisfait de l'administration Bush. Pour moi, ce ne sont pas des islamistes, mais Sharon et les Israéliens qui ont organisé ces attentats ».
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Vive la censure !
Article paru dans l'édition du 20.09.01   

ET SI ON PARLAIT de la censure ? Elle ne dit pas son nom (officiellement, elle n'existe pas). Elle est efficace et silencieuse. Mise en place par le FBI et les services municipaux de la ville de New York quelques heures après les attentats, implacablement maintenue depuis une semaine, elle fonctionne jour et nuit comme une mécanique bien huilée.

C'est la première fois dans l'histoire de New York qu'un quartier entier (le bas de Manhattan) est soumis à un tel régime. Dans la zone interdite, délimitée et gardée par des hommes en armes, les autorisations de filmer et de photographier sont données au compte-gouttes et ceux qui en sont bénéficiaires sont accompagnés en permanence par des policiers ou des pompiers. Pour leur sécurité, assurément. Pas seulement pour cela, évidemment.

La CIA et le FBI ont lamentablement échoué dans leur mission d'assurer la sécurité extérieure et intérieure des Etats-Unis. Les agents du FBI, qui travaillent la main dans la main avec les autorités locales, n'ont pas envie de rater la mission qui leur a été (discrètement) assignée : empêcher systématiquement la diffusion d'images fixes ou animées montrant de près les corps déchiquetés des victimes. Il en va, en effet, aux yeux des plus hautes autorités américaines, de l'honneur des Etats-Unis face aux terroristes, et aussi du moral de la nation.

Les pompiers de New York, qui ont perdu 322 de leurs hommes (ceux qui montaient dans les tours pour éteindre les feux lorsque leurs occupants en descendaient), n'ont pas envie de voir à l'écran les corps martyrisés de leurs collègues. Ils collaborent activement à cette censure. La même remarque vaut pour la police municipale, pour la protection civile et - ce qui est le plus fascinant pour nous autres Français - pour les sauveteurs volontaires qui se sont spontanément présentés par milliers.

Les chaînes de télévision, les agences de photos collaborent aussi, mais, là, il y a des couacs, et la sanction est immédiate. L'information a été donnée mardi soir sur TF1 par Patrick Poivre d'Arvor, dans son journal télévisé en direct de New York : 197 cartes de presse ont été confisquées dans la zone interdite. Qu'on me comprenne bien. Je n'ai nulle envie de voir des membres épars ou des têtes disjointes. J'imagine l'épouse, le fils, la fille de la victime les découvrant à l'écran. Un voeu, pour finir, puisque le XXIe siècle s'annonce terroriste et sanglant : que les chaînes de télévision américaines soient aussi pudiques lors de la prochaine tuerie, et pas seulement si elle a lieu aux Etats-Unis.

PAR DOMINIQUE DHOMBRES
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Les New-Yorkais ont rendu hommage aux victimes
Article paru dans l'édition du 25.09.01   

NEW YORK. Le Yankee Stadium de New York a accueilli, dimanche 23 septembre, des milliers de personnes venues prier en hommage aux morts et disparus des attentats du 11 septembre. Cette « prière pour l'Amérique », premier grand rassemblement depuis les attentats, a commencé avec le chant patriotique God Bless America et des défilés de policiers jouant de la cornemuse devant un stade de 57 000 places, dont moins de la moitié seulement était remplie.

Plusieurs chaînes de télévision retransmettaient en direct la cérémonie. Bill et Hillary Clinton sont arrivés sous les applaudissements, suivis des représentants des principales confessions, qui ont pris la parole. « Les musulmans d'Amérique ont aujourd'hui un énorme poids sur leur épaule, parce que ceux qui ont commis de tels actes se réclament de leur foi », a déclaré l'imam Izak El Pascha. - (AFP.)
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Des mosquées incendiées en Australie
Article paru dans l'édition du 25.09.01   

SIDNEY. Un attentat a réduit en cendres, samedi 22 septembre, la mosquée de Kuraby, au sud de Brisbane en Australie. Cet incendie criminel est le quatrième incident grave visant la communauté musulmane dans la capitale de l'état du Queensland, depuis les attentats perpétrés aux Etats-Unis.

En Australie méridionale, par ailleurs, plusieurs mosquées ont été barbouillées de graffitis et l'unique école coranique de la région a fermé ses portes pendant deux jours, après une alerte à la bombe. « Il n'y a aucune place en Australie pour ce type de conduite abjecte, a condamné le premier ministre fédéral, John Howard. Les Australiens islamiques ont le droit autant que moi à une place dans cette communauté. » - (Corresp.)
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Du choc du World Trade Center à la chute de Kandahar
Article paru dans l'édition du 14.12.01   

SEPTEMBRE 9. - Le commandant Massoud, chef de l'Alliance du Nord, est grièvement blessé par deux faux journalistes lors d'une interview. 11. - A 8 h 48, heure locale, un Boeing 767 d'American Airlines parti de Boston vers Los Angeles avec 92 personnes à bord, dont Berry Berenson, veuve de l'acteur Anthony Perkins, et détourné en vol vers New York, percute la tour nord du World Trade Center (WTC) qui s'embrase aussitôt. Quinze minutes plus tard, un autre appareil du même type d'United Airlines, également parti de Boston vers Los Angeles avec 65 personnes à bord, s'écrase contre la tour sud, devant les caméras de télévision qui retransmettent en direct la catastrophe. A 9 h 30, le président Bush déclare, depuis Sarasota (Floride) où il se trouve, qu'il s'agit « semble-t-il d'une attaque terroriste dirigée contre notre pays ».

Dix minutes plus tard, un Boeing 757 d'American Airlines ayant décollé de Washington vers Los Angeles s'abat sur le Pentagone, le ministère de la défense, dont une partie du bâtiment s'embrase. Aussitôt tous les vols commerciaux sont suspendus aux Etats-Unis, et les marchés boursiers fermés. A 9 h 55, la tour sud du WTC s'effondre sur les victimes et leurs sauveteurs.

A 10 h 10, un Boeing 757 d'United Airlines, parti de l'aéroport new-yorkais de Newark vers San Francisco avec 45 personnes à bord, s'écrase près de Pittsburgh (Pennsylvanie) après avoir été détourné vers Washington, et qu'une lutte eut opposé certains passagers aux pirates. A 10 h 30, la seconde tour du WTC s'effondre à son tour, entraînant la ruine de plusieurs immeubles voisins. Rudolph Giuliani, maire de New-York, ordonne l'évacuation de tout le sud de Manhattan. Le président Bush ne regagne la Maison Blanche que dans la soirée. 12. - L'ONU adopte la résolution 1368 appelant à traduire en justice les auteurs des attentats, qualifiés d' « actes de guerre » par le président américain. Pour la première fois, l'Otan applique son article 5 prévoyant qu'une attaque contre un seul des Etats membres équivaut à une attaque contre tous. Alors que l'enquête mène rapidement sur la voie du terrorisme islamiste, l'Organisation de la conférence islamique (OCI) condamne ces « actes sauvages » contraires à l'islam. Au Proche-Orient, dix Palestiniens sont tués lors d'incursions israéliennes dans la ville autonome de Jénine, en Cisjordanie. 13. - Le secrétaire d'Etat Colin Powell désigne Oussama Ben Laden, milliardaire d'origine saoudienne dirigeant, depuis l'Afghanistan, le réseau terroriste Al-Qaida, comme principal suspect. Plusieurs arrestations aux Etats-Unis et en Europe alimentent la crainte d'autres attentats en préparation. L'Otan et la Russie se déclarent « unies dans leur résolution à ne pas laisser impunis les attentats », le Pakistan promet sa « coopération sans limites », et Yasser Arafat invite les Etats arabes à envisager une coalition contre le terrorisme. 14. - Le Sénat autorise le président Bush à « recourir à la force » en votant un crédit de 40 milliards de dollars. L'état d'urgence est déclaré, et 50 000 réservistes rappelés. En ce jour de deuil national, des cérémonies ont lieu à Washington et à New York, et trois minutes de silence sont observées à midi dans le monde occidental. L'espace aérien américain est rouvert aux compagnies étrangères. Au Proche-Orient, des raids israéliens de représailles font 15 morts chez les Palestiniens. 15. - Alors que George W. Bush appelle à « une longue croisade contre le terrorisme », le Pakistan autorise l'accès de son espace aérien et terrestre aux forces armées étrangères, tandis que l'Iran ferme sa frontière avec l'Afghanistan. Le même jour, la mort du commandant Massoud est annoncée. 16. - Oussama Ben Laden dément, dans un communiqué, toute implication dans les attentats. 17. - Le président Bush déclare vouloir Ben Laden « mort ou vif ». Après quatre séances de fermeture, Wall Street rouvre en limitant ses pertes à 7,13 %. L'armée pakistanaise est placée en état d'alerte, et Islamabad donne trois jours aux talibans pour livrer Ben Laden. 18. - L'ONU exige à l'unanimité la remise « immédiate et inconditionnelle » de Ben Laden. Jacques Chirac, premier chef d'Etat étranger à se rendre aux Etats-Unis après les attentats, précise les conditions de la coopération française. Les compagnies aériennes américaines annoncent, devant la chute du trafic aérien, de massives suppressions d'emplois. Au Proche-Orient, le cessez-le-feu entre Israéliens et Palestiniens est rompu par la mort d'une Israélienne. 19. - Dans le cadre d'une campagne baptisée « Justice sans limites », les armées américaines commencent à se déployer dans le golfe Persique. Kaboul exclut toute extradition d'Oussama Ben Laden d'Afghanistan. 20. - Devant le Congrès, le président américain lance un ultimatum aux talibans pour livrer Oussama Ben Laden, et invite tous les pays à former une coalition avec les Etats-Unis pour combattre le terrorisme international. La Commission des opérations de Bourse (COB) ouvre une enquête sur certains mouvements de titres avant les attentats. 21. - Un plan de sauvetage de 15 milliards de dollars pour l'industrie aérienne américaine est décidé par la Maison Blanche et le Congrès. 22. - Wall Street enregistre sa plus mauvaise performance hebdomadaire depuis octobre 1932 ( - 14,26 %). Les Etats-Unis lèvent les sanctions imposées à l'Inde et au Pakistan depuis 1999 en raison de leurs essais nucléaires, et les Emirats arabes unis rompent leurs relations diplomatiques avec l'Afghanistan. 23. - Le secrétaire américain à la défense, Ronald Rumsfeld, annonce la perte d'un avion espion américain (sans pilote) au-dessus de l'Afghanistan. Le FBI interdit les vols d'avions agricoles après la découverte d'un manuel concernant les systèmes de pulvérisation des cultures appartenant au Franco-Marocain Habib Zacarias Moussaoui. 24. - Le président George Bush gèle les avoirs bancaires de 27 organisations et personnes liées au terrorisme, dont Oussama Ben Laden, qui appelle les musulmans du Pakistan à la « guerre sainte ». Le président Vladimir Poutine met les bases aériennes russes d'Asie centrale à la disposition des avions de la coalition, et ouvre l'espace aérien russe aux vols humanitaires. 25. - L'Arabie saoudite rompt ses relations diplomatiques avec les talibans. Les autorités américaines, craignant une polémique avec les théologiens musulmans, changent le nom de l'opération de représailles en « Liberté immuable ». 26. - En évoquant à Berlin la « supériorité » de la civilisation occidentale sur l'islam, le premier ministre italien Silvio Berlusconi provoque un tollé. La rencontre organisée, sous pression américaine, à Gaza entre le ministre israélien des affaires étrangères Shimon Pérès et Yasser Arafat ne parvient pas à calmer les violences au Proche-Orient. 27. - Le FBI publie les noms et les photos des 19 pirates de l'air du 11. 28. - Création à Rome d'un conseil suprême et d'un conseil militaire de l'opposition afghane sous l'égide de l'ancien roi Mohammad Zaher Chah, en exil depuis 1973. Le Conseil de sécurité de l'ONU adopte la résolution 1373, sur la lutte contre le financement du terrorisme.

OCTOBRE 2. - Les Etats-Unis présentent les « preuves » de l'implication d'Al-Qaida dans les attentats du 11 septembre. Tony Blair lance aux talibans : « Livrez les terroristes ou rendez le pouvoir. » La compagnie aérienne suisse Swissair, au bord de la faillite, suspend ses vols. L'administration Bush se prononce clairement pour la création d'un Etat palestinien. 3. - Devant l'Assemblée nationale, Lionel Jospin affirme que la France prendra « toutes ses responsabilités aux côtés des Etats-Unis ». 4. - Les Etats-Unis débloquent 320 millions de dollars d'aide aux réfugiés afghans, tandis que Tony Blair, qui déclare n'avoir aucun doute sur la responsabilité de Ben Laden, apporte le soutien de la Grande-Bretagne à George W. Bush. 5. - Pour la première fois aux Etats-Unis depuis 1976, on signale une mort causée par la maladie du charbon (anthrax) en Floride, où la psychose d'attaque bioterroriste se répand. Un premier contingent de mille fantassins américains gagne l'Ouzbékistan. 6. - La journaliste britannique Yvonne Ridley, détenue par les talibans depuis le 28 septembre, est libérée et remise aux autorités pakistanaises. 7. - Début des frappes ciblées américaines contre les bases d'Al-Qaida en Afghanistan, et sur plusieurs villes, dont Kaboul et Kandahar, accompagnées de largages d'aide humanitaire. Ben Laden réplique par vidéo sur la chaîne arabe Al-Jazira, annonçant que les Etats-Unis « ne connaîtront jamais la sécurité tant que la Palestine ne la connaîtra pas », et se félicitant des attentats du 11 septembre. 8. - Le président pakistanais limoge deux hauts responsables militaires, alors que des manifestations de soutien aux talibans ont lieu dans plusieurs villes du pays. Le Conseil de défense de l'Afghanistan appelle au djihad (guerre sainte). Un deuxième cas d'anthrax est découvert en Floride. 9. - Première erreur de tir reconnue par les Américains : quatre Afghans travaillant pour l'ONU sont tués à Kaboul. Michel Peyrard, reporter à Paris-Match, est arrêté pour « espionnage » par les talibans. Lionel Jospin déclare à l'Assemblée nationale : « Je ne me laisserai pas entraîner dans un engrenage. » 10. - Pour la première fois, les avions américains utilisent des bombes à forte pénétration. 11. - Une enquête officielle est ouverte aux Etats-Unis après la découverte d'un troisième cas d'anthrax en Floride. Les talibans, qui rejettent l'offre de George W. Bush de livrer Oussama Ben Laden, font état de 185 morts depuis le début des frappes. 12. - Quatrième cas d'anthrax, à New York, sur une employée de la chaîne de télévision NBC. 13. - Des manifestations contre les frappes américaines rassemblent des milliers de personnes dans plusieurs villes européennes. 14. - Le président américain repousse la proposition talibane de négocier l'extradition d'Oussama Ben Laden. 15. - Une lettre contaminée vise le chef de la majorité démocrate du Sénat, Tom Daschle, alors que 14 cas sont recensés dans plusieurs Etats américains. 16. - Un entrepôt du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est touché par l'aviation américaine. 17. - Premiers bombardements sur le front, au nord de Kaboul. Les Quinze confirment leur « totale solidarité avec Washington », où la Chambre des représentants suspend ses travaux après la découverte de cas de contamination à l'anthrax au Congrès. A New York, des traces de la maladie sont décelées dans les bureaux du gouverneur, George Pataki. 18. - Quatre proches de Ben Laden sont condamnés à New York à la réclusion criminelle à perpétuité dans le procès des attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie d'août 1998 (231 morts, dont 12 Américains). L'armée israélienne entre dans six villes autonomes palestiniennes. 19. - Premiers morts américains, après un accident d'hélicoptère (2 tués, plusieurs blessés). 20. - Premiers combats engageant des soldats américains au sol. 21-22. - Deux postiers de Washington meurent de la maladie du charbon. 23. - Des traces du bacille de l'anthrax sont découvertes dans du courrier adressé à la Maison Blanche. Le président Bush assure qu'il n'a pas « la maladie du charbon », tandis que le Congrès reprend ses travaux. Paris et Moscou soulignent leur « convergence » sur l'Afghanistan. Le Pentagone admet plusieurs « erreurs » sur le terrain, à Herat et près de Kandahar, ayant fait plus de 150 morts. 25. - Le Pentagone confirme l'utilisation de bombes à fragmentation, et le Congrès adopte une loi antiterroriste « patriote » renforçant les moyens sécuritaires. A Peshawar (Pakistan), la conférence de la mouvance royaliste et traditionaliste afghane demande le départ de Ben Laden, et l'arrêt des opérations américaines. 26. - Exécution par les talibans du commandant Abdul Haq, héros de la résistance antisoviétique, qui tentait d'élargir la coalition anti-talibans. Le même jour, trois entrepôts du CICR sont détruits à Kaboul, et de nouvelles traces de la maladie du charbon sont détectées à la Cour suprême et au Congrès à Washington, ainsi qu'au siège de la CIA en Virginie. 28. - Les bombes américaines font 13 morts civils, dont 9 enfants, à Kaboul. Dix-sept personnes sont massacrées au cours d'un office chrétien au Pakistan. A New York, une cérémonie religieuse oecuménique réunit sur les ruines du World Trade Center (« Ground Zero ») neuf mille parents ou proches des disparus. L'armée israélienne se retire de Bethléem. 31. - Une quatrième victime de l'anthrax meurt à New York. Pour la première fois depuis le début de la campagne aérienne, des bombardiers lourds B-52 entrent en action.

NOVEMBRE 1er. - A Gaza, Tony Blair met en garde contre l'installation d'un « fossé d'incompréhension » entre l'Occident et le monde arabo-musulman. La Turquie, seul pays musulman de l'OTAN, annonce l'envoi de forces en Afghanistan. 3. - Libération du journaliste de Paris-Match Michel Peyrard, après vingt-cinq jours de détention. Les Etats-Unis confirment que les raids se poursuivront durant le ramadan, qui commence le 16. Ben Laden affirme sur Al-Jazira qu'il s'agit d'une « guerre de religion ». Yasser Arafat, président de l'Autorité palestinienne, et Shimon Pérès, ministre israélien des affaires étrangères, se rencontrent brièvement à Formentor (Majorque, Espagne) sans parvenir à renouer le dialogue. 4. - Les principaux chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne participant à la coalition se réunissent à Londres en sommet informel. Sur le terrain, les bombardements s'intensifient, alors que les talibans reçoivent des renforts venus du Pakistan. 6. - Le Pentagone reconnaît utiliser la bombe BLU-82, la plus grosse bombe classique du monde. Le président Bush appelle les alliés à prouver leur engagement : « Ou bien on est avec nous, ou bien on est contre nous. » Lors de sa deuxième visite à Washington depuis les attentats, Jacques Chirac souligne l'urgence d'une solution politique impliquant l'ONU, et indique que deux mille Français sont engagés dans les opérations militaires. Faillite de la compagnie aérienne belge Sabena, filiale de Swissair. 9. - L'Alliance du Nord, soutenue par l'aviation et les « conseillers » américains, s'empare de Mazar-e-Charif, ville stratégique du Nord désertée par les talibans. Ben Laden réplique en menaçant d'utiliser des armements nucléaires et chimiques. 11. - Trois journalistes, deux Français et un Allemand, trouvent la mort sur le front. Pour la première fois, Londres confirme la présence de ses troupes à l'intérieur de l'Afghanistan. 13. - Après la prise de Herat (Ouest), la veille, et prenant de court les Etats-Unis, les troupes de l'Alliance du Nord pénètrent dans Kaboul, abandonnée par les talibans. A Washington, le président russe Vladimir Poutine et George W. Bush se déclarent prêts à coopérer pour empêcher les terroristes de mettre la main sur des armes chimiques, biologiques ou nucléaires. 14. - L'ONU adopte à l'unanimité la résolution 1378 sur l'établissement d'une administration de transition en Afghanistan. Sur le terrain, les talibans se replient vers Kunduz (Nord-Est) et Kandahar (Sud, fief des talibans). Les huit humanitaires (Allemands, Australiens et Américains) arrêtés début août par les talibans pour « prosélytisme religieux » sont libérés par les forces américaines. 16. - Annonce de la mort, dans un bombardement, de l'Egyptien Mohammed Atef, chef militaire d'Al-Qaida, et cerveau présumé des attentats de 1998 et du 11 septembre. Dans une intervention télévisée, Jacques Chirac annonce que des soldats français assureront la sécurité humanitaire à Mazar-e-Charif, et que des avions français participeront aux frappes. 18. - Le président Rabbani, en exil depuis 1996, rentre à Kaboul, où il appelle à la « réconciliation nationale ». 19. - Quatre journalistes occidentaux trouvent la mort dans une embuscade. Colin Powell nomme deux émissaires pour le Proche-Orient, Anthony Zinni et William Burns. 20. - Accord entre factions afghanes pour la tenue à Bonn (Allemagne) d'une conférence de l'ONU sur le futur gouvernement multi-ethnique afghan. Les Etats-Unis portent de 5 à 25 millions de dollars la récompense pour la capture de Ben Laden, tandis qu'à Washington, s'ouvre la première réunion sur la reconstruction économique de l'Afghanistan. 21. - L'Alliance du Nord autorise les femmes afghanes à remplacer la burqa par un simple voile. 22. - Le Pakistan ferme l'ambassade des talibans à Islamabad. La Croix-Rouge indique que plusieurs centaines de cadavres ont été découverts à Mazar-e-Charif, sans préciser les circonstances de leur mort. 23. - Premier pont aérien du Programme alimentaire mondial (PAM) depuis septembre, à partir du Tadjikistan. 25. - Après deux semaines de siège, l'Alliance du Nord s'empare de Kunduz (Nord). Des volontaires étrangers pro-talibans, prisonniers dans le fort de Qalae-Janghi, près de Mazar-e-Charif, se mutinent : la répression fait au moins 450 morts, dont un Américain de la CIA. 26. - Six cents marines américains se déploient près de Kandahar, dernier fief des talibans. 27. - Début de la conférence interafghane à Bonn (Allemagne) : quatre délégations y participent, comprenant trois femmes sans voile ni burqa. 28. - Le bilan des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis est ramené à 3 711 morts et disparus. 603 personnes sont détenues dans le cadre de l'enquête. Sur 104 inculpés, 93 ont été rendus publics. 29. - Trois Israéliens sont tués lors d'un attentat-suicide commis par un Palestinien dans un bus au nord de Tel-Aviv. Le bilan des affrontements israélo-palestiniens en quatorze mois, depuis le début de la seconde Intifada, franchit le chiffre des mille morts (environ 800 Palestiniens et 200 Israéliens).

DÉCEMBRE 1er. - Quarante marsouins français, bloqués depuis le 19 novembre en Ouzbékistan, arrivent à Mazar-e-Charif. 1-2. - Plusieurs attentats de kamikazes palestiniens, les plus meurtriers depuis le début de la seconde Intifada, font une trentaine de morts et plus de deux cents blessés à Jérusalem et Haïfa. Le premier ministre israélien, Ariel Sharon, écourte sa visite à Washington. 3. - Riposte israélienne : des raids lancés contre des bâtiments de l'Autorité palestinienne à Gaza et en Cisjordanie détruisent l'héliport de Yassar Arafat, le bloquant à Gaza. 4. - Début d'une offensive majeure près de Tora Bora (Sud), où pourraient se cacher Ben Laden et le mollah Omar, chef religieux des talibans. 5. - Signature, à Bonn, de l'accord sur la création du gouvernement intérimaire afghan, dirigé par le royaliste pachtoune Hamid Karzaï, et qui doit s'installer le 22. Une Loya Jirga, assemblée traditionnelle de notables, désignera, au printemps 2002, un chef d'Etat provisoire, et préparera l'arrivée d'une assemblée constituante. Trois militaires américains et cinq soldats de l'Alliance du Nord sont tués par une erreur de tir de l'aviation américaine. 6. - Reddition négociée des talibans à Kandahar. Mais les Etats-Unis excluent tout accord qui laisserait en liberté le mollah Omar. 7. - Deux mois après le début des opérations - et soixante ans après Pearl Harbor -, le président Bush salue la victoire de la « bataille de la civilisation ». 10. - Les bombardements aériens et les tirs d'artillerie lourde des forces américaines et afghanes se poursuivent dans la région de Tora Bora. Plus d'un millier de partisans de Ben Laden ainsi que le chef d'Al-Qaida seraient retranchés à l'intérieur d'un réseau de grottes et de bunkers.

DIDIER RIOUX
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Le mot « terroriste » est banni à l'agence Reuters
Article paru dans l'édition du 03.10.01   

L'agence britannique Reuters a demandé, via un message envoyé depuis la rédaction en chef de Washington, à ses 2 500 journalistes de bannir de leurs dépêches le mot « terroriste » pour qualifier les attentats de New York et de Washington, a révélé le quotidien Herald Tribune du 24 septembre. Un communiqué officiel de Reuters, disponible sur son site, précise que l'agence a perdu six collaborateurs dans les attentats mais que, « malgré ces difficultés, nous avons strictement adhéré à la politique qui est la nôtre depuis cent cinquante ans, fondée sur l'information factuelle (...) et la non-utilisation de termes émotifs, comme «terroristes» ou «combattants pour la liberté». Nous ne qualifions pas les sujets, mais nous décrivons les actions, nous les identifions et nous les replaçons dans leur contexte ». L'auteur de la note interne, Stephen Jukes, a indiqué dans Libération que cette injonction avait suscité « de nombreux malentendus », plusieurs personnes n'en ayant pas compris les raisons.
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Le 10 septembre, Ben Laden a téléphoné à sa mère
Article paru dans l'édition du 03.10.01   

Plusieurs médias américains ont fait état lundi 1er octobre d'un coup de téléphone qu'aurait passé Oussama Ben Laden à sa mère, à Damas, la veille du 11 septembre. Le cerveau présumé des attentats anti-américains lui aurait dit qu'il ne pouvait venir la rejoindre en Syrie et il aurait ajouté qu'il ne lui donnerait probablement plus de nouvelles « pendant longtemps ». L'information a d'abord été diffusée par la chaîne NBC puis reprise par le New York Times. La source citée est « un haut responsable de services secrets étrangers ». La presse américaine n'a pas obtenu de confirmation à Washington, ni auprès de la Maison Blanche ni auprès de la CIA, mais elle souligne que si elle était avérée, cette conversation permettrait d'apporter un élément non négligeable sur la responsabilité de M. Ben Laden dans les attentats.

Par ailleurs, interrogé sur CNN par Larry King, l'ambassadeur d'Arabie saoudite à Washington, le prince Bandar Ben Sultan, a indiqué que vingt-quatre membres de la famille Ben Laden, principalement des étudiants suivant des cours aux Etats-Unis, avaient quitté le pays sur injonction du roi Fahd après les attentats.

Dernière modification par Marc (12-10-2007 02:05:59)


"The pure and simple truth is rarely pure and never simple"
~Oscar Wilde

Hors ligne

 

#13 12-10-2007 02:08:32

Marc
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Article d'otobre ...


La propagande fait rage dans les médias américains
Article paru dans l'édition du 03.10.01

Critiquer l'effort de guerre aux Etats-Unis est mal venu : le ton dissident de l'émission « Politically Incorrect » sur ABC est dénoncé par la Maison Blanche, un article du quotidien « USA Today » annonçant la présence des forces spéciales américaines en Afghanistan est qualifié d'« antipatriotique »   

QUELQUE chose est en train de brûler cette semaine, mais ce n'est pas le site de l'ancien World Trade Center. C'est ce qui reste du premier amendement [celui qui protège la liberté d'expression] ». Dans son éditorial du 26 septembre, le journal new-yorkais The Village Voice s'alarme du retour de la censure dans les médias américains. Un constat partagé par quelques organisations non-gouvernementales (ONG) comme Fairness and accuracy in reporting chargée de veiller à la liberté d'expression. En ces temps qualifiés de guerre, les journalistes américains semblent acculés à abandonner leur liberté de ton sous peine d'être rangés dans le camp des « informateurs subversifs ».

L'animateur Bill Maher en sait quelque chose. Depuis la diffusion de son émission « Politically incorrect » du 17 septembre sur la chaîne ABC, il est mis au banc des accusés malgré des excuses publiques pour avoir dit à l'antenne que « nous [les Américains] avons été les lâches en envoyant des missiles de croisières à deux mille miles [trois mille trois cents kilomètres] ». En revanche, « rester dans un avion quand il heurte un bâtiment, dites ce que vous voulez, ce n'est pas de la lâcheté », a dit Bill Maher. Sa voix dissidente dans un contexte de propagande pro-guerrière a fait tache d'huile. Deux des principaux annonceurs publicitaires de la chaîne, le distributeur Sears et Federal Express, ont retiré leurs campagnes et douze chaînes locales du réseau ABC refusent désormais de diffuser l'émission satirique. Par deux fois lors de conférences de presse organisées à la Maison Blanche, le responsable des relations avec la presse, Ari Fleischer, a déploré l'intervention télévisée de l'humoriste. Selon les autorités, la presse « doit rappeler à tous les Américains qu'ils doivent faire attention à ce qu'ils font », « à ce qu'ils disent ».

Quand le quotidien USA Today publia, vendredi 28 septembre, un article annonçant que des Forces spéciales américaines étaient déjà en Afghanistan depuis deux semaines - donnant comme source anonyme des officiels américains et pakistanais -, des voix se sont aussitôt élevées pour dénoncer ce reportage « totalement irresponsable » (à la radio WTKK, par exemple). La publication de cette information, pourtant sortie dans la presse pakistanaise quelques jours auparavant, provoqua un tollé. « De multiples réactions publiques ont accusé les journalistes du quotidien d'avoir un comportement antipatriotique parce qu'ils divulguaient des informations militaires confidentielles », rapporte Mark Jukowitz du Boston Globe. Au Texas et dans l'Oregon, deux journalistes du Texas City Sun et du Daily Courier auraient été licenciés pour avoir critiqué dans les colonnes de leurs journaux respectifs l'attitude du président américain depuis les attentats du 11 septembre. « LOURDES RESTRICTIONS »

Comment travailler de façon indépendante, se demandent certains journalistes, quand d'un côté l'opinion appelle aux représailles armées et que de l'autre l'administration assimile toute révélation à une trahison ? D'après CNN, la préparation militaire américaine a été « très compartimentée » de façon à ce que le moins de personnes possibles aient accès aux plans. Les informations militaires navales publiques n'ont pas été mises à jour depuis le 10 septembre, et, contrairement à la guerre du Golfe en 1991, « aucun embarquement de reporters n'a été envisagé », affirme-t-on au Pentagone. Malgré la lettre de protestation envoyée par une quinzaine d'éditeurs à l'ancien secrétaire d'Etat à la défense, Dick Cheney deux mois après le conflit avec l'Irak, l'heure reste aux « lourdes restrictions » vis-à-vis de la presse. Le président George W. Bush a informé du silence à venir : « Nous ne mettrons pas en danger de quelque manière que ce soit, les personnes qui portent l'uniforme des Etats-Unis ».

Selon Robert Lichter, président du Center for media and public affairs interrogé par le Boston Globe du 29 septembre, « nous commençons à voir apparaître dans les journaux des histoires que les militaires veulent voir dites mais qu'ils ne peuvent raconter officiellement ». Mais ce n'est pas la tonalité générale. Depuis le 11 septembre, les médias font plutôt dans la propagande agressive. Dans le magazine Time, Lance Morrow déclarait : « Nous ne pouvons vivre cette infamie, sans nourrir de la rage. Ayons de la rage ». A la télévision Fox News Channel, le journaliste Bill O'Reilly a appelé « nuit à après nuit », selon Norman Solomon cité par l'association Fairness and accuracy in reporting, à bombarder les infrastructures afghanes « l'aéroport, les centrales électriques, les stations d'épuration et les routes ». Les civils ? « Nous ne devrions pas les viser. Mais s' ils ne se retournent pas contre leur gouvernement criminel, ils mourront de faim. Un point c'est tout ».

Certains journalistes américains sont en proie au doute. Ils se souviennent de ce jour d'août 1998 quand ils ont applaudi le bombardement au Soudan d'une soi-disant usine d'armes chimiques en représailles aux attentats des deux ambassades au Kenya et en Tanzanie. Il s'agissait, en fait, d'une usine pharmaceutique mais les informations des services secrets n'étaient pas à jour. Les journalistes américains, convaincus par l'administration, n'avaient pas enquêté.

FLORENCE AMALOU
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Bruxelles reprend à son compte la liste noire de George W. Bush
Article paru dans l'édition du 04.10.01

La Commission a appelé le Parlement européen à examiner le projet de règlement gelant dès cette semaine les avoirs des organisations ou personnes visées   

LA COMMISSION européenne sait accélérer ses procédures quand il le faut. Le conseil de l'Union européenne avait mis trois mois pour traduire en droit communautaire la résolution 1333 des Nations unies de décembre 2000 déclarant la chasse financière internationale au gouvernement taliban, à son protégé, Oussama Ben Laden et sa garde rapprochée et quatre mois de plus pour publier au Journal officiel des communautés un règlement reprenant la liste de quelque 300 noms établie par l'ONU. Quelques jours seulement lui ont suffi pour répondre à l'appel de George W.Bush et se mettre en ordre de bataille pour respecter la nouvelle résolution onusienne 1373, qui impose la traque systématique des commanditaires d'actes terroristes et menace de sanctions les Etats qui ne coopéreraient pas.

Mardi 2 octobre, la Commission a appelé les Quinze à geler les avoirs des vingt-sept organisations ou personnes soupçonnées par le président Bush de financer et de soutenir le terrorisme. Oussama Ben Laden et trois de ses lieutenants figuraient déjà dans la liste de juillet 2001. Dès lundi, les Etats membres avaient demandé à la Commission d'étudier les moyens de réagir à la publication de la liste de M. Bush, pour bien afficher la solidarité avec les Américains, avoir une réponse coordonnée en Europe et éviter des divergences nationales.

UNE LETTRE DE M. TRICHET

Le commissaire européen pour les relations extérieures, Chris Patten, a appelé le Parlement européen, qui n'a pas de droit de décision mais doit être consulté, à examiner le projet de règlement dès cette semaine. Celui-ci pourra ensuite être approuvé, à l'unanimité, par les ministres des affaires étrangères sans attendre, si besoin est, leur réunion du 8 octobre à Luxembourg. L'affaire pourrait donc être bouclée avant la fin de la semaine. Dès lors, il sera obligatoire pour les pays membres de l'Union de geler les avoirs des organisations ou personnes figurant sur la liste.

Sans attendre le règlement communautaire, la France avait réagi à la demande de George Bush. Dès le 26 septembre, soit deux jours après l'appel du président américain, le Journal officiel publiait un décret exigeant le gel des avoirs et des actifs des organisations et personnes citée par M. Bush. Le même jour, le gouverneur de la Banque de France, Jean-Claude Trichet, adressait à l'ensemble de la communauté bancaire française une lettre appelant à « une vigilance toute particulière » de la part des établissements financiers « pour éviter d'être utilisés par des personnes physiques ou morales, des réseaux ou institutions qui apporteraient leur concours ou leur financement» à des actes terroristes. M. Trichet soulignait également que les enquêtes ouvertes dans différents pays, dont la France, « peuvent avoir pour conséquence que les établissements soient informés par des autorités judiciaires ou administratives de l'identité d'autres personnes suspectées d'être impliquées dans des actes de terrorisme ». Autrement dit, la liste peut à tout moment être élargie.

UNE AVALANCHE D'ANNONCES

Si les cibles financières sont de plus en plus précises, le gel des avoir suspects avait déjà commencé depuis quelques mois. La pression mise par les Etats-Unis sur les Etats pour asphyxier financièrement les réseaux terroristes après le 11 septembre a provoqué une avalanche d'annonces de gel, aucun pays ne voulant être soupçonné de négligence ou en retrait face à la détermination des Etats-Unis. « Jusqu'ici nous avons gelé six millions de dollars sur des comptes en banque liés à des activités terroristes. Nous avons gelé 30 comptes (bancaires) d'Al-Qaida aux Etats-Unis et 20 à l'étranger », a déclaré, lundi, George Bush en soulignant que cela ne « représente qu'un début ».

Selon un rapport d'étape présenté mardi par le gouvernement allemand, l'Allemagne a gelé 214 comptes dans le cadre des enquêtes sur le terrorisme international. Le Crédit lyonnais a annoncé le gel d'une banque soudanaise. UBS a déclaré quatre paiement suspects dont trois effectués outre-mer et un en Europe. D'après la Commission, les montants immobilisés par la Grande-Bretagne s'élevaient mardi à 88 millions de dollars, à 2,2 millions de dollars pour la France et 1,2 million de dollars par l'Allemagne.

La luttre contre le financement du terrorisme sera, avec la situation économique mondiale et les difficultés sectorielles, l'un des gros sujets de la réunion des ministres des finances du G7 samedi 6 octobre à Washington. Laurent Fabius a été désigné par ses collègues pour être le « lead speaker » c'est-à-dire pour mener la discussion.

ARNAUDLEPARMENTIER (A BRUXELLES) ET SIG BABETTE STERN
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Washington a présenté des « éléments de preuves » contre Ben Laden
Article paru dans l'édition du 04.10.01

Les ambassadeurs des pays de l'OTAN ont dans l'ensemble jugé « convaincantes » les informations communiquées par l'envoyé spécial du département d'Etat américain, impliquant le réseau Al-Qaida dans les attentats de New York et de Washington   

Frank Taylor, ambassadeur américain en charge du contre-terrorisme et envoyé spécial du département d'Etat, a présenté mardi 2 octobre aux dix-neuf ambassadeurs auprès de l'OTAN des « éléments de preuves », qui selon le secrétaire général, Lord Robertson, font sans conteste retomber la responsabilité des attentats de New York et de Washington sur Oussama Ben Laden et son réseau Al-Qaida.

Lors de cette réunion, qui a duré environ une heure et demie, M. Taylor a présenté des « informations détaillées » et des diapositives à ses interlocuteurs de l'OTAN ; il a été « convaincant », selon plusieurs ambassadeurs. Pour Lord Robertson, « les faits sont clairs et irréfutables », les informations présentées concluant au rôle d'Al-Qaida dans les attentats du 11 septembre. « Nous savons que les individus qui ont pris part à cette attaque faisaient partie du réseau terroriste mondial Al-Qaida, dirigé par Oussama Ben Laden et ses principaux lieutenants, et protégé par les talibans », a précisé le secrétaire général de l'Alliance. Cette intervention « classifiée » (ce qui signifie qu'elle est couverte par la procédure de secret de l'OTAN) avait pour but d'informer les ambassadeurs alliés des résultats provisoires de l'enquête menée par l'administration américaine.

Selon plusieurs participants, Frank Taylor n'a pas remis à ses interlocuteurs de dossier qu'ils auraient pu transmettre à leur capitale. « Entre alliés, cela fonctionne à la confiance, insiste un expert de l'Alliance. Il n'a jamais été question de preuves écrites. Les Américains n'ont pas demandé aux ambassadeurs d'émettre une approbation, mais la démonstration de M. Taylor était assez irréfutable. Tout le monde l'a cru, s'agissant de l'origine étrangère des attentats. » Le diplomate américain a lui-même rappelé qu'il ne s'agissait pas d'un dossier juridique, et qu'il n'était donc pas question de présenter des « preuves » à proprement parler. Il a cependant utilisé au cours de son exposé d'environ une heure (suivi d'une courte demi-heure de questions) des diapositives montrant notamment les visages des dix-neuf terroristes impliqués (et décédés) dans les attentats, mais pas celles de camps d'entraînement.

Il s'est efforcé de démontrer les liens et ramifications entre ces hommes et l'organisation d'Oussama Ben Laden, en détaillant le parcours de chacun d'entre eux (notamment comment ils ont pu pénétrer et s'établir aux Etats-Unis), à la fois longtemps avant et dans les jours précédant immédiatement le 11 septembre, et en précisant que la trace de certains terroristes se retrouvait dans de précédents attentats (notamment ceux contre les ambassades américaines de Tanzanie et du Kenya, en août 1998, ainsi que celui contre le destroyer américain USS Cole, à Aden, en octobre 2000). 7 000 ENQUÊTEURS

Frank Taylor a bien précisé qu'il ne s'agissait que de premiers résultats, mais, selon plusieurs sources, l'administration américaine donne l'impression très nette de ne pas souhaiter, du moins à ce stade, révéler l'ensemble des preuves à sa disposition, ainsi que ses méthodes de travail, à ses alliés de l'OTAN, ce que chacun comprend. L'ambassadeur américain a, d'autre part, souligné que les attentats ont fait, selon un dernier bilan, 6 000 morts, originaires de 78 pays, et a insisté sur le fait qu'il s'agissait de facto d'une attaque dirigée contre l'ensemble des pays du monde. Quelque 4 000 personnes participent à l'enquête en cours aux Etats-Unis, a-t-il indiqué, auxquelles il faut ajouter près de 3 000 autres enquêteurs dans différents pays.

Aucune objection n'a été présentée par les ambassadeurs lorsque Lord Robertson a estimé que la condition nécessaire pour faire jouer l'article 5 du traité de l'Atlantique nord était remplie. Dans leur communiqué du 12 septembre, les pays membres de l'OTAN avaient indiqué que « s'il est établi que l'attaque était dirigée depuis l'étranger », la solidarité prévue par l'article 5 du traité jouerait, c'est-à-dire que l'agression contre l'un des pays membres serait considérée comme une attaque contre l'ensemble des alliés.

Dans les faits, cela ne change rien pour les alliés de l'Amérique, dans la mesure où l'OTAN n'a été saisie d'aucune demande formelle de Washington dans la perspective d'une riposte militaire. Lord Robertson a ainsi estimé prématuré de se prononcer sur le point de savoir si ces nouveaux développements pourraient se traduire en « action opérationnelle ». Les consultations au sein de l'OTAN vont continuer, tant que les Américains poursuivent leur enquête et mettent au point leurs plans. Ils reviendront devant l'Alliance « en temps utile », a précisé Lord Roberston.

LAURENT ZECCHINI
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L'hypothèse de la piste saoudienne
Article paru dans l'édition du 05.10.01

L'identité saoudienne de plusieurs terroristes impliqués dans les attentats du 11 septembre laisse penser que l'Arabie saoudite abriterait des islamistes prêts à frapper les Etats-Unis   


POUR l'heure, le monde entier est persuadé que Ben Laden est responsable des attentats qui ont ensanglanté New York et Washington le 11 septembre. Près de trois semaines après les faits, les enquêteurs américains affirment qu'ils détiennent des preuves tangibles contre le terroriste milliardaire, actuellement réfugié en Afghanistan. Preuves qui seraient actuellement communiquées aux alliés des Etats-Unis.

En attendant que ces fameux éléments à charge contre Ben Laden soient rendus publics, il reste permis de se poser certaines questions et d'ouvrir d'autres pistes. Car des points de l'enquête mènent à un groupe terroriste isolé d'Arabie saoudite ayant pour leader idéologique Salman al-Awdah, actuellement incarcéré dans les geôles saoudiennes.

Pourquoi l'Arabie saoudite ? A cause de la présence des soldats occidentaux en Terre sainte, qui fâche l'opinion arabe depuis plus de dix ans. Lorsqu'il a réuni les oulémas pour donner un cadre religieux à la présence des forces occidentales en Arabie saoudite lors de la guerre du Golfe, le roi Fahd s'était engagé à ce qu'elles quittent le pays à peine la dernière cartouche tirée. Dix ans après ce conflit armé, les troupes américaines sont toujours là. Une présence jugée d'autant plus déplacée que l'opinion publique arabe regrette le parti pris des Américains en faveur des Israéliens dans la nouvelle Intifada et dénonce de plus en plus fortement l'embargo ainsi que les bombardements anglo-américains sur l'Irak.

Pour expliquer le stationnement de troupes américaines en Arabie saoudite, il faut remonter jusqu'aux événements de 1979. C'est l'arrivée au pouvoir à Téhéran de l'imam Khomeyni cette année-là qui bouleverse la question sécuritaire dans la région. Avec le shah en Iran et le régime Saoud à Riyad, les Américains avaient posé à l'époque les bases de leur politique étrangère dans le Golfe, baptisée « la théorie des deux piliers » : le pilier politique en Iran et le pilier financier en Arabie saoudite.

L'effondrement du premier pilier avec le départ du shah d'Iran et l'instauration d'une république islamique à Téhéran oblige les Américains à accentuer leur aide au royaume des Saoud. Une assistance formalisée dans le cadre de l'US Central Command, qui fait de la région une zone stratégique de premier ordre pour Washington.

L'invasion du Koweït par l'Irak, en 1991, n'a fait que confirmer l'incapacité du royaume à assurer seul sa sécurité. D'autant qu'une première alerte avait eu lieu en 1979. L'Arabie saoudite avait alors dû faire appel aux gendarmes français du GIGN pour reprendre le contrôle de la Grande Mosquée de La Mecque, occupée par des terroristes armés.

RÉSULTAT : les milliers de soldats et civils américains installés dans le royaume apparaissent comme la seule garantie d'apporter la sécurité dans la région aux yeux des autorités saoudiennes et de leurs alliés de Washington. Riyad a commandé pour plus de 30 milliards de dollars de matériel militaire aux Etats-Unis depuis la guerre du Golfe, alors qu'aucun accord de défense ne lie les deux pays.

Pourtant, dès la fin de la guerre du Golfe, de nombreuses manifestations ont eu lieu en Arabie saoudite contre le parapluie militaire américain. Certains opposants ont même demandé au gouvernement de Riyad d'instaurer le service militaire obligatoire et de mettre sur pied une armée de 500 000 hommes. En mai 1991, les islamistes saoudiens exigeaient, au travers d'une première pétition adressée au roi, une douzaine de réformes législatives, juridiques et militaires. Dans la foulée, les signataires critiquèrent la plus haute autorité religieuse saoudienne, le cheikh Abdel Aziz Ibn Baz, pour avoir autorisé la présence de troupes non musulmanes en Terre sainte. L'année suivante, en 1992, le cheikh est visé par une deuxième pétition signée par 107 religieux. Le texte dénonce entre autres le soutien qu'il apporte au roi et exige une véritable indépendance nationale.

Aujourd'hui, même le fils de l'ancien ministre du pétrole, Hani Yamani, auteur du livre Si tu es saoudien, milite pour le départ des forces américaines au profit d'une armée musulmane. « Il existe une véritable irritation au sein même du gouvernement concernant la présence américaine, note un observateur avisé de la scène saoudienne. Quant au peuple, une petite minorité seulement perçoit Ben Laden comme le grand méchant loup. »

Au début des années 1990, deux jeunes oulémas se sont particulièrement distingués dans la critique du gouvernement en place : Sfar al-Hawli et Salman al-Awdah ont créé le Mouvement de la résurgence islamique. Leurs prêches sur l'absence de démocratie dans le royaume et la présence des « infidèles » leur ont valu d'être jetés en prison en septembre 1994. Après leur arrestation, un mystérieux « bataillon des fidèles » a menacé le régime en place et les institutions occidentales dans le monde. Salman al-Awdah a même enregistré une cassette audio qui circule clandestinement en Europe et aux Etats-Unis. « Un sermon de la mort », qui appelle l'élite intellectuelle saoudienne au sacrifice et au martyre pour attaquer les Occidentaux et le régime des Saoud, accusé de servir les « croisés ».

Le texte de cette fatwa est particulièrement frappant. Extrait : « L'opposition doit être menée au premier rang par un groupe de personnes, issues de l'élite, qui seraient disposées à tout sacrifier pour la cause. Ce petit groupe devra se préparer à affronter la détention, la torture et même la mort. Il devra être solidement déterminé et frapper précisément pour que le reste du support s'effondre. Ce groupe n'a pas nécessairement besoin d'être grand. »

Des références que l'on retrouve dans le document qui a servi aux terroristes du 11 septembre. Les premiers éléments de l'enquête montrent qu'une partie des terroristes ont habité ou transité en Grande-Bretagne et en Allemagne. Ces deux pays abritent une délégation du Comité de défense des droits légitimes, une association d'opposants saoudiens au régime des Saoud. Certains policiers, spécialistes des réseaux islamistes, soupçonnent ce comité de relayer les thèses de Salman al-Awdah.

La contestation en Arabie saoudite ne s'est pas limitée à la critique mais a largement débordé dans la violence. Deux attentats contre des intérêts américains ont été commis ces dernières années. Le 13 novembre 1995, une bombe contre un immeuble abritant des conseillers américains de la garde nationale a fait 7 morts. Le 27 juin 1996, un camion bourré d'explosifs faisait 19 morts et 540 blessés dans la base américaine d'El Khobar, près de Dahran. Le premier réflexe des Saoudiens fut d'accuser l'Iran. Mais l'enquête sur l'attentat de 1995 a permis d'arrêter quatre Saoudiens. Les yeux marqués et les visages tuméfiés par la torture, ces hommes ont reconnu leur culpabilité devant les caméras de la télévision. Après avoir été décapité, ce quarteron de terroristes a été présenté par les services de renseignement saoudiens comme proche de Ben Laden et d'Al Masaari, autre opposant au régime.

Pourtant, même les Américains, qui n'ont pas été autorisés à interroger ces accusés, ont remis en cause la crédibilité de leurs aveux. Les Saoudiens avaient-ils des choses à cacher au point d'écarter de l'enquête leur allié ? Quant à l'attentat du 27 juin, il fut revendiqué par « la légion martyre Abdoullah al-Houzaifi » ainsi que par le Hezbollah-golfe, considéré comme la branche du Djihad dans la péninsule. Ce dernier groupe avait lancé un ultimatum fin avril 1995 aux forces occidentales, pour qu'elles quittent l'Arabie saoudite.

Depuis le milieu des années 1990, une véritable opposition à la présence américaine s'est organisée. Une génération de Saoudiens a pu se former à la critique contre les forces occidentales. Nul doute que les jeunes Saoudiens suspectés dans les attentats du 11 septembre ont été nourris par ce débat qui fait rage depuis dix ans dans le royaume.

Car, après avoir un temps hésité sur la nationalité des kamikazes, à cause notamment du risque d'utilisation de fausses identités, le FBI a publié sur son site, le 28 septembre, des compléments d'information. La police fédérale note que 7 des 19 suspects seraient d'origine saoudienne. Sept autres terroristes pourraient également être de nationalité saoudienne, tant ils portent des noms typiques du royaume : Ahmed et Hamza Alghamdi, Fayez Ahmed... La majorité des terroristes se révèlent donc être d'origine saoudienne.

Les patronymes Alghamdi et Alsheri, soit six terroristes présumés, retiennent particulièrement l'attention. Ces noms se rattachent à la région d'Assir, en Arabie saoudite. Ils sont issus de deux clans arabes, les Hamedi et les Sharahni. Les populations d'Assir n'ont jamais vraiment accepté la mainmise des Saoud sur eux. Pour comprendre les raisons de leur opposition, un petit rappel historique s'impose. Lorsque l'actuelle famille royale unifie le pays, sa conquête, qui démarre du Koweït en 1902, se termine dans la région d'Assir, dernière place forte du royaume, prise en 1929. Or les tribus de cette région n'ont jamais vraiment été intégrées : tous les postes prestigieux du gouvernement et les richesses du pays ont été partagées entre les clans du nord. D'où une certaine frustration des tribus du sud, qui s'opposent au pouvoir central, et un recrutement facile pour un mouvement d'opposition armée. Est-ce à ces hommes que faisait référence Ben Laden lorsqu'il déclarait au lendemain des attentats que ceux qui ont mené cette action « l'ont faite pour leur intérêt personnel » ? A noter que l'un des deux religieux radicaux engagés contre le gouvernement de Riyad, Sfar al-Hawli, fondateur avec Salman al-Awdah du Mouvement de la résurgence islamique, est également originaire de cette région.

De son côté, l'Arabie saoudite a refusé d'admettre que ses ressortissants soient impliqués dans ces attentats. Elle a prétendu que les hommes qui portent ces identités sont vivants et se trouvent dans le Golfe. Or, explique un universitaire qui souhaite rester anonyme, « il y a des centaines de gens qui portent le même nom et le même prénom dans cette région, et il faut remonter parfois jusqu'au grand-père, voire plus haut, pour distinguer les individus ».

Ces hommes auraient-ils pu être en contact avec Ben Laden ? C'est possible, mais il faut souligner que très peu de Saoudiens sont allés se battre aux côtés de Ben Laden en Afghanistan ou ailleurs. En outre, Ben Laden, qui a été déchu de sa nationalité saoudienne en 1994, a été également renié par le régime, qui a obligé sa propre famille à faire de même. Autrement dit, avoir été en contact avec Ben Laden à partir de 1994 était considéré par le gouvernement saoudien comme un geste hostile, voire un signe de haute trahison. Ce qui signifie qu'un Saoudien qui approche Ben Laden est rapidement fiché par les services de renseignement saoudiens. Lesquels surveillaient de très près les allées et venues des visiteurs de Ben Laden en Afghanistan.

AJOUTONS que la moyenne d'âge des dix-neuf suspects, la trentaine d'années, indique que les terroristes n'ont pas pu se battre en Afghanistan du temps de la présence soviétique. En 1994, lorsque Ben Laden a été déchu de sa nationalité, certains avaient tout juste dix-huit ans. C'est le cas de Satam Al Suquami, d'Ahmed Alhaznawi. Leur intérêt pour les idées de Ben Laden a donc bien été éveillé en Arabie saoudite. Toutefois, note la presse saoudienne, 6 des 19 kamikazes se seraient battus en Tchétchénie selon leurs familles, qui déclarent ne plus être en contact avec eux depuis qu'ils ont quitté l'Arabie saoudite, il y a deux ans.

Le fait que les terroristes soient saoudiens peut expliquer que ni la CIA ni le FBI n'aient vu arriver les attentats. Avant le 11 septembre, les Saoudiens n'étaient pas potentiellement aussi suspects que la grande majorité des autres ressortissants arabes. L'Arabie saoudite a toujours été considérée comme l'un des plus sûrs alliés des Etats-Unis dans le monde arabe. Quant à la communauté du renseignement américain, la plupart des observateurs s'accordent à relever sa méconnaissance de la situation politique interne en Arabie saoudite, et plus particulièrement des ressorts de l'opposition islamiste. C'est aussi leur incroyable immersion dans la société américaine qui a permis aux terroristes de rester discrets pendant des mois, voire des années. « Ils vivaient comme nous. Ils étaient aimables, prévenants et ouverts », témoignent les nombreux voisins qui les ont côtoyés. Ni fiché ni suspect, et formidablement inséré dans l' american way of life : qui plus qu'un étudiant saoudien pouvait avoir ce profil avant le 11 septembre ?

Dernière question : pourquoi la piste saoudienne n'est-elle pas publiquement évoquée par les services de sécurité américains ? Parce que ces deux alliés y ont tout à perdre. S'il apparaît que les auteurs des attentats sont bien des Saoudiens, les conséquences dans les relations entre les Etats-Unis et l'Arabie saoudite seraient très graves. Les Etats-Unis accueillent près de 25 000 étudiants saoudiens dans leurs universités. Comment s'y prendront-ils pour surveiller tous ces ressortissants, devenus soudainement potentiellement aussi suspects que les autres Arabes ? La tension qui naîtrait alors entre les deux pays pousserait les Saoudiens à demander le départ des soldats américains, déstabilisant d'un coup l'équilibre fragile des forces en présence dans la région et faisant ainsi chuter le deuxième pilier de la politique américaine au Moyen-Orient, vingt ans après la chute du premier.

ALI LAIDI
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Depuis 1996, les Américains ont multiplié les tentatives pour neutraliser Oussama Ben Laden
Article paru dans l'édition du 05.10.01   

Le procès fait à mots couverts aux services américains après les attaques terroristes du 11 septembre provoque d'incessantes révélations sur les efforts entrepris, dans le passé, pour neutraliser Oussama Ben Laden et sur les raisons pour lesquelles ils avaient échoué.

Deux articles du Washington Post ont apporté, mercredi 3 octobre, de nouvelles informations sur cette traque vaine. L'un d'entre eux, cosigné par Bob Woodward, l'un des journalistes vedettes du quotidien depuis le Watergate, raconte que la CIA avait recruté et entraîné au Pakistan, en 1999, environ soixante agents du service de renseignement pakistanais, qui devaient entrer en Afghanistan pour y capturer ou abattre Ben Laden.

Cette entreprise avait été lancée après l'échec d'une précédente tentative pour tuer le chef du réseau Al-Qaida et son état-major en août 1998 ( Le Monde du 3 octobre). L'administration Clinton avait alors négocié avec le premier ministre pakistanais, Nawaz Charif, un accord de coopération secrète, en échange de laquelle les Etats-Unis lèveraient les sanctions qu'ils appliquaient au Pakistan en raison de ses essais nucléaires et lui viendraient en aide économiquement.

Les commandos pakistanais « étaient prêts à frapper en octobre 1999 », écrit le Post, mais, le 12 de ce mois, un coup d'Etat militaire dirigé par le général Pervez Moucharraf renversait le gouvernement de M. Charif. Le général Moucharraf a décidé de mettre fin à l'opération, malgré les efforts de Bill Clinton et de ses collaborateurs.

Le quotidien de Washington explique le choix de la collaboration avec les services pakistanais par l'échec de la tentative d'août 1998, qui avait consisté à envoyer des missiles de croisière sur un camp où aurait dû se trouver Ben Laden et qu'il avait quitté, en fait, une heure avant. Les Américains étaient conscients que cette maladresse, venant après les attentats meurtriers de Nairobi (Kenya) et Dar es-Salaam (Tanzanie), rendait le chef terroriste encore plus dangereux en augmentant son prestige dans le monde arabe et musulman. Craignant d'échouer encore s'ils ne changeaient pas de méthode, mais n'obtenant pas des voisins de l'Afghanistan l'autorisation d'agir avec des troupes au sol, M. Clinton et son équipe avaient opté, selon le Post, pour une opération secrète.

Avant les attentats des ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, les responsables américains considéraient déjà Ben Laden, sinon comme leur principal adversaire parmi les organisations terroristes, du moins comme l'un des premiers. Son implication dans une première tentative visant le World Trade Center de New York, en 1993, ne faisait pas de doute à leurs yeux.

Expulsé d'Arabie saoudite en 1991, déchu de sa nationalité saoudienne en 1994, Oussama Ben Laden vivait alors au Soudan. Un deuxième article du Washington Post révèle que le gouvernement soudanais avait proposé aux Etats-Unis de leur livrer le chef d'Al-Qaida en 1996. Plus exactement, il s'était déclaré prêt à le remettre aux autorités saoudiennes, le gouvernement Clinton estimant qu'il n'avait pas de charges suffisantes pour justifier son extradition et son inculpation devant une cour américaine.

Le Soudan était alors désireux de montrer qu'il n'avait pas ou plus de liens avec le terrorisme ; ainsi, deux ans auparavant, il avait livré le Vénézuélien Carlos au ministre français de l'intérieur, Charles Pasqua.

Le général Elfatih Erwa, ministre soudanais de la défense et, aujourd'hui, ambassadeur à l'ONU, est venu discrètement à Washington, en mars 1996, pour discuter avec deux diplomates du département d'Etat des gestes que son pays pourrait faire pour mériter la confiance des Etats-Unis et ne plus figurer sur leur liste noire. Dans la réponse qu'il avait reçue, la demande d'informations sur Ben Laden arrivait au deuxième rang, après la fin des agressions contre les agents de la CIA à Khartoum.

Les Soudanais ont offert d'aller plus loin que la fourniture d'informations et de remettre le millionnaire aux Saoudiens, mais ceux-ci ont refusé de prendre le risque de l'incarcérer chez eux, et les Américains, selon le Post, n'ont pas beaucoup insisté. Selon un ancien collaborateur de Bill Clinton, l'expulsion de Ben Laden du Soudan lui paraissait, à l'époque, de nature à l'affaiblir durablement. Le 18 mai 1996, Oussama Ben Laden avait quitté Khartoum et rejoint l'Afghanistan.

PATRICK JARREAU
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Le Pakistan voudrait publier les « preuves » américaines
Article paru dans l'édition du 05.10.01

Le sentiment que toute cette affaire relève d'une guerre contre l'Islam reste largement répandu   

Jugeant « impressionnantes » les preuves apportées par les Etats-Unis pour lier Oussama Ben Laden aux attentats du 11 septembre, le ministre pakistanais des affaires étrangères, Abdul Sattar, a plaidé, mercredi 3 octobre pour que ces éléments soient rendus publics. « Le Pakistan a un intérêt particulier » à ce que ses habitants puissent juger par eux-mêmes, a-t-il expliqué en substance dans un entretien à la chaîne américaine CNN, tout en précisant que Islamabad reste « hésitant pour prononcer un jugement » sur l'implication de Ben Laden.

Les « preuves » ont été fournies au Pakistan, lors d'un long entretien de l'ambassadrice des Etats-Unis, Wendy Chamberlin, avec le président Pervez Moucharraf, sous la forme d'une vingtaine de pages de documents qu'Islamabad continue d'examiner, a précisé le ministre. Si l'opinion publique demeure réticente à la collaboration forcée avec les Etats-Unis, et si les Pakistanais soutiennent généralement la position adoptée par le président Moucharraf, il est tout aussi évident que nul n'est ici réellement convaincu de la culpabilité de Ben Laden ou de son organisation dans les attaques du 11 septembre. Le sentiment diffus que toute cette affaire relève d'une guerre contre l'Islam reste largement répandu.

PRÉPARER L'APRÈS-TALIBANS

S'adressant mercredi à une réunion conjointe du gouvernement et du Conseil national de sécurité, le général Moucharraf a pris soin de noter que toute action en Afghanistan serait seulement dirigée contre « les terroristes et ceux qui leur fournissent un sanctuaire ». Le président a rappelé avoir tenté en vain de convaincre l'Afghanistan du sérieux de la situation et de promouvoir une solution à la crise : le gouvernement avait envoyé à Kandahar deux missions dirigées par le général Mahmood Ahmad, chef des services de renseignement (Inter Services Intelligence) auprès du chef suprême des talibans, Mollah Mohammad Omar. Islamabad semble avoir renoncé désormais à toute nouvelle intervention directe auprès des talibans.

Le général Moucharraf a toutefois mis en garde les puissances étrangères qui s'agitent autour d'une alternative aux talibans en affirmant que « toute solution politique imposée en Afghanistan [par l'étranger] est vouée à l'échec ». Réitérant ses préoccupations sur le futur gouvernement afghan, le président a précisé : « Nous croyons que seul un gouvernement largement représentatif et qui tienne pleinement compte des réalités ethniques peut réussir en Afghanistan. » Islamabad observe avec une méfiance accrue les rapprochements entre l'Alliance du Nord (l'opposition aux talibans, majoritairement pachtoune, représente les minorités tadjikes, ouzbèkes et hazaras) avec les Etats-Unis, la Russie et l'Iran notamment. L'Alliance du Nord bénéficie aussi du soutien de l'Inde, ennemi principal du Pakistan. Enfin, elle accuse régulièrement Islamabad d'être le principal responsable de la poursuite de la guerre en Afghanistan.

Le Pakistan se veut d'autant plus prudent que Mollah Omar s'en prend désormais directement à ce pays qui l'a longtemps protégé. Dans un discours à la radio, le chef des talibans a affirmé : « Allah le tout puissant est avec nous. Vous verrez que les Américains vont fuir parce que, pour Allah, l'Amérique ne vaut pas une fourmi. Presque tous, y compris le Pakistan, se sont donné la main contre nous, mais Allah est avec nous ». Mollah Omar a dénoncé l'éventuel retour de l'ancien roi afghan, réfugié à Rome : « Avec l'aide des Etats-Unis, Zaher Chah veut revenir en Afghanistan comme une marionnette pour y prêcher le christianisme. La nation afghane doit se rendre compte de ce fait et écouter notre avis. Si le peuple refuse d'écouter, alors nous donnerons des ordres qui seront très durs ».

Dans l'attente d'une quelconque action militaire, seule à même de révéler le degré de mobilisation des Pakistanais en faveur des talibans, Islamabad fait tout pour calmer le jeu et pour profiter de sa situation d'état de la ligne de front, notamment sur le plan économique. Afin de parer à toute éventualité, Islamabad a demandé, jeudi, aux autorités des quatre provinces du Pakistan de mobiliser des milliers de volontaires à des fins de défense civile.

Au plan diplomatique, le Royaume uni a oublié ses griefs contre Islamabad, alors qu'elle avait été à la pointe des représailles du Commonwealth après le coup d'Etat militaire du 12 octobre 1999, qui avait porté au pouvoir le général Moucharraf. Tony Blair devait se rendre à Islamabad, vendredi, pour apporter son soutien dans la lutte antiterroriste. Londres a déjà décidé d'augmenter les budgets de ses programmes d'aide au Pakistan. Par ailleurs, la journaliste du Sunday Express, Yvonne Ridley, arrêtée le 28 septembre en Afghanistan et accusée par les talibans d'y être entrée illégalement, est soupçonnée par Kaboul d'être « un élément des forces spéciales » anglo-saxonnes, a déclaré jeudi le ministre taliban de l'information. Londres a démenti, en demandant la libération de la journaliste.

FRANCOISE CHIPAUX
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Tony Blair n'a « aucun doute » sur la responsabilité d'Oussama Ben Laden dans les attentats
Article paru dans l'édition du 06.10.01

Le premier ministre britannique a confirmé l'imminence des opérations militaires   


Une atmosphère grave et solennelle régnait, jeudi matin 4 octobre, dans la Chambre des communes archi-pleine, convoquée en séance exceptionnelle, lorsque Tony Blair a exprimé, comme deux jours plus tôt devant le congrès travailliste à Brighton, sa certitude qu'Oussama Ben Laden et son réseau avaient commandité et perpétré les attentats américains du 11 septembre. Mais, cette fois, il ne s'est pas contenté d'accuser le chef islamiste d'origine saoudienne. Il a étayé ses propos en faisant état de plusieurs preuves. Il est le premier chef de gouvernement à l'avoir fait, confirmant ainsi son rôle de meilleur allié de l'Amérique, dans un combat qui mobilise actuellement l'essentiel de son temps et de son énergie.

Le premier ministre a fourni trois éléments à l'appui de son « absolue conviction ». En premier lieu, au moins trois des dix-neuf auteurs des attentats-suicides du 11 septembre ont été « formellement identifiés comme des associés connus de Ben Laden ». L'un d'eux avait déjà joué un « rôle-clé » dans les attaques contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998 et dans l'attaque du navire américain USS Cole au Yémen l'an dernier. En second lieu, a indiqué Tony Blair, « peu avant » le 11 septembre, Oussama Ben Laden a prévenu ses associés de l'imminence d'une « opération majeure contre l'Amérique ». Un certain nombre de personnes ont été rappelées en Afghanistan. En troisième lieu, un des « plus proches lieutenants » de Ben Laden a « clairement dit » qu'il avait aidé à la préparation des attentats du 11 septembre et a reconnu « l'implication de l'organisation Al-Qaida ». Le premier ministre n'a pas divulgué le nom de cet homme.

Tony Blair a gardé pour lui d'autres secrets. Il dispose de preuves « encore plus directes » de la responsabilité du réseau Ben Laden. Mais il ne peut les révéler en raison de leur caractère « hautement sensible » et du risque qu'elles feraient courir à certaines sources. En conséquence, le premier ministre et son gouvernement, qui ont étudié toutes les informations disponibles, « n'ont absolument aucun doute » s ur la responsabilité de Ben Laden et de son réseau. Tony Blair a communiqué certains de ces éléments confidentiels aux dirigeants de l'opposition parlementaire, le conservateur Iain Duncan Smith et le libéral Charles Kennedy.

A l'appui de ces déclarations, un dossier de vingt pages a été rendu public jeudi, après avoir été déposé à la bibliothèque des Communes. On y lit notamment que, « depuis le début des années 1990, Oussama Ben Laden a cherché à se procurer du matériel chimique et militaire à des fins terroristes ». Tony Blair a répété que, sauf ultime volte-face, le renversement du régime de Kaboul était bien un but de guerre de la coalition regroupée autour des Etats-Unis. Il a accusé les talibans d'avoir permis à Ben Laden et à son réseau d' « agir avec impunité » et « de poursuivre leurs activités terroristes ». Au cours du débat, il a même précisé : « Nous travaillons déjà en collaboration étroite avec des gens de l'intérieur pour bâtir un autre régime. »

Tony Blair a confirmé l'imminence des opérations militaires : « Nous approchons maintenant du temps difficile de l'action. Ce sera difficile. Il n'y a pas d'option facile. » Il a promis de limiter autant que possible « la souffrance du peuple afghan » qui « n'est pas notre ennemi ». Il s'est attardé sur les divers aspects de l'action humanitaire entreprise pour venir en aide aux réfugiés et aux populations victimes de la sécheresse.

Juste après le débat aux Communes, le premier ministre britannique a quitté Londres pour un voyage éclair à Moscou, où il a été reçu par le président russe Vladimir Poutine puis à Islamabad où il devait rencontrer, vendredi, le président pakistanais Pervez Moucharraf. Pour ne froisser personne, le premier ministre s'était entretenu au téléphone la veille avec son homologue indien, Atal Behari Vajpayee.

JEAN-PIERRE LANGELLIER
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Islamabad juge probantes les preuves américaines
Article paru dans l'édition du 06.10.01

Les talibans cherchent des soutiens tribaux   

Après quelques hésitations, le Pakistan a été le premier Etat islamique à affirmer, jeudi 4 octobre, que les preuves fournies par les Etats-Unis contre Oussama Ben Laden étaient suffisantes pour engager des poursuites judiciaires. « Nous avons vu le matériel fourni par les Américains. Celui-ci est certainement suffisant pour une inculpation devant une cour de justice », a affirmé le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Riaz Mohammad Khan, dont le point de presse quotidien est diffusé en direct à la télévision pakistanaise.

Les éléments fournis visaient non seulement les attentats du 11 septembre, mais aussi des opérations antérieures, a indiqué M. Khan, sans préciser quelles actions il évoquait. De grandes manifestations avaient eu lieu au Pakistan en août 1998 quand les Etats-Unis avaient bombardé, en représailles aux attentats contre leurs ambassades du Kenya et de Tanzanie, des camps d'entraînements supposés appartenir à Ben Laden dans la région de Khost (Afghanistan). Les partis religieux pakistanais avaient aussi mis en garde Washington au moment où des rumeurs d'action militaire américaine se faisaient jour après l'attentat en octobre 2000 contre le destroyer USS Cool à Aden.

Précisant que le Pakistan « ne porterait pas de jugement sur les preuves », M. Khan a réitéré le désir du Pakistan que celles-ci soient plus largement diffusées. « Cela renforcera la position des Etats-Unis pour prendre une action appropriée contre les responsables », a-t-il déclaré. Le porte-parole du ministère des affaires étrangères a ajouté que personne n'avait demandé au Pakistan de partager ces preuves avec les talibans et qu'Islamabad n'avait pas l'intention de le faire. « Le Pakistan n'est pas un intermédiaire entre les Etats-Unis et les talibans. C'est aux talibans et aux Etats-Unis de se mettre d'accord entre eux s'ils veulent communiquer », a-t-il affirmé.

Les talibans réclament avec constance à Washington des preuves de la culpabilité de Ben Laden, pour ces attentats comme pour les précédents. Kaboul affirme ne pouvoir rien entreprendre contre ce dernier, en l'absence d'éléments à charge contre lui. « Nous avons demandé des preuves ne veulent pas partager ce qu'ils ont », a réaffirmé jeudi l'ambassadeur d'Afghanistan à Islamabad, le mollah Abdul Salam Zaeef. « Nous n'insisterons pas s'ils ne sont pas prêts à montrer ce qu'ils ont contre Oussama », a-t-il conclu.

LE NATIONALISME PACHTOUN

Sur le terrain, les talibans poursuivent leurs efforts pour s'assurer du soutien des tribus en rencontrant, à travers l'Afghanistan, les chefs les plus influents. Les talibans soignent particulièrement les tribus pachtounes, dont ils sont issus. Jouant à la fois sur le nationalisme pachtoun et sur la religion, qu'ils opposent à un retour de l'ex-roi d'Afghanistan, Zaher Chah, dans les fourgons d'étrangers non musulmans, les talibans semblent pour l'instant marquer des points. Leur discours semble toutefois être accompagné de l'emploi du bâton. Lors d'une réunion dans la province orientale de Khost, les talibans auraient menacé ainsi de brûler les maisons de quiconque soutiendrait le roi.

Jeudi, par ailleurs, les Nations unies ont annoncé la fermeture de plusieurs de leurs bureaux à Jalalabad (est de l'Afghanistan), où leurs employés locaux ne peuvent plus se rendre. Les talibans ont déjà occupé plusieurs bureaux des agences de l'ONU à Kandahar, siège du mouvement taliban, et sérieusement compromis les communications entre les employés locaux de ces agences et leurs personnels expatriés qui opèrent dorénavant d'Islamabad. L'ONU continue toutefois d'envoyer en Afghanistan une aide humanitaire qui, pour l'instant, atteint ses destinataires.

FRANCOISE CHIPAUX
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Les services pakistanais sont soupçonnés de faire de la rétention d'informations cruciales
Article paru dans l'édition du 06.10.01   

LES SERVICES spéciaux américains et britanniques, d'une part, et leurs correspondants pakistanais, de l'autre, ont entamé une coopération en matière de renseignement qui n'est pas exempte de méfiance. Certes, la lutte antiterroriste contre les réseaux afghans d'Oussama Ben Laden est devenue, depuis les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, une cause que les trois pays partagent. Dans les faits, les services américains et britanniques n'ignorent pas que les liens, très particuliers, que l'Inter service intelligence (ISI) pakistanais entretient de longue date avec les talibans placent cet organisme dans une situation ambiguë au point de faire de la rétention d'informations cruciales. De son côté, l'ISI craindrait que le renseignement qu'il est amené à communiquer à ses interlocuteurs soit, tout ou partie, retransmis aux adversaires du régime de Kaboul.

Service de renseignement militaire, probablement le plus important au Pakistan, l'ISI a été officiellement créé en 1971 à la suite de la guerre indo-pakistanaise. Mais il a hérité d'un système mis en place à partir de 1948 par l'armée britannique avant l'indépendance. Il cohabite avec un autre service, l'Intelligence bureau (IB), qui relève du premier ministre. Dans la pratique, l'ISI, dont les interventions ont été orientées aussi bien à l'intérieur des frontières du pays qu'à l'extérieur, est très imprégné de la culture britannique du renseignement. Il est devenu la pièce maîtresse du dispositif pakistanais de renseignement et de contre-espionnage. Lors de l'occupation soviétique en Afghanistan, durant les années 1990, il a été chargé de fournir des armes et des conseillers à la résistance locale avec la complicité de la Central intelligence agency (CIA) américaine, qui l'a utilisé comme un canal d'approvisionnement.

Les Indiens ont souvent accusé l'ISI d'avoir été à l'origine d'une série d'attentats dans leur pays, notamment en 1993, et d'avoir recruté, puis entraîné plusieurs de leurs ressortissants pour les y commettre. Les services indiens accusent l'ISI d'avoir aussi contribué à fomenter les insurrections armées qui ont commencé d'éclater, en 1989, au Cachemire avec l'infiltration de nombreux « mercenaires » pakistanais et afghans.

UN ROUAGE INDISPENSABLE

En 1998, les services indiens ont fait parvenir aux Etats-Unis des informations selon lesquelles les agents de l'ISI contrôlaient pas moins d'une centaine de camps d'entraînement de « mercenaires » étrangers, dont une cinquantaine au Pakistan même, une vingtaine en Afghanistan et une trentaine au Cachemire. Deux de ces camps en Afghanistan ont précisément été la cible des tirs, par les Américains, de missiles Tomahawk, lors de raids, en août de cette année-là, simultanés à ceux contre le Soudan.

En Afghanistan, où la majorité des talibans sont passés par des écoles coraniques pakistanaises, l'ISI, si l'on en croit des analystes proches des services occidentaux de renseignement, a contribué à installer le régime de Kaboul parce qu'il existe avec les Afghans « des affinités ethniques et religieuses », mais aussi parce qu'il s'agit d'obtenir, au bénéfice d'Islamabad, ce qu'ils appellent « une profondeur stratégique » face à l'Inde et un accès aux régions d'Asie centrale supposées être riches en hydrocarbures. Ainsi, l'ISI a, selon les mêmes sources, prêté à Kaboul des pilotes et des mécaniciens qui servent et entretiennent les avions de combat Mig et les hélicoptères Mil dans les armées afghanes. De même, les services pakistanais sont soupçonnés, par le biais d'ONG qui sont des « couvertures », de s'être lancés, aux côtés des Afghans, dans le trafic de la drogue pour en tirer des revenus financiers occultes.

C'est dans ce climat que l'ISI, pour cette lutte antiterroriste, est considéré, par ses interlocuteurs américains et britanniques, comme un rouage indispensable, mais dont la fiabilité n'est sans doute pas à toute épreuve, même s'il semble prendre, depuis peu, quelques distances d'avec les talibans.

Les services des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne semblent vouloir corroborer le renseignement obtenu dans ces conditions, avec les informations que paraissent devoir livrer des déserteurs afghans, puisque l'Alliance du Nord dit en avoir recueillis, ou des exilés, récemment arrivés au Pakistan, en Ouzbékistan ou au Tadjikistan. Un tri, dit-on, est cependant nécessaire parmi cette population : les agents occidentaux estiment, en effet, que nombre de ces exilés auraient pu servir le régime communiste avant l'apparition des talibans en 1994 et ne détiendraient donc pas du renseignement véritablement opérationnel.

JACQUES ISNARD


"The pure and simple truth is rarely pure and never simple"
~Oscar Wilde

Hors ligne

 

#14 12-10-2007 02:10:02

Marc
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Messages: 1065

Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Suite...

« Les attaques portent toutes les empreintes d'une opération de Ben Laden »
Article paru dans l'édition du 06.10.01   

Voici les principaux extraits du discours prononcé jeudi 4 octobre par le premier ministre britannique Tony Blair à la Chambre des communes : « Nous sommes absolument convaincus qu'Oussama Ben Laden et son réseau Al-Qaida sont responsables des attentats du 11 septembre. » Depuis le 11 septembre, des efforts intenses ont été déployés ici et ailleurs pour enquêter sur ces attaques et déterminer qui en est responsable. Nous avons partagé les résultats de nos recherches avec ceux de nos alliés. Ils sont clairs : - premièrement, ce sont Oussama Ben Laden et Al-Qaida, le réseau terroriste qu'il dirige, qui ont planifié et mené les atrocités du 11 septembre ; - deuxièmement, Ben Laden et Al-Qaida ont pu commettre ces atrocités grâce à leur alliance avec le régime taliban en Afghanistan, qui leur a permis d'agir avec impunité et de poursuivre leurs activités terroristes. » Les attaques du 11 septembre portent toutes les empreintes d'une opération de Ben Laden : une préparation longue et méticuleuse, un désir d'infliger des dégâts massifs, un mépris total des vies des civils (y compris des musulmans), plusieurs attaques simultanées, le recours à des auteurs d'attentats-suicide. » Je peux maintenant confirmer que, sur les dix-neuf pirates de l'air identifiés sur la liste des passagers des quatre avions détournés le 11 septembre, au moins trois ont été formellement identifiés comme des associés connus de Ben Laden, avec des antécédents dans ses camps et son organisation. L'enquête sur les autres se poursuit. L'un de ces trois a été identifié comme ayant joué un rôle clé lors des attaques contre les ambassades en Afrique de l'Est et contre le USS Cole. » Peu avant le 11 septembre, Ben Laden a dit à ses associés qu'il était en train de préparer une opération majeure contre l'Amérique, un certain nombre de personnes ont été averties de retourner en Afghanistan à cause d'une action le ou autour du 11 septembre. Et, encore plus important, l'un des plus proches lieutenants de Ben Laden a dit clairement qu'il avait aidé à la préparation des attaques du 11 septembre et il a reconnu l'implication de l'organisation Al-Qaida. » Il existe d'autres renseignements d'une nature encore plus directe prouvant leur culpabilité, que nous ne pouvons rendre publics. »
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Tony Blair rend ses lettres de noblesse au Pakistan
Article paru dans l'édition du 07.10.01   

Un quatre heures d'une visite hautement symbolique à Islamabad, deux ans après le coup d'Etat militaire qui a porté au pouvoir, le 12 octobre 1999, le général Pervez Moucharraf, le premier ministre britannique Tony Blair a rendu au Pakistan ses lettres de noblesse et salué le « courageux leadership » de son chef. « Les attentats du 11 septembre ont changé le monde. (...) Le Pakistan a fait le bon choix et les résultats de celui-ci seront un renforcement significatif et durable des relations de la communauté internationale avec le Pakistan », a affirmé M. Blair pour expliquer ce revirement.

Pour un peu, le premier ministre britannique aurait même oublié de mentionner le retour promis à la démocratie, qu'il n'a évoqué, pour s'en réjouir, qu'à la dernière phrase de son intervention. Cette préoccupation, qui avait valu au Pakistan de nombreuses sanctions, notamment au sein du Commonwealth, n'est visiblement plus la priorité des Occidentaux. La leçon de démocratie infligée en mars 2000 par le président américain Bill Clinton au général Moucharraf semble aujourd'hui bien incongrue. D'ailleurs, parmi la batterie de sanctions imposées au Pakistan par les Etats-Unis, celles relatives à l'absence de démocratie devraient très bientôt disparaître. « Membre clé de la coalition internationale contre le terrorisme », le Pakistan sera récompensé politiquement et économiquement, a promis M. Blair. Il a donné au général Moucharraf une assurance d'importance en soulignant que tout futur gouvernement en Afghanistan devrait tenir compte des « intérêts légitimes » du Pakistan. « Si le régime des talibans échoue à livrer Ben Laden et tombe, son successeur devra être largement représentatif, inclure toutes les ethnies, dont les Pachtounes », a affirmé le premier ministre.

En insistant sur la nécessité de la représentation des Pachtounes, M. Blair a relativisé le poids futur de l'Alliance du Nord - l'opposition aux talibans, qui regroupe les minorités des Tadjiks, des Ouzbeks et des Hazaras. Soutenue par la Russie, l'Iran et l'Inde, avant la crise actuelle, l'Alliance demeure anathème au Pakistan. Islamabad ne cache pas son malaise devant l'importance prise par cette coalition, dont le seul ciment est l'opposition aux talibans, très majoritairement pachtounes.

La référence de Tony Blair aux Pachtounes est aussi importante dans le contexte de la lutte engagée par les talibans et leurs opposants pour conquérir le soutien des tribus pachtounes, sans lesquelles rien n'est possible en termes de pouvoir en Afghanistan. Enfin, les Pachtounes sont plus de 20 millions au Pakistan, installés le long de la frontière afghane dans le nord-ouest et au Balouchistan, et ils se montrent sensibles au sort de leurs frères afghans.

Retransmise en direct à la télévision pakistanaise, la déclaration de M. Blair a mis en exergue « les preuves accablantes et irrésistibles contre Oussama Ben Laden » ; ainsi que le caractère nécessairement « proportionnel et ciblé » de toute éventuelle attaque en Afghanistan. Celle-ci, a martelé M. Blair, « ne sera ni contre le peuple afghan, qui n'est pas notre ennemi, ni contre l'Islam, religion pacifique. Notre désir est tout simplement un désir de justice, non de revanche ».

Plus sobrement, mais pour la première fois publiquement de sa part, le président Moucharraf a admis que « les preuves fournies conduisaient à un lien entre les actes terroristes [du 11 septembre] et Oussama Ben Laden ». Il ne pouvait sans doute pas être plus explicite alors que les partis religieux pakistanais, dont les militants ont encore défilé en masse vendredi pour apporter leur soutien aux talibans et rejeter tout appui aux Etats-Unis, refusent de croire à la moindre preuve et parlent de machination.

La majorité silencieuse pakistanaise sera sans doute plus sensible à la carotte économique promise par M. Blair. Il a indiqué que la Grande-Bretagne approuverait un nouveau programme du Fonds monétaire international (FMI) en faveur du Pakistan et plaiderait fortement, lundi à Luxembourg, pour une coopération renforcée entre l'Union Européenne et Islamabad. Londres devrait encore soutenir le nouveau plan d'ajustement structurel du FMI « après que le Pakistan eut complété avec succès la première partie de ces obligations ».

Pour aider le Pakistan, qui accueille déjà plus de deux millions de réfugiés afghans, à faire face à la situation, M. Blair a annoncé une aide de 40 millions de dollars (45 millions de dollars). Devant une telle avalanche de projets, M. Moucharraf a exprimé sa « gratitude devant la compréhension des problèmes qu'affronte le Pakistan, devant la généreuse assistance économique et les assurances de sa poursuite ».

Dix jours après la visite de la troïka européenne, la visite de Tony Blair illustre le changement radical de la perception internationale du Pakistan. Ternie par son soutien aux talibans et l'influence sur son sol de groupes islamiques fondamentalistes, par les essais nucléaires de juin 1998 et le coup d'Etat militaire, l'image du Pakistan était si négative que d'aucuns le voyait déjà placé sur la liste des états parias. Dorénavant, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ne tarissent plus d'éloges sur ce pays en première ligne dans la lutte antiterroriste. Ce changement brutal ne manque toutefois pas d'inquiéter certains Pakistanais, qui craignent qu'une fois Ben Laden et son réseau éliminés, les pays occidentaux et les Etats-Unis laissent de nouveau le Pakistan seul aux prises avec les conséquences, encore difficiles à apprécier, d'une guerre longue et à l'issue incertaine.

FRANCOISE CHIPAUX
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Selon le gouvernement allemand, l'enquête menée à Hambourg désigne Ben Laden
Article paru dans l'édition du 07.10.01

Les indices recueillis, mais non rendus publics, ne laisseraient aucune place au doute   

Presque dans les mêmes termes que Tony Blair la veille, mais sans la solennité de la Chambre des communes et, surtout, avec encore moins de détails, le gouvernement allemand a exprimé, vendredi 5 octobre, sa « nette » conviction qu'Oussama Ben Laden était bien l'initiateur des attentats du 11 septembre à New York et à Washington. La responsabilité de cette annonce a été laissée au porte-parole du chancelier Schröder, Uwe-Karsten Heye, lors d'une conférence de presse.

Les enquêteurs qui travaillent sur le réseau de Hambourg, a affirmé en substance M. Heye, ont réuni des éléments qui « vont dans le sens » d'une implication du millionnaire d'origine saoudienne. Combinés à des informations provenant d'autres pays et recoupés par « d'autres sources », ces indices ne laissent aucune place au doute, a conclu le porte-parole.

CONVERSATIONS TÉLÉPHONIQUES

Ce dernier n'a cependant livré qu'une seule et maigre information pour asseoir son propos. Les éléments à porter au débit de Ben Laden ont été recueillis lors des nombreuses perquisitions menées après la découverte du rôle central joué dans les attentats par trois étudiants arabes de Hambourg, l'Egyptien Mohammed Atta, l'Emirati Marouan Al- Shehhi et le Libanais Ziad Djarrah. Les deux premiers ont péri alors que, vraisemblablement, ils pilotaient les avions qui ont percuté les tours de New York ; le troisième était dans l'avion qui s'est abîmé en Pennsylvanie.

Deux autres personnes ayant habité Hambourg, le Yéménite Hamzi Mohammed Abdullah Binalshibh et le Germano-Marocain Saïd Bahadji, sont par ailleurs en fuite, sous le coup d'un mandat d'arrêt international. Trois autres personnes, enfin, font depuis le 29 septembre l'objet d'une enquête pour activités terroristes. Leur identité n'a pas été révélée, mais plusieurs organes de presse ont avancé les noms d'un Marocain et de deux Syriens. L'un de ces derniers serait, selon Der Spiegel, un commerçant de quarante-trois ans, Mamoun Darkazanli, que les Américains, qui ont transmis son nom aux Allemands, présentent comme un lien d'affaires avec Oussama Ben Laden, via un activiste arrêté aux Etats-Unis pour son rôle supposé dans le financement des réseaux islamistes.

Survenant après des déclarations similaires faites par le secrétaire général de l'OTAN, le premier ministre britannique et un haut fonctionnaire pakistanais des affaires étrangères, les propos de M. Keye avaient visiblement pour objectif d'en dire le moins possible tout en justifiant le soutien allemand aux prochaines initiatives militaires américaines.

Comme en Angleterre, où M. Blair avait pris soin de prévenir l'opposition de ce qu'il savait des résultats de l'enquête, le chancelier Schröder, attentif à ne pas s'avancer seul, avait invité jeudi les dirigeants de la CDU et du FDP pour leur donner quelques précisions sous le sceau du secret. Disciplinés, ces derniers sont demeurés discrets, refusant de dévoiler ce qu'ils avaient entendu mais assurant que, après leur rencontre avec M. Schröder, ils étaient, eux aussi, convaincus de la culpabilité d'Oussama Ben Laden.

Même si le parquet fédéral en charge de l'enquête avait jusqu'ici toujours pris soin de dire qu'aucune preuve ne permettait encore de lier le millionnaire saoudien au réseau de Hambourg, les révélations de M. Heye n'ont étonné personne. Trop d'indices, largement évoqués et divulgués dans la presse, vont en effet dans le sens de la filière Ben Laden. Pour autant, il ne s'agit que d'informations partielles, sinon incertaines, les enquêteurs prenant grand soin de masquer aux éventuels complices des terroristes l'étendue de leurs connaissances et, avant tout, les moyens qui ont permis de les rassembler. Selon certaines indiscrétions, les policiers allemands auraient intercepté des conversations téléphoniques où des suspects réputés proches de milieux favorables à l'islamisme radical se félicitaient des attentats qui venaient de se produire. L'on y aurait parlé d'une « trentaine de personnes » alignées pour l'opération, laissant entendre que d'autres attentats étaient encore à venir.

Cette crainte d'attentats futurs a, en tout cas, mobilisé une partie importante des enquêteurs allemands qui, aidés d'une bonne vingtaine d'agents spéciaux du FBI, ont passé au crible tous les indices permettant de débusquer une éventuelle attaque contre des intérêts américains, israéliens ou des lieux de culte juifs. « Nos recherches n'ont jusqu'à présent rien donné, et rien n'indique que le réseau a survécu à sa dernière opération », expliquait au Monde un responsable du ministère de l'intérieur soucieux de montrer que ses services, critiqués pour n'avoir pas prévu les attentats, faisaient néanmoins tout ce qu'ils pouvaient.

Par ailleurs, de nouvelles mesures visant à lutter contre le terrorisme sont préparées par le gouvernement allemand. Selon le quotidien Süddeutsche Zeitung du 6 octobre, la prise d'empreintes digitales lors de demandes de visa, conservées dans un fichier central, et l'allégement de peines pour certains suspects qui accepteraient de collaborer avec les enquêteurs sont envisagés.

D'après le quotidien allemand, le ministre de l'intérieur, Otto Schily, met la dernière main à un projet de loi qui pourrait être présenté au prochain conseil des ministres. Un premier train de mesures avait été adopté le 19 septembre.

GEORGES MARION
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La télévision Al-Jazira diffuse des images du leader d'Al-Qaida
Article paru dans l'édition du 07.10.01

Une séquence d'une minute ni datée ni localisée   

LA CHAÎNE de télévision arabe Al-Jazira a diffusé, jeudi soir 4 octobre, des images inédites mais non datées d'Oussama Ben Laden. « Probablement les plus récentes du leader d'Al-Qaida », précise la chaîne arabe basée au Qatar. La mine grave, l'homme le plus recherché du monde se tient droit devant une cinquantaine de militaires cagoulés. A sa droite, Ayman Al-Zawahri, le leader du Djihad égyptien, plus détendu, des yeux tranquilles derrière d'épaisses lunettes.

D'une prudence inhabituelle, le commentaire d'Al-Jazira utilise le conditionnel pour tenter de donner un sens à cette « exclusivité » : « Ces images auraient été tournées dans un campement militaire à l'occasion de la sortie d'une nouvelle promotion de combattants et pour marquer la fusion entre les deux organisations Al-Qaida et le Djihad égyptien. »

En arrière-plan, des tentes dressés au pied d'une montagne, une Jeep poussiéreuse et quelques gardes du corps excités... Si, à l'image, les deux leaders restent muets, les combattants entonnent à plein poumons des chants guerriers interrompus de quelques rafales de kalachnikov. Le document se termine par une furtive scène d'intérieur : Oussama Ben Laden pose son arme (à sa droite comme le veut la tradition musulmane) avant de s'asseoir pour discuter avec son « hôte » égyptien. A peine a-t-on pu remarquer que le mur de cet « intérieur » est criblé d'impacts de balles et c'est déjà la fin de la séquence d'une durée d'une minute.

Diffusé en boucle, jeudi soir et vendredi matin, sans que jamais les journalistes de la chaîne ne s'aventurent à le situer dans le temps ou dans l'espace, ce document « obtenu en exclusivité » par Al-Jazira va faire le tour du monde. « C'est la première apparition en public d'Oussama Ben Laden depuis les attentats du 11 septembre, certifie Al-Jazira », annonce LCI/TF1, alors que France 2 et France 3 continuaient à présenter « des images censées avoir été tournées après les attentats du 11 septembre ».

Contacté hier par téléphone à Doha, le journaliste d'Al - Jazira, Mohammed Abderahim, exprime son étonnement : « La vidéo a été remise par un Afghan à notre correspondant à Kaboul. Notre correspondant lui-même reste très prudent, n'ayant aucune preuve que ces images sont antérieures ou non aux attentats de New York. Pour avoir rédigé le commentaire qui accompagne ces images, je peux vous dire qu'ici, à Al-Jazira, nous sommes sur nos gardes. »

FLEURS ET PÂTISSERIES

De son côté, Teyssir Allouni, le correspondant d'Al-Jazira dans la capitale afghane, plutôt que d'analyser son « scoop » reçu par porteur, a préféré commenter des images qu'il avait tournées lui-même. En ce vendredi 5 octobre, les fleuristes et les pâtissiers sont pris d'assaut par des Afghans qui profitent du jour de la grande prière pour se marier. Surréalistes scènes d'un Kaboul paisible mais impénétrable où le prix des fleurs augmente alors que le cours du dollar américain chute... « L'Afghanistan est décidément un pays des miracles, lâche l'unique correspondant de télévision présent à Kaboul. En quelques jours, le dollar américain, qui s'échangeait à 70 000 roupies afghanies, a chuté contre toute logique à 37 000 roupies. Je n'y comprends rien. Demain peut-être un déluge de feu va détruire cette ville, mais pour les Afghans, l'urgence du moment est de trouver des fleurs et des pâtisseries. »

TEWFIK HAKEM
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Les preuves contre Oussama Ben Laden
Article paru dans l'édition du 09.10.01

Voici l'essentiel du document présenté le 4 octobre par le premier ministre britannique, Tony Blair, à la Chambre des communes et établissant, selon lui, la responsabilité directe du dissident saoudien Oussama Ben Laden dans les attentats du 11 septembre à New York et à Washington   



    4 octobre 2001, 10, Downing Street

Ce document n'a pas pour but de fournir matière à des poursuites contre Oussama Ben Laden devant une cour de justice. Les informations obtenues par les services de renseignement ne peuvent généralement pas être utilisées comme preuve en raison de critères stricts d'admissibilité et de la nécessité de protéger les sources. Mais sur la base des informations disponibles, le gouvernement de Sa Majesté a toute confiance dans les conclusions qui sont présentées dans ce document.

RESPONSABILITÉ POUR LES ATROCITÉS

TERRORISTES AUX ÉTATS-UNIS, 11 SEPTEMBRE 2001

Introduction 1. - Les conclusions auxquelles est clairement parvenu le gouvernement sont :

Oussama Ben Laden et Al-Qaida, le réseau terroriste qu'il dirige, ont planifié et exécuté les atrocités du 11 septembre 2001 ;

Oussama Ben Laden et Al-Qaida ont toujours la volonté et les ressources pour mener à bien de nouvelles atrocités ;

Le Royaume-Uni et les ressortissants du Royaume-Uni sont des cibles potentielles ;

Oussama Ben Laden et Al-Qaida sont parvenus à commettre ces atrocités en raison de leur alliance rapprochée avec le régime des talibans, qui les autorise à poursuivre impunément leur entreprise terroriste. 2. - Les éléments concernant 1998 (NDLR : attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie) et le USS Cole (un bâtiment de la marine de guerre américaine) proviennent des actes d'accusation et des services de renseignement. Les éléments concernant le 11 septembre viennent des services de renseignement et de l'enquête criminelle en cours. Les détails de certains aspects ne peuvent être fournis mais, sur la base des informations des services de renseignement, les faits sont clairs. 3. - Le document ne contient pas la totalité des éléments en la possession du gouvernement de Sa Majesté, étant donné la nécessité absolue et persistante de protéger les sources des services de renseignement.

RÉSUMÉ 4. - Les faits montrent :

Background

Al-Qaida est une organisation terroriste ayant des liens avec un réseau global, qui existe depuis plus de dix ans. Elle a été fondée et a été dirigée depuis par Oussama Ben Laden.

Oussama Ben Laden et Al-Qaida se sont engagés dans une djihad contre les Etats-Unis et leurs alliés. L'un de leurs buts déclarés est le meurtre de citoyens américains et de mener des attaques contre les alliés des Etats-Unis.

Oussama Ben Laden et Al-Qaida sont basés en Afghanistan depuis 1996 mais possèdent un réseau opérationnel dans le monde entier. Ce réseau inclut des camps d'entraînement, des entrepôts, des moyens de communication et des opérations commerciales susceptibles d'engranger suffisamment d'argent pour soutenir son activité. Cette activité inclut une exploitation substantielle du trafic de drogue à partir de l'Afghanistan.

Al-Qaida et le régime des talibans entretiennent une alliance rapprochée et interdépendante. Oussama Ben Laden et Al-Qaida fournissent au régime des talibans un soutien matériel, financier et militaire. Ils exploitent conjointement le trafic de drogue. Le régime des talibans permet à Ben Laden d'agir et de mener ses camps d'entraînement terroristes depuis l'Afghanistan, le protège des attaques de l'extérieur et protège les stocks de drogue. Oussama Ben Laden ne pourrait pas conduire ses activités terroristes sans l'alliance et le soutien du régime taliban. La force des talibans serait sérieusement diminuée sans le soutien militaire et financier d'Oussama Ben Laden ;

Oussama Ben Laden et Al-Qaida ont la capacité de mener à bien des attaques terroristes majeures ;

Oussama Ben Laden a revendiqué les attaques contre des soldats américains en Somalie en octobre 1993, qui ont fait 18 morts ; les attaques contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en août 1998, qui ont tué 224 personnes et blessé près de 5000 autres ; a été lié à l'attaque contre le USS Cole le 12 octobre 2000, dans laquelle 17 membres d'équipage ont été tués et 40 autres blessés ;

Ils ont cherché à acquérir des materiaux nucléaires et chimiques pour les utiliser comme des armes terroristes. (...)

Les faits

Oussama Ben Laden et Al-Qaida 8. - En 1989, Oussama Ben Laden et d'autres ont fondé un groupe terroriste international connu sous le nom de Al-Qaida (la Base). De tout temps, il a été le leader de Al-Qaida. 9. - De 1989 à 1991, Oussama Ben Laden a été basé en Afghanistan et à Peshawar, au Pakistan. En 1991, il s'est installé au Soudan, où il est resté jusqu'en 1996. Cette année-là, il est retourné en Afghanistan, où il est toujours.

Le régime taliban 10. - Les talibans ont émergé des camps de réfugiés afghans au Pakistan au début des années 1990. En 1996, ils se sont emparés de Kaboul. Ils sont toujours engagés dans une guerre civile sanglante pour le contrôle de la totalité de l'Afghanistan. Ils sont dirigés par le mollah Omar. 11. - En 1996, Oussama Ben Laden retourna en Afghanistan. Il établit une relation étroite avec le mollah Omar et s'engagea derrière les talibans. Oussama Ben Laden et le régime des talibans entretiennent une alliance étroite dont chacun d'eux dépend pour sa survie. Ils partagent aussi les mêmes valeurs religieuses et la même vision. 12. - Oussama Ben Laden a fourni aux talibans des troupes, des armes et de l'argent pour combattre l'Alliance du nord (l'opposition afghane aux talibans). Il est très impliqué dans la formation militaire des talibans, leurs projets et leurs opérations. Il a des représentants dans la structure de commandement militaire des talibans. Il a également fourni une aide humanitaire et une assistance en matière d'infrastructure. Des forces étant sous le contrôle de Ben Laden ont combattu aux côtés des talibans dans la guerre civile en Afghanistan. 13. - Omar a fourni à Ben Laden un endroit à partir duquel opérer et l'a autorisé à ouvrir des camps d'entraînement terroristes en Afghanistan. Ils exploitent conjointement le trafic de drogue. En contrepartie de l'actif soutien apporté par Al-Qaida, les talibans autorisent Al-Qaida à mener librement ses actions, dont l'organisation, l'entraînement et la préparation d'activités terroristes. En addition, les talibans assurent la sécurité des stocks de drogue. 14. - Depuis 1996 et la prise de Kaboul, le gouvernement des Etats-Unis a régulièrement soulevé auprès des talibans une variété de questions, dont l'aide humanitaire et le terrorisme. Bien avant le 11 septembre 2001, les Etats-Unis avaient fourni aux talibans des preuves de l'implication d'Al-Qaida dans les attentats terroristes en Afrique de l'Est. Ces preuves ont été fournies à de hauts dirigeants talibans à leur demande. 15. - Les Etats-Unis ont clairement indiqué aux talibans que Al-Qaida avait assassiné des citoyens américains et entendait en assassiner d'autres. Les Etats-Unis ont offert de travailler avec les talibans à l'expulsion des terroristes d'Afghanistan. Ces conversations, qui se sont poursuivies depuis 1996, n'ont produit aucun résultat. 16. - En juin 2001, les preuves de la menace représentée par Al-Qaida s'intensifiant, les Etats-Unis ont averti les talibans qu'ils étaient en droit de se défendre et qu'ils tiendraient le régime pour responsable d'attaques contre des citoyens américains commises par des terroristes ayant trouvé refuge en Afghanistan. 17. - En cela, les Etats-Unis ont reçu le soutien des Nations unies. Le Conseil de sécurité, dans la résolution 1267, a condamné Oussama Ben Laden en raison de son soutien au terrorisme international et de son réseau de camps terroristes, et il a demandé que les talibans livrent Ben Laden sans délai pour qu'il puisse être jugé. 18. - En dépit des preuves apportées par les Etats-Unis de la responsabilité de Ben Laden et d'Al-Qaida dans les attentats de 1998 en Afrique de l'Est, en dépit de la perception qui s'est révélée exacte de la menace d'autres atrocités, et en dépit des demandes des Nations unies, le régime taliban a répondu en faisant savoir que nulle preuve n'existait contre Ben Laden et que ni lui ni son réseau ne seraient expulsés du pays. 19. - Un ancien responsable gouvernemental d'Aghanistan a décrit les talibans et Oussama Ben Laden comme « les deux côtés d'une même pièce : Oussama ne peut exister en Afghanistan sans les talibans et les talibans ne peuvent exister sans Oussama ».

AL-Qaida 20. - Al-Qaida a pour but de s'opposer aux ouvernements « non islamiques » dans les pays musulmans avec force et violence. 21. - Al-Qaida s'oppose avec virulence aux Etats-Unis. Oussama Ben Laden a prié et incité ses partisans à tuer des citoyens américains dans les termes les moins équivoques. (Le chapitre 22 rappelle la déclaration de djihad du 12 octobre 1996 faite par Ben Laden et cite plusieurs déclarations ultérieures appelant à tuer des Américains pour « expulser les ennemis des lieux saints de l'Islam » ). 23. - A partir du début des années 1990, Oussama Ben Laden a tenté de se procurer des armes nucléaires et chimiques pour un usage terroriste. 24. - Bien que les cibles américaines constituent la priorité pour Al-Qaida, les alliés des Etats-Unis sont également explicitement menacés. Les références à « l'alliance des croisés et des sionistes et leurs collaborateurs » et aux « troupes américaines de Satan et les partisans du Diable ayant fait alliance avec elles » incluent sans aucun doute le Royaume-Uni. 25. - La menace continue. Sur la base de notre expérience de la manière selon laquelle le réseau a fonctionné dans le passé, on peut penser que d'autres cellules, comme celle qui a mené les attaques terroristes du 11 septembre, existent. 26. - Al-Qaida fonctionne de son côté et aussi à travers un réseau d'autres organisations terroristes. Celles-ci comptent Le Djihad islamique égyptien et d'autres groupes terroristes extrémistes d'Afrique du Nord, ainsi qu'un nombre d'autres groupes dans d'autres pays dont le Soudan, le Yémen, la Somalie, le Pakistan et l'Inde. Al-Qaida a aussi des cellules et des personnels dans un certains nombre d'autres pays pour faciliter ses activités. 27. - Oussama Ben Laden dirige le réseau Ben Laden. En dessous de lui, se trouve un organe appelé « Shura », qui inclut les représentants d'autres groupes terroristes, tels que le leader du Djihad islamique égyptien Ayman Zawahiri et des lieutenants de premier plan de Ben Laden comme Abu Hafs Al-Masri. Le Djihad islamique égyptien a, de fait, fusionné avec Al-Qaida. 28. - En plus de « Shura », Al-Qaida compte plusieurs groupes chargés des questions militaires, des médias, des finances et des questions de religion. 29. - Mohamed Atef est membre du groupe qui est chargé des questions militaires et des opérations terroristes. Ses attributions incluent la responsabilité de l'entraînement des membres d'Al-Qaida. 30. - Les membres d'Al-Qaida doivent prononcer un serment d'allégeance et s'engager à suivre les ordres d'Oussama Ben Laden. (...) 32. - Depuis 1989, Oussama Ben Laden a mené de substantielles transactions financières et commerciales pour le compte d'Al-Qaida conformément à ses objectifs. Celles-ci incluent l'acquisition de terrains pour les camps d'entraînement, l'achat d'entrepôts pour stocker des biens, dont des explosifs, l'achat d'équipements de communication et électroniques, et l'acheminement de devises et d'armes à destination de membres d'Al-Qaida et de groupes terroristes associés dans le monde entier. 33. - Depuis 1989, Oussama Ben Laden a fourni des camps d'entraînement et des lieux d'hébergement en Afghanistan, au Pakistan, au Soudan, en Somalie et au Kenya, pour les mebres d'Al-Qaida et de groupes terroristes associés. Nous savons, par des sources du renseignement, qu'il y a actuellement au moins une douzaine de camps en Aghanistan, dont quatre au moins sont utilisés pour l'entraînement de terroristes. 34. - Depuis 1989, Oussama Ben Laden a établi une série de compagnies afin de procurer des ressources à Al-Qaida, et de fournir des couvertures pour acquérir des explosifs, des armes et des produits chimiques, et pour les déplacements des agents d'Al-Qaida. Ces compagnies comptent un holding financier connu sous le nom de « Wadi al Aqiq », une entreprise de bâtiment, connue sous le nom de « Al-Hijra », une entreprise agricole, « Al Themar Al Mubaraka », et des sociétés d'investissement connues sous le nom de « Laden International » et « Taba Investments ».

Oussama Ben Laden et les attaques précédentes (Les points 35 à 60 sont consacrés à l'historique des attentats anti-américains ou des projets d'attaques de 1992 à 2000 imputés à Ben Laden. Cet historique est basé sur les compte rendus de procès et les déclarations de Ben Laden lui-même.)

Oussama Ben Laden et les attaques du 11 septembre 61. - Dix-neuf hommes ont été identifiés comme pirates de l'air à partir de la liste des passagers des quatre vols détournés le 11 septembre 2001. Au moins trois d'entre eux ont déjà été identifiés de manière formelle comme des associés d'Al-Qaida. L'un a été été identifié comme ayant joué un rôle clé dans les attentats contre les ambassades américaines en Afrique de l'Est et contre le USS Cole. L'enquête sur le passé de tous les pirates de l'air est toujours en cours. 62. - Des sources du renseignement ont permis d'établir les faits suivants après le 11 septembre. Pour des raisons de confidentialité, les noms des associés mentionnés, bien qu'ils soient connus, ne sont pas cités.

Dans la dernière période avant le 11 septembre, Ben Laden a monté une campagne de propagande concertée parmi les groupes partageant ses vues - incluant des vidéos et de la documentation - justifiant les attaques contre des cibles juives ou américaines ; et affirmant que ceux qui mouraient dans de telles entreprises accomplissaient l'oeuvre de Dieu.

Nous avons appris, après le 11 septembre, que Ben Laden lui-même a affirmé, peu avant le 11 septembre, qu'il préparait une attaque majeure contre les Etats-Unis.

En août et début septembre, de proches associés de Ben Laden ont été prévenus qu'ils devaient regagner l'Afghanistan avant le 10 septembre.

Immédiatement avant le 11 septembre, plusieurs associés connus de Ben Laden mentionnaient le 11 septembre ou une date proche comme date pour une opération.

Depuis le 11 septembre, nous avons appris que l'un des plus proches et plus anciens associés de Ben Laden était responsable de l'organisation détaillée des attaques.

Il existe des preuves d'une nature très spécifique concernant la culpabilité de Ben Laden et de ses associés mais elles sont trop sensibles pour être divulguées. 63. - Oussama Ben Laden est toujours le chef et le cerveau d'Al-Qaida. Dans cette organisation, une opération de l'ampleur de celle du 11 septembre doit avoir été approuvée par Oussama Ben Laden personnellement. 64. - Le modus operandi du 11 septembre correspond exactement aux attaques précédentes. Le bilan des atrocités d'Al-Qaida se caractérise par une longue et « 4 octobre 2001, 10, Downing Street

Ce document n'a pas pour but de fournir matière à des poursuites contre Oussama Ben Laden devant une cour de justice. Les informations obtenues par les services de renseignement ne peuvent généralement pas être utilisées comme preuve en raison de critères stricts d'admissibilité et de la nécessité de protéger les sources. Mais sur la base des informations disponibles, le gouvernement de Sa Majesté a toute confiance dans les conclusions qui sont présentées dans ce document.

RESPONSABILITÉ POUR LES ATROCITÉS

TERRORISTES AUX ÉTATS-UNIS, 11 SEPTEMBRE 2001

Introduction 1. - Les conclusions auxquelles est clairement parvenu le gouvernement sont :

Oussama Ben Laden et Al-Qaida, le réseau terroriste qu'il dirige, ont planifié et exécuté les atrocités du 11 septembre 2001 ;

Oussama Ben Laden et Al-Qaida ont toujours la volonté et les ressources pour mener à bien de nouvelles atrocités ;

Le Royaume-Uni et les ressortissants du Royaume-Uni sont des cibles potentielles ;

Oussama Ben Laden et Al-Qaida sont parvenus à commettre ces atrocités en raison de leur alliance rapprochée avec le régime des talibans, qui les autorise à poursuivre impunément leur entreprise terroriste. 2. - Les éléments concernant 1998 (NDLR : attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie) et le USS Cole (un bâtiment de la marine de guerre américaine) proviennent des actes d'accusation et des services de renseignement. Les éléments concernant le 11 septembre viennent des services de renseignement et de l'enquête criminelle en cours. Les détails de certains aspects ne peuvent être fournis mais, sur la base des informations des services de renseignement, les faits sont clairs. 3. - Le document ne contient pas la totalité des éléments en la possession du gouvernement de Sa Majesté, étant donné la nécessité absolue et persistante de protéger les sources des services de renseignement.

RÉSUMÉ 4. - Les faits montrent :

Background

Al-Qaida est une organisation terroriste ayant des liens avec un réseau global, qui existe depuis plus de dix ans. Elle a été fondée et a été dirigée depuis par Oussama Ben Laden.

Oussama Ben Laden et Al-Qaida se sont engagés dans une djihad contre les Etats-Unis et leurs alliés. L'un de leurs buts déclarés est le meurtre de citoyens américains et de mener des attaques contre les alliés des Etats-Unis.

Oussama Ben Laden et Al-Qaida sont basés en Afghanistan depuis 1996 mais possèdent un réseau opérationnel dans le monde entier. Ce réseau inclut des camps d'entraînement, des entrepôts, des moyens de communication et des opérations commerciales susceptibles d'engranger suffisamment d'argent pour soutenir son activité. Cette activité inclut une exploitation substantielle du trafic de drogue à partir de l'Afghanistan.

Al-Qaida et le régime des talibans entretiennent une alliance rapprochée et interdépendante. Oussama Ben Laden et Al-Qaida fournissent au régime des talibans un soutien matériel, financier et militaire. Ils exploitent conjointement le trafic de drogue. Le régime des talibans permet à Ben Laden d'agir et de mener ses camps d'entraînement terroristes depuis l'Afghanistan, le protège des attaques de l'extérieur et protège les stocks de drogue. Oussama Ben Laden ne pourrait pas conduire ses activités terroristes sans l'alliance et le soutien du régime taliban. La force des talibans serait sérieusement diminuée sans le soutien militaire et financier d'Oussama Ben Laden ;

Oussama Ben Laden et Al-Qaida ont la capacité de mener à bien des attaques terroristes majeures ;

Oussama Ben Laden a revendiqué les attaques contre des soldats américains en Somalie en octobre 1993, qui ont fait 18 morts ; les attaques contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en août 1998, qui ont tué 224 personnes et blessé près de 5000 autres ; a été lié à l'attaque contre le USS Cole le 12 octobre 2000, dans laquelle 17 membres d'équipage ont été tués et 40 autres blessés ;

Ils ont cherché à acquérir des materiaux nucléaires et chimiques pour les utiliser comme des armes terroristes. (...)

Les faits

Oussama Ben Laden et Al-Qaida 8. - En 1989, Oussama Ben Laden et d'autres ont fondé un groupe terroriste international connu sous le nom de Al-Qaida (la Base). De tout temps, il a été le leader de Al-Qaida. 9. - De 1989 à 1991, Oussama Ben Laden a été basé en Afghanistan et à Peshawar, au Pakistan. En 1991, il s'est installé au Soudan, où il est resté jusqu'en 1996. Cette année-là, il est retourné en Afghanistan, où il est toujours.

Le régime taliban 10. - Les talibans ont émergé des camps de réfugiés afghans au Pakistan au début des années 1990. En 1996, ils se sont emparés de Kaboul. Ils sont toujours engagés dans une guerre civile sanglante pour le contrôle de la totalité de l'Afghanistan. Ils sont dirigés par le mollah Omar. 11. - En 1996, Oussama Ben Laden retourna en Afghanistan. Il établit une relation étroite avec le mollah Omar et s'engagea derrière les talibans. Oussama Ben Laden et le régime des talibans entretiennent une alliance étroite dont chacun d'eux dépend pour sa survie. Ils partagent aussi les mêmes valeurs religieuses et la même vision. 12. - Oussama Ben Laden a fourni aux talibans des troupes, des armes et de l'argent pour combattre l'Alliance du nord (l'opposition afghane aux talibans). Il est très impliqué dans la formation militaire des talibans, leurs projets et leurs opérations. Il a des représentants dans la structure de commandement militaire des talibans. Il a également fourni une aide humanitaire et une assistance en matière d'infrastructure. Des forces étant sous le contrôle de Ben Laden ont combattu aux côtés des talibans dans la guerre civile en Afghanistan. 13. - Omar a fourni à Ben Laden un endroit à partir duquel opérer et l'a autorisé à ouvrir des camps d'entraînement terroristes en Afghanistan. Ils exploitent conjointement le trafic de drogue. En contrepartie de l'actif soutien apporté par Al-Qaida, les talibans autorisent Al-Qaida à mener librement ses actions, dont l'organisation, l'entraînement et la préparation d'activités terroristes. En addition, les talibans assurent la sécurité des stocks de drogue. 14. - Depuis 1996 et la prise de Kaboul, le gouvernement des Etats-Unis a régulièrement soulevé auprès des talibans une variété de questions, dont l'aide humanitaire et le terrorisme. Bien avant le 11 septembre 2001, les Etats-Unis avaient fourni aux talibans des preuves de l'implication d'Al-Qaida dans les attentats terroristes en Afrique de l'Est. Ces preuves ont été fournies à de hauts dirigeants talibans à leur demande. 15. - Les Etats-Unis ont clairement indiqué aux talibans que Al-Qaida avait assassiné des citoyens américains et entendait en assassiner d'autres. Les Etats-Unis ont offert de travailler avec les talibans à l'expulsion des terroristes d'Afghanistan. Ces conversations, qui se sont poursuivies depuis 1996, n'ont produit aucun résultat. 16. - En juin 2001, les preuves de la menace représentée par Al-Qaida s'intensifiant, les Etats-Unis ont averti les talibans qu'ils étaient en droit de se défendre et qu'ils tiendraient le régime pour responsable d'attaques contre des citoyens américains commises par des terroristes ayant trouvé refuge en Afghanistan. 17. - En cela, les Etats-Unis ont reçu le soutien des Nations unies. Le Conseil de sécurité, dans la résolution 1267, a condamné Oussama Ben Laden en raison de son soutien au terrorisme international et de son réseau de camps terroristes, et il a demandé que les talibans livrent Ben Laden sans délai pour qu'il puisse être jugé. 18. - En dépit des preuves apportées par les Etats-Unis de la responsabilité de Ben Laden et d'Al-Qaida dans les attentats de 1998 en Afrique de l'Est, en dépit de la perception qui s'est révélée exacte de la menace d'autres atrocités, et en dépit des demandes des Nations unies, le régime taliban a répondu en faisant savoir que nulle preuve n'existait contre Ben Laden et que ni lui ni son réseau ne seraient expulsés du pays. 19. - Un ancien responsable gouvernemental d'Aghanistan a décrit les talibans et Oussama Ben Laden comme « les deux côtés d'une même pièce : Oussama ne peut exister en Afghanistan sans les talibans et les talibans ne peuvent exister sans Oussama ».

AL-Qaida 20. - Al-Qaida a pour but de s'opposer aux ouvernements « non islamiques » dans les pays musulmans avec force et violence. 21. - Al-Qaida s'oppose avec virulence aux Etats-Unis. Oussama Ben Laden a prié et incité ses partisans à tuer des citoyens américains dans les termes les moins équivoques. (Le chapitre 22 rappelle la déclaration de djihad du 12 octobre 1996 faite par Ben Laden et cite plusieurs déclarations ultérieures appelant à tuer des Américains pour « expulser les ennemis des lieux saints de l'Islam » ). 23. - A partir du début des années 1990, Oussama Ben Laden a tenté de se procurer des armes nucléaires et chimiques pour un usage terroriste. 24. - Bien que les cibles américaines constituent la priorité pour Al-Qaida, les alliés des Etats-Unis sont également explicitement menacés. Les références à « l'alliance des croisés et des sionistes et leurs collaborateurs » et aux « troupes américaines de Satan et les partisans du Diable ayant fait alliance avec elles » incluent sans aucun doute le Royaume-Uni. 25. - La menace continue. Sur la base de notre expérience de la manière selon laquelle le réseau a fonctionné dans le passé, on peut penser que d'autres cellules, comme celle qui a mené les attaques terroristes du 11 septembre, existent. 26. - Al-Qaida fonctionne de son côté et aussi à travers un réseau d'autres organisations terroristes. Celles-ci comptent Le Djihad islamique égyptien et d'autres groupes terroristes extrémistes d'Afrique du Nord, ainsi qu'un nombre d'autres groupes dans d'autres pays dont le Soudan, le Yémen, la Somalie, le Pakistan et l'Inde. Al-Qaida a aussi des cellules et des personnels dans un certains nombre d'autres pays pour faciliter ses activités. 27. - Oussama Ben Laden dirige le réseau Ben Laden. En dessous de lui, se trouve un organe appelé « Shura », qui inclut les représentants d'autres groupes terroristes, tels que le leader du Djihad islamique égyptien Ayman Zawahiri et des lieutenants de premier plan de Ben Laden comme Abu Hafs Al-Masri. Le Djihad islamique égyptien a, de fait, fusionné avec Al-Qaida. 28. - En plus de « Shura », Al-Qaida compte plusieurs groupes chargés des questions militaires, des médias, des finances et des questions de religion. 29. - Mohamed Atef est membre du groupe qui est chargé des questions militaires et des opérations terroristes. Ses attributions incluent la responsabilité de l'entraînement des membres d'Al-Qaida. 30. - Les membres d'Al-Qaida doivent prononcer un serment d'allégeance et s'engager à suivre les ordres d'Oussama Ben Laden. (...) 32. - Depuis 1989, Oussama Ben Laden a mené de substantielles transactions financières et commerciales pour le compte d'Al-Qaida conformément à ses objectifs. Celles-ci incluent l'acquisition de terrains pour les camps d'entraînement, l'achat d'entrepôts pour stocker des biens, dont des explosifs, l'achat d'équipements de communication et électroniques, et l'acheminement de devises et d'armes à destination de membres d'Al-Qaida et de groupes terroristes associés dans le monde entier. 33. - Depuis 1989, Oussama Ben Laden a fourni des camps d'entraînement et des lieux d'hébergement en Afghanistan, au Pakistan, au Soudan, en Somalie et au Kenya, pour les mebres d'Al-Qaida et de groupes terroristes associés. Nous savons, par des sources du renseignement, qu'il y a actuellement au moins une douzaine de camps en Aghanistan, dont quatre au moins sont utilisés pour l'entraînement de terroristes. 34. - Depuis 1989, Oussama Ben Laden a établi une série de compagnies afin de procurer des ressources à Al-Qaida, et de fournir des couvertures pour acquérir des explosifs, des armes et des produits chimiques, et pour les déplacements des agents d'Al-Qaida. Ces compagnies comptent un holding financier connu sous le nom de « Wadi al Aqiq », une entreprise de bâtiment, connue sous le nom de « Al-Hijra », une entreprise agricole, « Al Themar Al Mubaraka », et des sociétés d'investissement connues sous le nom de « Laden International » et « Taba Investments ».

Oussama Ben Laden et les attaques précédentes (Les points 35 à 60 sont consacrés à l'historique des attentats anti-américains ou des projets d'attaques de 1992 à 2000 imputés à Ben Laden. Cet historique est basé sur les compte rendus de procès et les déclarations de Ben Laden lui-même.)

Oussama Ben Laden et les attaques du 11 septembre 61. - Dix-neuf hommes ont été identifiés comme pirates de l'air à partir de la liste des passagers des quatre vols détournés le 11 septembre 2001. Au moins trois d'entre eux ont déjà été identifiés de manière formelle comme des associés d'Al-Qaida. L'un a été été identifié comme ayant joué un rôle clé dans les attentats contre les ambassades américaines en Afrique de l'Est et contre le USS Cole. L'enquête sur le passé de tous les pirates de l'air est toujours en cours. 62. - Des sources du renseignement ont permis d'établir les faits suivants après le 11 septembre. Pour des raisons de confidentialité, les noms des associés mentionnés, bien qu'ils soient connus, ne sont pas cités.

Dans la dernière période avant le 11 septembre, Ben Laden a monté une campagne de propagande concertée parmi les groupes partageant ses vues - incluant des vidéos et de la documentation - justifiant les attaques contre des cibles juives ou américaines ; et affirmant que ceux qui mouraient dans de telles entreprises accomplissaient l'oeuvre de Dieu.

Nous avons appris, après le 11 septembre, que Ben Laden lui-même a affirmé, peu avant le 11 septembre, qu'il préparait une attaque majeure contre les Etats-Unis.

En août et début septembre, de proches associés de Ben Laden ont été prévenus qu'ils devaient regagner l'Afghanistan avant le 10 septembre.

Immédiatement avant le 11 septembre, plusieurs associés connus de Ben Laden mentionnaient le 11 septembre ou une date proche comme date pour une opération.

Depuis le 11 septembre, nous avons appris que l'un des plus proches et plus anciens associés de Ben Laden était responsable de l'organisation détaillée des attaques.

Il existe des preuves d'une nature très spécifique concernant la culpabilité de Ben Laden et de ses associés mais elles sont trop sensibles pour être divulguées. 63. - Oussama Ben Laden est toujours le chef et le cerveau d'Al-Qaida. Dans cette organisation, une opération de l'ampleur de celle du 11 septembre doit avoir été approuvée par Oussama Ben Laden personnellement. 64. - Le modus operandi du 11 septembre correspond exactement aux attaques précédentes. Le bilan des atrocités d'Al-Qaida se caractérise par une longue et méticuleuse planification, un désir de faire un grand nombre de victimes, des commandos suicide, et des attaques multiples et simultanées. 65. - Les attaques du 11 septembre 2001 sont entièrement cohérentes avec l'échelle et la sophistication de la préparation des attaques contre les ambassades d'Afrique de l'Est et contre l' USS Cole. Aucun signal d'avertissement n'a été lancé pour ces attentats, pas plus que le 11 septembre. 66. - Les agents d'Al-Qaida, selon les preuves fournies lors du procès des attentats contre les ambassades, ont décrit comment un groupe passe des années à préparer une opération. Ils effectuent des surveillances répétées, collectent patiemment les éléments, identifient et hiérarchisent les agents qui ont les compétences pour mener les attaques et sont prêts à mourir pour leur cause. 67. - Les agents impliqués dans les atrocités du 11 septembre avaient fréquenté des écoles de pilotage, utilisé des simulateurs de vol pour pour étudier le contrôle des avions plus grands, et placé les aéroports possibles et les itinéraires sous surveillance. 68. - Les attaques imputables à Al-Qaida se caractérisent par un total mépris pour les vies innocentes, y compris celles de musulmans. Dans une interview postérieure aux attentats contre les ambassades d'Afrique de l'Est, Oussama Ben Laden a souligné que la nécessité d'attaquer les Etats-Unis excuse le meurtre de civils innocents, musulmans ou non-musulmans sans distinction. 69. - Aucune autre organisation n'a à la fois la motivation et la capacité de mener à bien des attaques comme celles du 11 septembre - à l'exception du réseau Al-Qaida dirigé par Oussama Ben Laden.

Conclusion 70. - Les attentats du 11 septembre 2001 ont été préparés et exécutés par Al-Qaida, une organisation dont le chef est Oussama Ben Laden. Cette organisation a la volonté et les ressources de mener à bien d'autres attaques d'échelle similaire. Les Etats-Unis, comme leurs proches alliés, sont des cibles pour ces attaques. Les attentats n'auraient pas pu avoir lieu sans l'alliance entre les talibans et Oussama Ben Laden, laquelle a permis à Ben Laden d'agir librement en Afghanistan, d'y encourager le terrorisme et d'y planifier et organiser des attentats. »


"The pure and simple truth is rarely pure and never simple"
~Oscar Wilde

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#15 12-10-2007 14:15:31

Thibaut
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Un grand merci Marc !


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#16 14-10-2007 03:32:59

Marc
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

ÉDITORIAL
Les preuves et la cible
Article paru dans l'édition du 09.10.01   


TOUT s'est passé comme dans une séquence admirablement programmée. La question des preuves de la responsabilité de la mouvance Ben Laden dans les attentats du 11 septembre a été réglée, ou presque, le jour-même où les Etats-Unis lançaient leurs premières opérations militaires contre le dissident saoudien en Afghanistan. Une heure après le début des bombardements, dimanche 7 octobre, Oussama Ben Laden, par la grâce d'une cassette vidéo due à la chaîne qatariote Al-Jazira, jetait le masque. S'il ne revendiquait pas expressément le massacre de New York (près de 6 000 morts), il disait s'en « réjouir » profondément et souhaiter le « paradis » à ses auteurs. C'était, prononcé en tenue de combat, un discours annonçant de nouvelles opérations contre les Etats-Unis ; une manière de prêche totalitaire appelant « les musulmans » « à se rebeller contre les infidèles » ; un appel à la mobilisation d'une « nation musulmane », « humiliée depuis 80 ans » (quand l'éclatement de l'Empire ottoman marqua le début de la domination occidentale sur le monde arabe) ; en cassette vidéo couleur, c'était, en ce début du XXIe siècle, une exhortation à restaurer le califat instauré par les successeurs du prophète Mahomet. Dans le même souffle, son bras droit, Soleiman Abou Gaith, lançait le « djihad contre les juifs et les Américains », « la guerre entre ceux qui croient en Dieu et les mécréants ».

Bref, Ben Laden légitimait lui- même les opérations lancées contre lui au nom d'un droit à la légitime défense que le Conseil de sécurité de l'ONU a unanimement accordé aux Etats-Unis au lendemain des attentats de New York et de Washington.

Celle des preuves ainsi réglée, reste la question de la cible. Elle ne doit pas être un pays déjà martyr, l'Afghanistan, ni son peuple, l'un des plus misérables de la planète, encore moins l'islam, une religion partagée par un milliard d'hommes. La longue campagne militaire qui s'annonce ne doit viser qu'un régime, celui des talibans, dont l'appareil politico-militaire est intimement imbriqué à la logistique et à l'idéologie de Ben Laden. Ladite campagne ne conservera l'appui des alliés des Etats-Unis - aujourd'hui unanime - qu'à la condition de se doubler d'une opération humanitaire pour les Afghans.

Enfin, elle n'aura de signification à long terme que si elle débouche sur un réexamen par les Etats-Unis de leur dispositif d'alliance dans la région. Les cibles, diplomatiques cette fois, dont il est ici question sont connues. Elles s'appellent l'Arabie saoudite et le Pakistan, deux alliés de l'Amérique. Et deux pays qui nourrissent et appuient l'islamisme radical dont Ben Laden se veut le bras armé. Le dissident saoudien illustre à sa manière, explosive, les contradictions de la politique américaine dans la région. Il y a un lien, une chaîne de cause à effet entre l'extrémisme religieux de Riyad, le soutien d'Islamabad à des groupes islamistes terroristes, d'un côté, et, de l'autre, Ben Laden. C'est ce lien qu'il faut aussi briser.
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LES MENACES DE BEN LADEN

PORTRAIT

Mohamed Atta, un kamikaze si discret
Article paru dans l'édition du 09.10.01

Celui qui est présenté comme le chef présumé des pirates de l'air du 11 septembre n'était connu, jusqu'à cette date, que comme un étudiant égyptien très pieux. Son testament révèle un homme empreint d'un rêve fou de pureté   



    Qui peut dire qu'il connaissait Mohamed Atta ? Son père, prospère avocat du Caire qui, interrogé après la mise en cause de son fils, niait tout en bloc ? Ses amis d'enfance qui, au magazine américain Time, ont tous décrit un étudiant conformiste et timide, ne possédant aucune des qualités qui en auraient fait un terroriste déterminé. Son directeur de thèse à l'université de Hambourg, le professeur Dittmar Machule, qui parlait d'un « type extrêmement gentil, (...) croyant et réservé mais aussi hautement intelligent, réfléchi et poli » ? Ses voisins qui, avouant ne l'avoir que rarement croisé, ajoutaient l'avoir parfois aperçu priant avec d'autres hommes, ce qui était banal dans ce quartier de Hambourg où habitent une bonne partie des musulmans de la ville ?

Sans doute ses compagnons de suicide en savaient-ils un peu plus. Mais ceux-là sont morts à ses côtés, pulvérisés avec plus de cinq mille de leurs victimes dans les décombres des quatre avions que, le 11 septembre, ils ont détournés et lancés contre leurs cibles de New York et de Washington.

Mohamed Atta était apparemment insaisissable. Plus précisément : il avait compris que, pour être opaque, il faut être transparent, se fondre dans une banalité plus protectrice qu'un épais mystère. « Selon toute vraisemblance, Atta et ses complices se sont efforcés de ne rien faire qui puisse attirer l'attention de la police ou des services de l'immigration », expliquait le ministre de l'intérieur du Land de Hambourg, Olaf Scholz, deux jours après les attentats, alors que la « piste allemande » commençait à livrer ses secrets. « Il ne fréquentait ni les mosquées sensibles ni les réunions où on aurait pu le repérer », renchérissait auprès du Monde un responsable du ministère de l'intérieur.

Les enquêteurs qui, en Allemagne et aux Etats-Unis, poursuivent sa trace posthume en savent quelque chose : comme des centaines d'autres, Mohamed Atta figurait bien dans leurs dossiers, signalé au détour d'un fichier, mais jamais il n'était apparu comme un danger digne d'un examen plus approfondi. Depuis, sa photo s'étale sur tous les journaux du monde. Une de ces photos d'identité qui vous donne la mine patibulaire et la tête de l'emploi : visage glabre, menton carré, lèvres serrées, sourcils nourris. De la galerie de portraits publiés par le FBI après les attentats, celui de Mohamed Atta apparaît comme le plus sinistre, dépourvu de cette amorce de sourire qui éclaire parfois le visage de ses complices. Mao disait que la révolution n'est pas un dîner de gala. Mohamed Atta devait penser que le terrorisme planétaire n'est pas non plus un exercice de séduction.

Dans l'abîme où il a disparu, seules quelques rares certitudes demeurent, dont son état-civil complet - Mohamed Mohamed al-Amir Awad al-Sayed Atta, né le 1er septembre 1968 à Kafr el-Cheikh (Egypte) - et la profession de son père - avocat d'affaires. Ce dernier, défait, a expliqué à l'AFP que son fils, un garçon « qui, tout comme moi, n'a aucun lien avec la politique » ne pouvait pas être le terroriste dont le monde entier venait d'apprendre le nom. « Mon fils est plein de finesse, a-t-il dit en utilisant le présent, comme pour mieux se convaincre que Mohamed n'était pas mort. Il est aussi doux qu'une jeune fille. Il ne peut pas être impliqué. » Puis il a confirmé que son fils avait quitté l'Egypte en 1991 pour poursuivre en Europe des études d'urbanisme. « C'est moi-même qui l'y ai envoyé pour qu'il obtienne son doctorat et ne soit pas moins diplômé que ses deux soeurs, qui sont toutes les deux professeurs à l'université du Caire », a encore livré le père, fier d'une progéniture couverte de diplômes.

A l'âge de vingt-trois ans, Mohamed part donc pour l'Italie, puis pour l'Allemagne, avec mission implicite de ne pas en faire moins que ses deux soeurs si brillantes et peut-être si pesantes. A l'automne 1992, il est inscrit à l'université technique de Hambourg où, en août 1999, il obtiendra son diplôme d'urbanisme avec un mémoire consacré au développement urbain de la ville d'Alep, en Syrie. C'est à Hambourg qu'il fera la connaissance de l'un de ses complices, Ziad Amir Djarrah, vingt-six ans, sa quasi-réplique libanaise : même convictions islamistes inattendues et même famille de notables incrédules devant l'itinéraire d'un rejeton qui promettait tant. « Il buvait de l'alcool et il vivait en concubinage, ce que ne fait pas un islamiste », expliquera le père de Ziad Amir Djarrah, aussi effondré que celui de Mohamed Atta.

Le reste est plus fragile et plus contradictoire. Dans la seconde moitié de la décennie 1990, cet homme, que d'anciens étudiants de son amphi décrivent jusque-là exclusivement intéressé par ses études, ne parlant ni de politique ni de religion, se métamorphose en islamiste discret mais confirmé. Quand et comment a-t-il fait le saut, sous quelles influences ? Après un pèlerinage à La Mecque, comme l'avancent certains ? Après avoir pris conscience que son avenir professionnel et social ne serait, en Egypte, jamais à la hauteur de ses espérances, comme l'affirment d'autres ? Les enquêteurs n'en savent rien.

Assurée en revanche est, en janvier 1999, sa demande d'ouverture d'une salle de prières dans les locaux de l'université. « Il nous a dit qu'il ne pouvait pas étudier sans prier », expliquera, plus tard, un responsable administratif de l'université. Dans un pays où l'Etat lève un impôt annuel au profit des Eglises et où, à cause de l'histoire, toute religion minoritaire est a priori respectée, la requête n'a suscité aucune objection et le local a été immédiatement accordé. Lorsque les enquêteurs l'ont perquisitionné, après les attentats du 11 septembre, ils ont saisi un ordinateur qui, pensent-ils, aurait pu servir aux activités conspiratrices de Mohamed Atta.

Durant les dernières années de ses études, confient d'anciens condisciples, il est arrivé à Mohamed Atta de disparaître durant des mois, prétextant un voyage en Egypte pour voir sa famille, ou un déplacement en Syrie pour les besoins de sa thèse. A la lumière des épisodes suivants, ces voyages pourraient avoir pris une tournure moins innocente, prétextes à des périodes d'entraînement militaire dans des camps d'Oussama Ben Laden, comme plusieurs le suggèrent sans jamais le prouver. Plus tard, on le croisera à Prague, à Madrid ou ailleurs, commis voyageur du radicalisme islamiste chargé, dit-on, de rencontrer émules ou envoyés spéciaux de services secrets favorables à la cause. Un journal tchèque croit ainsi savoir qu'en 2000 Mohamed Atta a rencontré à Prague un diplomate irakien que l'on imagine trop facilement en train de concocter un mauvais coup. Mais, là encore, aucun élément solide ne conforte l'histoire.

Sa présence à Prague est cependant incontestable : c'est de là que, au printemps 2000, il débarque aux Etats-Unis pour prendre des cours de pilotage, comme plusieurs de ceux que l'on retrouvera dans les avions détournés. Un coup aérien est en préparation, même si les terroristes, qui ont les poches pleines de dollars pour payer leurs coûteuses leçons, semblent encore hésiter entre une attaque bactériologique et une collision sur des bâtiments à forte valeur symbolique.

La date de la décision finale est inconnue. Mais lorsqu'elle fut prise, Atta sut enfin qu'il allait mourir. Cinq ans plus tôt, le 11 avril 1996, il avait rédigé ses dernières volontés dont le texte a été retrouvé dans ses bagages retardés à l'aéroport de Boston, lors d'un changement d'avion. Ce testament, rédigé bien avant qu'il ne soit question de l'attentat, est sans doute le texte qui éclaire le plus la personnalité morbide de son auteur, tout entier mû par un inaccessible fantasme de pureté. Devant des témoins qui contresignent le document, Mohamed Atta n'a rien d'autre à léguer que quelques consignes tatillonnes pour conduire ses funérailles et préserver la propreté de son cadavre.

Pour son enterrement, auquel ne pourra assister aucune des personnes avec lesquelles il ne s'est pas réconcilié avant sa mort, il exige d'être revêtu de « vêtements neufs taillés dans du tissu blanc » ; « aucune femme enceinte ou personne impure » ne sera autorisée à lui faire ses adieux avant l'enterrement ; aucune femme ne devra y assister ni, plus tard, ne pourra venir pleurer sur sa tombe. « Celui qui lavera mon corps au niveau des parties génitales, précise-t-il encore, doit porter des gants afin qu'elles ne soient pas touchées. »

Ce texte d'un mysogine apeuré sera retrouvé à côté d'un autre, écrit par un auteur inconnu, qui détaille les consignes à respecter pour mener à bien la dernière mission ( Le Monde du 2 octobre). L'inspiration est identique à celle du testament de Mohamed Atta et le catalogue des instructions y est tout aussi méticuleux : réviser le plan, vérifier son arme, ajuster ses vêtements pour qu'ils couvrent les parties intimes du corps, prier, purifier son âme, laver son corps de toute souillure en l'épilant et en l'aspergeant d'eau de Cologne. Afin qu'il soit aussi lisse et parfumé que celui d'une femme, cet être inaccessible et mythique que l'on ne consent à rencontrer qu'au paradis.


GEORGES MARION
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NOUVEAUX EQUILIBRES

La diplomatie commerciale à l'appui des alliances
Les Américains reprennent en main les institutions financières internationales
Article paru dans l'édition du 09.10.01

Le FMI est prié de soutenir les alliés de la « croisade » antiterroriste   



    Le Fonds monétaire international (FMI) a vite été enrôlé dans la lutte contre le terrorisme. Outre le rôle qu'il peut jouer dans le démantèlement des réseaux financiers sur lesquels ces mouvements s'appuient, l'institution dirigée par Horst Köhler a été priée par ses actionnaires - et surtout le premier d'entre eux, les Etats-Unis - de soutenir les pays qui se rangent aux côtés de la coalition. Le 26 septembre, le Pakistan a ainsi bénéficié d'un nouveau prêt de 135 millions de dollars (146,9 millions d'euros), et des négociations en vue d'un nouveau rééchelonnement de son énorme dette de 38 milliards de dollars (41,3 milliards d'euros) s'ouvriront bientôt devant le Club de Paris qui réunit les créanciers publics.

Quelques jours auparavant, George W. Bush avait déjà annoncé la levée des sanctions liées à la reprise des essais nucléaires en 1998 et fait débloquer, cette fois-ci sur le budget américain, une aide de 50 millions de dollars (54,4 millions d'euros). Ce monnayage est une pratique courante et le président du Pakistan, Pervez Moucharraf, dont le pays est au bord de la banqueroute, sait qu'il a gros à gagner. C'est aussi certainement le raisonnement que font les républiques d'Asie centrale en se rangeant sans hésiter du « bon côté ». Lors de la guerre du Golfe en 1991, l'Egypte avait bénéficié d'un important allégement de dette. Quelques mois plus tard, le Maroc et la Jordanie avaient également été récompensés de leur loyauté à l'égard de la coalition anti-Saddam Hussein.

Cette « générosité » du FMI pourrait ne pas s'arrêter là. Quitte à discréditer définitivement le discours par ailleurs affiché par l'administration Bush depuis son arrivée au pouvoir. A ses yeux, en effet, le Fonds vole beaucoup trop facilement au secours de pays qu'elle juge souvent responsables - « par leurs mauvaises politiques économiques » - de leurs difficultés. Et ce au détriment des contribuables américains, qui, en partie, financent en bout de course ces multiples plans de sauvetage. Pourtant, à deux reprises au moins depuis un an, la gravité de la crise en Argentine et en Turquie, puis au Brésil, a obligé l'équipe Bush à mettre leurs revendications entre parenthèses. La dégradation brutale de la conjoncture internationale, dont les pays émergents seront les premières victimes, pourrait contraindre en effet le FMI à intervenir à nouveau. Et on imagine mal les alliés occidentaux, engagés dans le conflit en Afghanistan, prendre alors, en plus, le risque d'une crise financière.

STRATÉGIES DE DÉVELOPPEMENT

La vulnérabilité des pays en développement a été soulignée tant par le FMI que par la Banque mondiale. Celle-ci estime à 10 millions le nombre de personnes qui basculeront sous le seuil de pauvreté du fait du ralentissement de la croissance au lendemain des attentats et plus encore si les stratégies de développement sont compromises. Cette évaluation pose insidieusement une question qui, dans le contexte de relations extrêmement tendues entre la Banque mondiale et les républicains américains, prend tout son relief. Le rôle de la Banque mondiale, dont la mission première est de lutter contre la pauvreté, doit-il, alors, être renforcé ? Du point de vue américain, la réponse est clairement non. Les Etats-Unis jugent en effet très sévèrement le bilan de James Wolfensohn, le numéro un de la Banque, qu'ils accusent d'avoir trop mis l'accent, depuis cinq ans, sur les aspects sociaux du développement, au détriment de politiques centrées sur la croissance. La violence des attaques lancées contre ce dernier à la veille des événements indique sans ambiguïté que Washington souhaite son départ.

Cette analyse ne fait pas l'unanimité, en particulier en Europe. Publiquement, peu de responsables politiques se risquent à établir un lien direct entre pauvreté et terrorisme. La question est pourtant en filigrane dans les débats sur les causes profondes des attentats. En privé, certains de ces responsables admettent d'ailleurs « qu'il n'est pas possible à long terme de priver des milliards d'hommes de la prospérité, sans générer un terreau de violence ». Le directeur de l'Institut des relations internationales et stratégiques, Pascal Boniface, estime, pour sa part, que, « avec les événements du 11 septembre, l'illusion qu'il puisse exister un îlot de prospérité dans un océan de misère a vécu ». Cette conclusion préfigure-t-elle un réexamen des politiques d'aides et un effort financier accru des pays riches ? Impossible pour l'heure de trancher. L'attitude des Etats-Unis - qui parmi les pays riches est le plus faible donateur de l'aide au développement - sera déterminante. Et tout dépendra de la place qui sera faite à la notion de sécurité économique dans la réflexion globale qui est d'ores et déjà engagée entre les Etats sur les conditions d'un monde plus stable.


LAURENCE CARAMEL
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Tony Blair souligne trois axes d'actions, militaire, diplomatique et humanitaire
Article paru dans l'édition du 09.10.01   



A l'heure H, et au jour J, Tony Blair fut bien sûr au rendez-vous. Calme, grave et résolu, fidèle au personnage du « chef de guerre » convaincu de la justesse de son combat, qu'il incarne avec naturel lors de chacune de ses interventions publiques depuis le 11 septembre. Cinquante minutes après l'annonce par George W. Bush du déclenchement des opérations militaires en Afghanistan, le premier ministre britannique prenait la parole à son tour, dimanche soir, au 10 Downing Street, pour confirmer, détailler et justifier la participation de son pays à l'action de représailles entreprise moins de deux heures plus tôt contre Oussama Ben Laden et le régime de Kaboul.

Confirmant l'engagement des soldats britanniques aux côtés de l'armée américaine, Tony Blair a d'abord rendu un hommage rituel à ces forces, « qui sont parmi les meilleures au monde ». Puis il a réaffirmé qu' « il ne subsistait aucun doute » dans son esprit : les attentats anti-américains sont bien l'oeuvre du réseau Al-Qaida, soutenu par les talibans. « Ceux-ci avaient le choix entre la justice et la terreur. Ils ont choisi la terreur. »

D'où l'opération engagée dimanche 7 octobre, qui comporte, selon Tony Blair, trois éléments « d'égale importance » : militaire, diplomatique, humanitaire. L'action militaire visera « des endroits liés au réseau terroriste Al-Qaida » et « l'appareil militaire des talibans ». Elle a pris en compte « notre détermination de faire tout ce qui est humainement possible pour éviter des pertes civiles ». « Je ne peux pas révéler combien de temps durera cette opération, mais nous agirons avec discernement et détermination, a poursuivi Tony Blair. Nous avons fixé comme objectif de poursuivre les responsables des attaques, d'éradiquer le réseau terroriste de Ben Laden, et d'agir contre le régime des talibans qui le parraine. »

Qu'en est-il sur le terrain ? A la suite d'une demande faite mercredi dernier par le gouvernement américain, Tony Blair a autorisé « le déploiement d'un certain nombre d'éléments des forces armées britanniques » qui comprennent « la base de Diego Garcia, des appareils, notamment de reconnaissance, et des sous-marins lance-missiles. Les sous-marins lance-missiles sont en action cette nuit. L'appui aérien sera prêt à être utilisé dans les prochains jours ».

TROIS SOUS-MARINS BRITANNIQUES

Tony Blair n'a donné aucun détail d'ordre stratégique, mais trois sous-marins nucléaires britanniques sont actuellement dans la région : le Trafalgar, le Superb et le Triumph. Ils devaient initialement participer dans le sultanat d'Oman aux manoeuvres préparées de longue date et qui mobilisent quelque vingt-trois mille hommes. La base de Diego Garcia, au coeur de l'Océan Indien, se trouve sur une île de 44 km2 appartenant à l'archipel des Chagos et louée depuis 1975 par la Grande-Bretagne aux Américains. Point d'appui stratégique de l'aviation américaine, elle est régulièrement utilisée par les B-52.

Deuxième volet de l'action des alliés, la diplomatie. « Depuis que je suis premier ministre, a déclaré Tony Blair, je ne me souviens pas d'une situation pour laquelle une coalition ait obtenu aussi vite un aussi puissant soutien (...). Cette coalition s'est renforcée, et non affaiblie au cours des vingt-six jours écoulés depuis que cette atrocité a eu lieu. La stature d'homme d'Etat du président Bush n'y est pas pour rien. » Le chef du gouvernement britannique rendait ainsi la politesse au président américain qui l'avait qualifié devant le Congrès d' « ami le plus vrai » des Etats-Unis. Cette large coalition, estime M. Blair, résulte d'une prise de conscience internationale de la nécessité de combattre le terrorisme : « Le monde comprend que bien qu'il y ait des risques à agir comme nous le faisons, les risques de l'inaction sont beaucoup, beaucoup plus grands - la menace de davantage d'atrocités, les menaces sur nos économies, la menace sur la stabilité du monde. »

Tony Blair fut le premier à appeler de ses voeux une « coalition humanitaire ». C'est, selon lui, le troisième « front » de l'action déclenchée dimanche, un front sur lequel la Grande-Bretagne a déjà engagé 36 millions de livres (57,6 millions d'euros) et est prête « à faire davantage ».

Le premier ministre s'est ensuite adressé « plus directement » à ses compatriotes pour les persuader de l'importance des enjeux de la crise en cours. « N'oubliez pas que les attaques du 11 septembre représentent la pire atrocité terroriste commise contre des citoyens britanniques au cours de notre histoire. (...) Mais, même si aucun Britannique n'avait été tué, nous aurions le droit d'agir. Cette atrocité est une attaque contre nous tous. » Puis il a répété, notamment à l'intention de la communauté musulmane britannique, le message déjà cent fois martelé : « Ce n'est pas une guerre contre l'islam, religion pacifique et tolérante. »

Se voulant rassurant, M. Blair a souligné qu'il n'existait actuellement « aucune menace spécifique crédible » contre le Royaume-Uni. Ce qui n'a pas empêché Scotland Yard d'annoncer dans la soirée un renforcement du dispositif policier « dans des zones potentiellement vulnérables ». Le premier ministre a conclu sa déclaration en invoquant la dimension morale des opérations lancées dimanche : « C'est un moment extrêmement grave pour le monde. Aucun des dirigeants engagés dans cette action ne veut la guerre. Aucune de nos nations ne la veut. Nous sommes pacifiques. Mais nous savons que, parfois, pour défendre la paix, nous devons nous battre. La Grande-Bretagne a appris cette leçon de nombreuses fois dans son histoire. Nous ne le faisons que si la cause est juste. Cette cause est juste. »


JEAN-PIERRE LANGELLIER


"The pure and simple truth is rarely pure and never simple"
~Oscar Wilde

Hors ligne

 

#17 14-10-2007 03:38:54

Marc
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Le FBI enquête sur deux cas suspects d'anthrax en Floride
Article paru dans l'édition du 10.10.01

Dix-huit cas de la maladie du charbon seulement ont été recensés aux Etats-Unis pendant tout le XXe siècle. Deux ont été signalés en moins d'une semaine dans le comté de Palm Beach, où ont résidé la plupart des pirates de l'air auteurs des attentats du 11 septembre   



    L'image de Ben Laden affirmant, à l'ombre de son rocher, que l'Amérique ne serait plus jamais tranquille, prenait lundi 8 octobre une étrange résonance. New York, affirmait son maire, était placée en état d'alerte générale, des policiers surveillant le moindre carrefour, et la garde nationale patrouillant les aéroports, et filtrant tous les accès à la ville. Chicago faisait état d'un contrôle inédit, ses fameuses grandes tours, les Sears Towers, étant placées sous haute vigilance.

Dallas, Minneapolis, San Francisco annonçaient les mêmes exigences de sécurité. Mais voilà que l'inquiétude est venue de Floride et qu'entre deux images de tirs américains sur l'Afghanistan, CNN a glissé celles d'une longue file de personnes attentant devant le bureau de la santé du comté de Palm Beach, à Delray Beach, de passer devant un médecin afin de détecter leur éventuelle contamination par la bactérie du charbon. Deux hommes ayant travaillé dans le même bâtiment qu'eux avaient été exposés à cette bactérie mortelle, l'anthrax. Le premier était mort vendredi, le second hospitalisé à Miami. Le spectre du terrorisme bactériologique était bien là. Le ministre de la justice lui-même, John Ashcroft, ne le repoussait pas.

Si l'annonce du décès du photographe Robert Stevens, 63 ans, pour cause d'anthrax - 18 cas seulement ont été recensés aux Etats-Unis durant tout le XXe siècle, le dernier en Californie en 1976 - avait d'abord inquiété avant d'être qualifié par les autorités sanitaires de « cas isolé », la révélation, lundi, de l'hospitalisation d'un de ses collègues de bureau, un américano-cubain travaillant au courrier, a provoqué un grand choc dans le comté de Palm Beach, à quelque 200 km au nord de Miami. Ernesto Blanco, 73 ans, souffre officiellement de pneumonie, mais les tests ont montré qu'il avait lui aussi été exposé à la bactérie du charbon, dont on a d'ailleurs retrouvé des traces sur le clavier de l'ordinateur de Robert Stevens.

Le FBI a aussitôt ouvert une enquête et fait sceller le bâtiment d'American Media, à Boca Raton, qui abrite les bureaux de la plupart des tabloïds de supermarché, tels que The Star, The Globe, The National Enquire, et notamment The Sun, où travaillaient les deux victimes. Les trois cents employés du groupe ainsi que tous les visiteurs ayant passé au moins une heure dans ses bureaux depuis le 1er août ont été incités à se rendre le plus rapidement possible au centre de santé de Delray Beach afin d'y subir un test de dépistage et de se faire remettre des antibiotiques. Une ligne téléphonique d'urgence a également été ouverte pour répondre à toutes leurs questions.

Il se pourrait, a reconnu le ministre de la justice, que l'enquête en cours devienne « une enquête criminelle ». Il se pourrait, a aussi déclaré le porte-parole de la Maison Blanche, Ari Fleischer, que « le terrorisme » soit une explication possible. On n'en a encore aucune preuve. Mais le FBI prend l'affaire « très au sérieux, a indiqué de son côté Jeb Bush, gouverneur de Floride et frère du président. « C'est la nouvelle réalité. On a parlé de ces agents biologiques et chimiques comme parts de l'arsenal terroriste. Et que ce soit le cas ou non, il faut s'y préparer. Ce doit être une priorité bien plus grande que par le passé. »

Lundi soir, tandis que les employés d'American Media remplissaient un questionnaire concernant leurs antécédents médicaux, leur situation dans l'immeuble et leur fréquentation, ou non, de la salle du courrier et de la photothèque dans laquelle travaillaient les deux contaminés, des enquêteurs spécialisés, revêtus de combinaisons blanches étanches, se rendaient les bâtiments. L'urgence est d'identifier l'origine des bactéries et de déterminer comment les deux hommes ont été infectés. Le courrier ? Les bouches d'aération ? Un visiteur malveillant ?

Le journaliste enquêteur Michael Isikoff, du magazine Newsweek, indiquait dans la soirée sur CNN que le FBI recherchait activement un stagiaire d'été, originaire du Proche-Orient, dont le couriel d'adieu, à tous les employés, avait frappé par sa bizarrerie et l'évocation d'une « surprise » laissée derrière lui. D'autres salariés se rappellent aussi une lettre étrange arrivée peu avant le 11 septembre et contenant de la poudre blanche.

Tous les invités des chaînes d'information - experts, médecins, sénateurs - étaient en tout cas alarmistes. « Oui, déclarait notamment la sénatrice démocrate Jane Harman à Larry King, ce pourrait bien être le début d'une nouvelle attaque ». Aucun ne relevait cependant l'étrange coïncidence par laquelle Mohamed Atta, l'un des terroristes du 11 septembre, avait longuement fréquenté ce coin précis de Floride. L'aéroport dans lequel il a loué quatre fois un avion au mois d'août 2001 n'est situé qu'à un kilomètre et demi de la maison du photographe décédé. Et l'aérodrome dans lequel il s'était apparemment renseigné sur la location d'avions d'épandage est à une soixantaine de kilomètres de l'immeuble d'American Media...

Coïncidence ? Sur la liste des 19 pirates de l'air diffusée le 28 septembre par le FBI, six ont précisément comme « possible résidence », la localité de Delray Beach. Dès la mi-septembre, les enquêteurs étaient venus y recueillir les indices sur le passage des terroristes : saisie de disques durs d'ordinateurs à la bibliothèque, fouille de l'appartement haut de gamme du 5e tage du Delray Racquet club où habitaient Ahmed Al- Nami et Saeed Al- Ghamdi, recueil de témoignages dans le magasin de photo où Marwan Al-Shehhi avait loué une caméra vidéo le 27 juin...

Sans connaître l'existence d'un second cas d'anthrax en Floride, le New York Times du week-end consacrait son principal éditorial à la peur de cette maladie et de la variole. Inutile de se ruer préventivement vers les pharmacies, insistait-il. Judith Miller, journaliste du New York Times et coauteur de l'inattendu et nouveau best-seller « Microbes : les armes biologiques et la guerre secrète des Etats-Unis », n'en est pas moins submergée d'appels de lecteurs paniqués.


ANNICK COJEAN
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Retour sur la feuille de route des kamikazes
Article paru dans l'édition du 10.10.01

A la veille de leur opération- suicide contre New York et Washington, le 11 septembre, les pirates de l'air avaient en main un curieux texte de quatre pages, sorte de feuille de route du kamikaze, mêlant conseils pratiques et aide spirituelle. Ce manuscrit, rédigé en arabe classique, retrouvé en trois exemplaires sur les lieux du drame et publié avec l'aval du FBI (« Le Monde » du 2 octobre), soulève de nombreuses interrogations. Nous avons demandé à cinq spécialistes du terrorisme, des sectes et de l'islam de l'analyser. Il en ressort une série de dérives et d'adaptations incongrues du Coran, qui classent le groupe terroriste parmi les sectes   



    Fais le serment de mourir et renouvelle ton intention. Rase ton corps et passe-le à l'eau de Cologne. Douche-toi. »

La purification renvoie à la peur de la souillure, à l'idée que par des pratiques rituelles on peut se débarrasser du mal, le rendre extérieur à soi, n'être que pureté. Ce qui est recherché, c'est l'innocence, celle du bébé qu'on lave et du paradis perdu. Cette quête de l'innocence par des pratiques de purification est caractéristique d'une dérive sectaire. Et là, dans le contexte, ce dont on doit se débarrasser, c'est la faute de vouloir mourir, de le jurer. On est en plein paradoxe sectaire : la religion musulmane, comme tous les monothéismes, interdit le suicide. Là, il est imposé au nom de la religion : cette contradiction terrible doit être levée par la purification.

Anne Fournier, agrégée d'histoire, collaboratrice de la mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS), auteur de « La dérive sectaire » (avec Michel Monroy, PUF,1999). « Assure-toi de bien connaître tous les détails du plan, et attends-toi à la riposte, à une réaction, de l'ennemi. » Lis al-Tawba et Anfal, les chapitres guerriers traditionnels du Coran, réfléchis à leur signification et pense à tout ce que Dieu a promis aux martyrs. (...) » Prie pendant la nuit et persévère à demander à Dieu de te donner la victoire, le contrôle et la conquête, et de te rendre la tâche plus facile et de ne pas nous démasquer. » Pense à Dieu souvent, et la meilleure manière de le faire est, selon tous les érudits pour autant que je sache, de lire de Saint Coran. Il nous suffit qu'il [le Coran] soit la parole du Créateur de la Terre et des végétaux, Celui que tu connaîtras [le jour du Jugement]. » Purifie ton âme de tout ce qui est souillure. Oublie complètement ce qu'on appelle «ce monde-ci», la vie ici-bas. L'heure du jeu n'est plus, l'heure grave est sur nous. Combien de temps avons-nous perdu dans notre vie ? Ne faut-il pas profiter de ces dernières heures pour accomplir de bonnes actions et obéir ? »

Nous sommes en présence d'un processus de conditionnement opérant, destiné à déclencher un mécanisme presque pavlovien. Je pense qu'il y a eu vraisemblablement des répétitions préalables, un jeu symbolique. C'est comme ça que j'interprète la formule « l'heure du jeu n'est plus ». Le conditionnement s'est effectué à deux niveaux : un protocole guerrier ( « affûter le couteau » ) et un protocole mystique (réciter les sourates du Coran). Le texte décrit toute une série de rituels secondaires qui mécanisent l'action et sont destinés à perdre le terroriste dans les détails, pour lui éviter de commettre une erreur tactique et empêcher l'anxiété.

Docteur Jean-Marie Abgrall, psychiatre et criminologue, expert auprès de la Cour de cassation. « Bénis ton corps avec des versets du Coran (pour cela, on lit les versets entre les mains de quelqu'un, puis on frotte les mains au-dessus de ce qu'on veut bénir), et bénis les bagages, les vêtements, le couteau, bénis tes effets personnels, ta carte d'identité, ton passeport, et tous tes papiers. »

Ce qui surprend un peu, c'est cette bénédiction des objets, qui ne ressemble pas du tout aux pratiques en vigueur dans l'islam. Nous sommes en présence d'un ritualisme qui tient plus de la religion populaire, ou à la rigueur du soufisme, mais qui n'est pas salafiste. Le salafisme d'inspiration wahhabite a horreur de ce côté ritualiste, et de tout ce qui peut s'apparenter à des superstitions. On a l'impression d'une espèce de syncrétisme. Cela sonne un peu bizarre. On voit bien que les terroristes ont opéré un bricolage à partir de niveaux d'islam assez différents.

La purification du corps est une pratique plus classique, qu'on retrouve par exemple chez les activistes du Cachemire, mais beaucoup moins en Palestine. Au Cachemire, on se prépare pour la mort exactement comme pour un mariage. Avec de l'eau de Cologne par exemple.

Olivier Roy, islamologue, spécialiste de l'Afghanistan, auteur de « L'échec de l'islam politique » (Le Seuil, 1992). « Dis la prière du matin en commun et médite les grandes récompenses qu'elle donne. Dis ensuite les suppliques, et ne pars pas de chez toi sans avoir fait tes ablutions (car les anges demanderont ton pardon aussi longtemps que tu es en état d'ablution, et ils prieront pour toi). »

On voit manifestement une prétention d'utilisation, pour ne pas dire d'asservissement, des anges au projet destructeur que suggère la lettre des terroristes. Or le verset 12 de la sourate 8, cité plus loin, affirme formellement la subordination des anges à Allah et non pas aux hommes. Il s'agit même fondamentalement d'une attitude blasphématoire vis-à-vis des anges en islam que de les considérer comme subordonnés délibérément à l'homme ou au service de ses projets.

Mourad Faher, spécialiste du Coran, collaborateur régulier du site oumma.com « Dieu a dit : «Frappe au-dessus du cou, et à toutes les extrémités.» »

Il s'agit en fait d'une citation du verset 12 de la sourate 8 ( Le Butin ). Ce verset suggère l'intervention d'anges pour aider les musulmans contre la troupe ennemie pendant la bataille de Badr (624). Le verset 12 explique l'effroi des Mecquois devant les musulmans : « Et ton Seigneur révéla aux anges : «Je suis avec vous : affermissez donc les croyants. Je vais jeter l'effroi dans les coeurs des mécréants. Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts.» » Ce sont les anges dont il est question. La volonté de « mimer » les anges est une attitude blasphématoire.

Mourad Faher « Si tu massacres, ne cause pas de souffrances à celui que tu tues, car c'est une des pratiques du Prophète, paix sur lui. »

Ce mélange de compassion mélangée au crime est extrêmement choquant : il faut tuer, mais doucement... Le passage auquel il est fait allusion concerne en fait l'abattage d'un animal, pour le manger. Transposer cela pour des humains, c'est de la manipulation pure et simple. Dans toutes les citations, on trouve cette décontextualisation de la référence coranique. L'acte est commis au nom d'un idéal religieux, comme un acte qui plaît à Dieu, ce qui est d'une violence extraordinaire. C'est un discours anachronique, amputé de son contexte. Des sourates très circonstancielles sont appliquées au XXIe siècle, dans un contexte qui n'a rien à voir avec les circonstances de leur révélation. On peut malheureusement embrigader des jeunes dans cette lecture simpliste du Coran et des hadiths.

Tarek Oubrou, imam de la mosquée de Bordeaux, conférencier à l'Union des organisations islamiques de France (UOIF). « Que tu ne sois pas distrait par [illisible] et que tu ne délaisses ce qui est au-dessus, pour prêter attention à l'ennemi. Car ce serait trahir, et cela ferait plus de mal que de bien. Si cela arrivait, l'action en cours doit l'emporter, car l'action est une obligation, et le reste est un choix. Et l'obligation a priorité sur le choix. »

On retrouve là un mécanisme connu des groupes sectaires, où l'obéissance au gourou et au groupe devient la seule règle morale, la seule éthique possible, qui surpasse tout, même les règles morales communément admises. Cette injonction d'obéissance se retrouve partout dans le texte, et dans sa forme même. Il s'agit d'obéir à la lettre à ce qui est écrit là. Lié au thème de l'obéissance, le thème de la trahison et celui de la peur. Celui qui n'obéit pas est un traître. Traître à Dieu, traître à ses frères. On retrouve ce mécanisme de l'empêchement du doute par le jugement négatif du groupe, par la dévalorisation de celui qui serait incapable de faire ce que le groupe attend de lui. Dans ce texte, le groupe apparaît en filigrane sous le terme « frères ».

Anne Fournier « Si tu vois l'ennemi comme fort, souviens-toi des rassemblements, la coalition qui s'est formée pour combattre le prophète Mahomet. Ils étaient dix mille. Et souviens-toi que Dieu a donné la victoire à ses fidèles serviteurs. Dieu a dit : «Quand les fidèles ont vu les rassemblements, ils ont dit : «Voilà ce que Dieu et le Prophète ont promis et ils ont dit la vérité.» Cela n'a fait qu'augmenter leur foi.» »

Ce passage fait référence au verset 22 de la sourate 33 (Les Coalisés) : « Si tu vois l'ennemi comme fort, souviens-toi des rassemblements la coalition qui s'est formée pour combattre le prophète Mahomet. Ils étaient dix mille. Et souviens-toi que Dieu a donné la victoire à ses fidèles serviteurs. Dieu a dit : «Quand les fidèles ont vu les rassemblements, ils ont dit : «Voilà ce que Dieu et le Prophète ont promis et ils ont dit la vérité.» Cela n'a fait qu'augmenter leur foi.» »

Une coalition mecquoise s'était formée contre les musulmans de Médine en l'an 5 de l'hégire (627 ap. J.-C.). Elle se dirigea vers Médine pour réprimer définitivement les musulmans. Cette armée, évaluée à 10 000 hommes, 600 chevaux et des chameaux, était sous le commandement d'Abou Soufyân ibn Harb. Un esclave persan qui faisait partie de l'armée musulmane, conseilla de creuser une tranchée, technique non utilisée habituellement par les Arabes, pour entraver l'assaut des coalisés. Un fossé fut creusé en six jours, d'où le nom de « bataille du Fossé ». Les troupes d'Abou Soufyân ne purent franchir cet obstacle. La bataille du Fossé fut une victoire défensive pour les musulmans. La conclusion à en tirer est double : d'abord cette victoire contre les coalisés fut proprement défensive et non pas offensive, comme en témoigne d'ailleurs le verset 25 de la sourate 33 : « Et Allah a renvoyé, avec leur rage, les infidèles sans qu'ils n'aient obtenu aucun bien, et Allah a épargné aux croyants le combat. Allah est Fort et Puissant. »

Ensuite, Salmân al-Farisî était chrétien, et même si l'on veut admettre qu'il se convertit volontiers et de bonne foi à l'islam pour ne contrarier aucun théologien, il n'en reste pas moins que c'est un chrétien qui sauva Médine et les musulmans à cette occasion ! Donc invoquer l'épisode des coalisés pour combattre l'Occident est pour le moins incongru.

Mourad Faher « Si tout va bien, chacun de vous tapera sur l'épaule de l'autre, confiant que (M) et (T) dénombrent (K). Rappelle à tes frères que cet acte est pour le Tout-Puissant. Ne les trouble pas et ne les distrais pas. Dieu leur annoncera les heureuses nouvelles et les apaisera, et les encouragera et Il les fera se souvenir de lui. Il est beau que quelqu'un lise ces paroles de Dieu : «Et ceux qui préfèrent la vie après ce monde devront se battre pour l'amour de Dieu.» Ainsi que Ses paroles : «Ne croyez pas que ceux qui sont tués pour l'amour de Dieu sont morts ; ils sont vivants...» Et d'autres encore. Ou bien ils entonneront des chants pour se donner du courage, comme les premières générations pieuses l'ont fait dans les affres du combat, pour apporter le calme, la paix et la joie dans le coeur de leurs frères. »

Il y a une gradation dans les sourates. Plus on avance, plus elles sont nombreuses. Et plus la sourate devient précise et impliquante. Chacune agit comme un déclencheur d'action, mais d'une action minime. Et c'est la somme de ces actions qui va conduire à l'attentat. Chaque sourate agit un peu comme un verrou anti-retour. A la phase 3, le terroriste est porté par un système autoconditionné. La personne s'entoure d'une aura mystique qui se déplace avec elle. Elle entre dans une vision prophétique et sacrificielle.

Jean-Marie Abgrall


PROPOS RECUEILLIS PAR XAVIER TERNISIEN
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La psychose d'attaques bioterroristes se répand en Floride
Article paru dans l'édition du 11.10.01

Alors que le FBI poursuit son enquête, les scientifiques semblent persuadés que seule une intervention humaine a pu provoquer les deux cas d'anthrax signalés dans le comté de Palm Beach. Plus d'un millier de personnes ont été soumises à des tests   



    Criminelle ou naturelle ? La réponse définitive du FBI prendra peut-être du temps, mais la communauté scientifique semble déjà persuadée que seule une intervention humaine peut expliquer la présence de spores d'anthrax dans un immeuble de Floride et la contamination d'au moins deux personnes.

La prudence est certes recommandée par tous les chercheurs et médecins interviewés heure après heure par les télévisions américaines. Mais aucun d'eux ne trouve d'explication plausible à l'existence de ces deux cas, révélés à quelques jours d'écart, et touchant deux hommes travaillant dans le même édifice et pour la même société, American Media.

Le premier, Robert Stevens, un photographe du Sun de 63 ans, est décédé vendredi 5 octobre de la maladie de l'anthrax. Le second, Ernesto Blanco, 73 ans, chargé du courrier dans le même journal, était hospitalisé le jour même, testé positif sans avoir toutefois développé encore la maladie. « Il y a une chance sur un milliard de rencontrer deux cas d'anthrax », estime le directeur du contrôle sanitaire, au département de la santé de Floride. Quant aux chances de contamination naturelle « elles vont de zéro à aucune », a déclaré le sénateur de Floride, Bob Graham, après s'être entendu avec Jeffrey Koplan, directeur du centre de contrôle et de prévention des maladies d'Atlanta, qui enquête sur les deux cas.

La journée de mardi a donc vu défiler sur les antennes tout ce que l'Amérique compte d'experts en maladies rares et en santé publique, en bioterrorisme et en défense du territoire. Aux bataillons de soldats marchant d'un même pas vers le combat, CNN ou MSNBC avait substitué les images de bataillons de microbes, grossis au microscope, et décidément plus menaçants. Le logo « Terrorisme biologique » barrait tous les écrans.

CLAVIER D'ORDINATEUR

On ne s'étonnait plus, dès lors, d'une série d'informations témoignant d'un début de panique de la population. Même si un médecin de Virginie avait d'ailleurs récusé, mardi matin, l'éventualité d'un troisième cas d'anthrax chez un de ses patients, employé dans le même groupe de presse et inquiet de se découvrir des symptômes de la maladie. De fausses alertes ont dérangé plusieurs dizaines de fois les pompiers de la région de West Palm Beach, où est installé American Media. Des banques, des magasins, des particuliers croyaient percevoir sur des objets divers une poudre ou une matière suspectes. Les autorités sanitaires se sont plusieurs fois déplacées pour diagnostiquer de la poussière, et les politiques ont prié instamment la population de garder son sang froid.

Dans les locaux des journaux d'American Media, les hommes du FBI mènent une enquête minutieuse afin de déterminer comment la bactérie, détectée notamment sur le clavier de l'ordinateur du photographe, a pu pénétrer dans le bâtiment. Tous les employés ont été soumis à un questionnaire sur les mouvements et habitudes de l'entreprise, les visiteurs, ouvriers et employés temporaires. Les enquêteurs auraient même demandé les codes personnels des ordinateurs afin d'examiner les archives et courriels. Les paquets et lettres ayant pu être tenus par les deux hommes contaminés par l'anthrax sont particulièrement contrôlés. Le système de ventilation est minutieusement testé.

Un stagiaire, qui avait laissé un étrange message d'adieu au personnel, éveillant ainsi les soupçons, a été interrogé par le FBI au domicile de ses parents et aussitôt disculpé. Il devra, ainsi que onze de ses camarades, se soumettre aux tests imposés à tous les employés du groupe et à leurs visiteurs. Un bon millier de personnes au total, qui se disent inquiètes, mal informées, et mécontentes qu'il ait fallu attendre cinq jours après la déclaration du premier cas pour fermer le bâtiment.

Après avoir subi un prélèvement nasal, chacune d'entre elles se voit remettre des antibiotiques pour une durée de quinze jours, après quoi il incombera à leur médecin de leur prescrire le même traitement pendant quarante-cinq jours. Des tests sanguins devront être réalisés la semaine prochaine. Mardi soir, de nombreux pharmaciens de Floride mais aussi de New York affirmaient avoir vu leurs stocks d'antibiotiques « dévalisés ». « Cette affaire reste une source de préoccupation mais il n'y a pas d'éléments nouveaux », a affirmé mardi le porte-parole de la Maison Blanche.

Malgré le soin mis par les enquêteurs à retracer l'histoire récente du photographe décédé, ses loisirs et voyages, aucune piste n'apparaît. Pas plus, pour le moment, que du côté des terroristes, dont la présence près de West Palm Beach, peu de temps avant les attentats du 11 septembre, est une bien étrange coïncidence. Le FBI dit n'avoir retrouvé sur les objets ou bagages ayant appartenu à plusieurs d'entre eux aucune trace suspecte. Mais il examine la liste des abonnés aux tabloïds d'American Media, deux noms étant apparemment similaires à ceux de deux des pirates de l'air.

TROUVER LE SOMMEIL

Beaucoup de familles se disaient, mardi soir, incapables de trouver le sommeil en attendant le résultat des tests. Le New York Times, pourtant, trouvait plusieurs raisons d'être rassuré.

D'abord, observait-il dans un éditorial, parce que le danger semblait relativement restreint : soit parce que le travail avait été mal fait, soit parce que le but n'était pas un crime de masse. Ensuite parce que la réponse du système médical, prompt à diagnostiquer l'anthrax, avait été adaptée. Preuve que « l'arme la plus efficace contre la menace du bioterrorisme est un système fort de santé publique ».


ANNICK COJEAN
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Accusée d'incurie, la CIA développe sa ligne de défense
Article paru dans l'édition du 11.10.01

Selon le « New York Times », l'agence américaine avait, avant le 11 septembre, des éléments qui auraient dû attirer l'attention surtout s'ils avaient été mis en commun avec ceux d'autres services. Son directeur appelle à « mettre fin aux chamailleries »   



    DEPUIS les attentats du 11 septembre, les informations filtrent goutte à goutte sur ce qu'aux Etats-Unis « beaucoup, écrit le New York Times, considèrent comme la pire défaillance du renseignement depuis Pearl Harbor ». Première visée, la Central Intelligence Agency (CIA), accusée de n'avoir rien vu venir ( lire aussi page 16 ). Aussi l'organisme chargé de la sécurité extérieure et son directeur, George Tenet, cherchent-ils à parer les coups, usuellement en dérivant l'attention sur les défaillances... du FBI, chargé de la sécurité intérieure, ainsi que des autres organes dédiés à la lutte antiterroriste. Le quotidien new-yorkais donnait, en une, une large place à la « ligne de défense » de la CIA, dans sa dernière édition dominicale. Laquelle livre une série d'informations intéressantes. « Avec le recul, apprend-on, il est clair que la CIA, le FBI et les autres agences [de renseignement] détenaient des informations fragmentaires mais significatives qui, dans l'idéal, auraient dû susciter l'alerte, si elles avaient été mises en commun et rapidement échangées. » En particulier, la CIA « avait intercepté une série de communications et détenait d'autres indications selon lesquelles Al-Qaida ['organisation d'Oussama Ben Laden] pourrait planifier une opération d'envergure ». « Les analystes américains du contre-terrorisme concluaient qu'une attaque pourrait intervenir aux alentours de la fête du 4 juillet [Independence Day], probablement contre des intérêts américains à l'étranger. » La date passée sans que rien ne survienne, certains « officiels » américains « en conclurent que ce qui avait été mis en route avait dû être d'une manière ou d'une autre perturbé ou avorté ».

Cependant, assure le New York Times, « en août » (sans plus de précision) « la CIA remit un nouveau rapport aux principaux décideurs de la Maison Blanche, du Pentagone [ministère de la défense] et du département d'Etat [affaires étrangères], d'où il ressortait que « Ben Laden et ses réseaux voulaient effectuer des frappes aux Etats-Unis » mêmes. « C'était plus un document de fond, déclare au quotidien un «haut responsable des services secrets» américains. Personne n'a lu ce rapport et n'en a conclu : attention, ils arrivent. » Autres avertissements : les informations fournies par la CIA et les services de renseignements français sur Zacarias Moussaoui, citoyen français arrêté le 17 août aux Etats-Unis et désormais suspecté d'être le terroriste manquant sur le vol de United Airlines qui s'est écrasé le 11 septembre en Pennsylvanie. Ces informations ne signalant pas de lien du suspect avec Al-Qaida, « la direction du FBI (...) décida de ne pas ouvrir d'enquête criminelle [et donc de l'interroger] à son encontre ». Enfin, la CIA aurait demandé aux services de l'immigration, fin août, de placer sur leur liste de suspects Khalid Almidhar et Nawaf Alhazmi, supposés avoir été dans l'appareil qui s'est écrasé sur le Pentagone. Ces services ayant indiqué que les deux hommes se trouvaient déjà sur le territoire américain, le FBI reprit le dossier, mais s'avéra incapable de les localiser jusqu'à leur montée dans l'avion.

Selon le New York Times, le directeur de la CIA, George Tenet, aurait remis le 16 septembre un « mémorandum » aux « hauts responsables de la CIA et des autres agences de renseignement ». Intitulé « Nous sommes en guerre », il leur dit qu'il « est temps de mettre immédiatement fin à leurs chamailleries et de combiner leurs efforts ». En particulier, les organes de renseignement doivent avoir « le pouvoir de faire des choses qu'ils ne seraient pas autorisés à faire en temps ordinaires ». Le « message implicite » de ce texte est que la bureaucratie a envahi tous les organes américains de sécurité. Désormais, « si vous êtes confrontés à un quelconque obstacle bureaucratique, sautez par dessus », conclut M. Tenet.


SYLVAIN CYPEL
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L'anthrax, maintenant ?
Article paru dans l'édition du 12.10.01   



    UN MOIS, jour pour jour. New York enterre ses morts, ou plutôt la pauvre mémoire de ses morts qui ne sont plus que poussière. La nuit dernière, l'aviation américaine a bombardé plus rudement encore qu'elle ne l'avait fait précédemment des objectifs à Kaboul et Kandahar notamment. Le FBI a diffusé sur son site Internet les fiches signalétiques des 22 terroristes « les plus recherchés ». Fiches accompagnées de cette mention de pure routine, car on s'en serait douté un peu, « attention ces hommes sont armés et dangereux ». Accompagnées aussi, comme il convient à ce type de fiche, des multiples alias et surnoms, le « Directeur », le « Prince », le « Docteur ».

Un mois jour pour jour. Et voici que dans ce tourbillon de nouvelles, l'actualité qui ne laisse guère de temps au bilan et au recueillement s'est déplacée vers un autre potentiel front, une autre possible cible, et, disons-le, une autre forme de terreur : une éventuelle attaque bioterroriste. Une dépêche, en provenance de Floride ce matin, rapporte une annonce faite par le porte-parole du procureur de Miami : la découverte d'un troisième cas de contamination par la bactérie du charbon. Après la mort vendredi dernier d'un premier malade, Roberto Stevens, l'hospitalisation d'un second, Ernesto Blanco, en début de semaine, un troisième cas d'anthrax donc.

C'est beaucoup. C'est trop. Et, s'accordent à dire tous les spécialistes de ces questions, cela ne peut relever du hasard ou d'une propagation accidentelle de la bactérie. D'ailleurs, a précisé le porte-parole : l'enquête (sur ces trois cas) est maintenant considérée comme criminelle.

Nous y voici donc : l'anthrax, ce charbonneux cavalier de l'apocalypse, cette arme qui, à ce que l'on a lu, serait à à la portée du premier bioterroriste venu dès lors qu'un peu expérimenté, a fait son entrée dans cette folle époque. Action terroriste vraiment ? Nul n'en a encore la preuve. Chacun en a la crainte. Et voici que les alertes à l'anthrax, vraies, fausses, ennemi sanitaire numéro 1 et invisible vecteur de terreur, se multiplient. Que, partout aux Etats-Unis, des alertes à la poudre blanche et mystérieuse reçue sous enveloppe, y compris au département d'Etat, sont signalées aux autorités.

L'anthrax est là. Comme une réalité, dans les locaux de ce groupe de presse people de Boca Raton, où travaillaient les trois victimes. Comme une réalité dans les bureaux des journaux, le Globe, le National Enquirer, le Sun, autant de tabloïds canonnant en les termes les plus triviaux l'abominable Ben Laden. Comme une réalité aussi et déjà une crainte de conviction quand on sait que plusieurs des auteurs des attentats du 11 septembre habitèrent à proximité et que selon le FBI deux d'entre eux auraient été abonnés à ces publications.

L'anthrax est là. Mais il est aussi partout, désormais, comme une phobie et déjà une terreur, une course aux antibiotiques, y compris, consigne a été donnée, dans les ambassades américaines. Une course aussi aux symptômes, aux fantasmes peut-être, à la terreur sûrement. L'anthrax est là. Comme déjà une possible et effrayante suite de l'histoire.


PAR PIERRE GEORGES


"The pure and simple truth is rarely pure and never simple"
~Oscar Wilde

Hors ligne

 

#18 14-10-2007 03:45:05

Marc
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Terrorisme : alerte à l'anthrax aux Etats-Unis
Article paru dans l'édition du 12.10.01

. Un troisième cas de maladie du charbon détecté en Floride . Le FBI ouvre une enquête criminelle . Washington demande à ses ambassades de s'équiper en antibiotiques . En Afghanistan, les frappes s'intensifient . Elles préparent l'intervention d'hélicoptères de combat et des attaques au sol   



    OMMAIRE

La menace bioterroriste et l'enquête : Un troisième cas d'anthrax a été identifié en Floride. Il touche, comme les deux précédents, une personne qui travaillait dans un immeuble où sont installés des journaux tabloïds. Les Etats-Unis ont demandé à leurs ambassades et consulats de se procurer des antibiotiques efficaces contre la maladie du charbon. Un mois après les attentats du 11 septembre, la vie reprend dans le quartier dévasté du World Trace Center. En France, le plan contre le bioterrorisme est en place ; le Sénat votera les mesures du gouvernement destinées à assurer la sécurité du pays.

Le FBI publie une liste de vingt-deux terroristes présumés. Arrestations en Egypte et à Rome dans les milieux islamistes. Portrait de Mohammed Atef, qui apparaît comme le stratège des attentats du 11 septembre contre New York et le Pentagone.

Les frappes sur l'Afghanistan : Les bombardements se sont intensifiés mercredi, visant notamment Kandahar, fief du chef des talibans, le mollah Omar. Les avions américains ont utilisé pour la première fois une bombe à forte pénétration, de 2,5 tonnes. L'Alliance du Nord attend de marcher sur Kaboul.

Quelle stratégie militaire ? Des sources au Pentagone laissent entendre que les bombardements aériens vont être suivis de l'intervention d'hélicoptères de combat, puis d'attaques surprises au sol. Les scénarios pour la deuxième phase. La Grande-Bretagne estime que cette pression militaire doit aboutir à un changement de régime à Kaboul.

Horizons : trois points de vue sur les aspects politiques et économiques de la crise. Analyses.
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PORTRAIT

Mohammed Atef, stratège apparent du 11 septembre
Article paru dans l'édition du 12.10.01

Ce spécialiste des opérations secrètes complète la troïka

du réseau Al-Qaida
   



    L'AUSTÈRE CHEF MILITAIRE du réseau islamiste Al-Qaida doit sa notoriété à trois apparitions filmées. Sur la vidéo diffusée par la chaîne Al-Jazira, dimanche 7 octobre, après les premières frappes américano-britanniques sur l'Afghanistan, Mohammed Atef est le seul des quatre responsables islamistes à ne pas prendre le micro. Tandis qu'Oussama Ben Laden prêche le djihad contre l'Amérique, que l'idéologue Ayman Al-Zawahri stigmatise la politique étrangère des Etats-Unis et que le porte-parole Soleiman Abou Ghaith enflamme les troupes, Mohammed Atef braque les yeux vers le sol. Le guerrier paraît plongé dans la méditation. Au même moment, par une série de propos distillés « off the record » dans la presse anglo-saxonne, des officiels américains font savoir que Mohammed Atef aurait joué un rôle majeur dans les attentats du 11 septembre.

Si l'on en croit ces confidences des services de renseignement américains, Mohammed Atef serait en effet l'homme visé par le premier ministre britannique Tony Blair, dans le document qu'il a présenté le 4 octobre à la Chambre des communes ( Le Monde du 9 octobre) : « Depuis le 11 septembre, nous avons appris que l'un des plus proches et plus anciens associés de Ben Laden était responsable de l'organisation détaillée des attaques du 11 septembre », avait souligné M. Blair, sans citer de nom ni de preuves. Des accusations qui renvoient aux précédents clichés illustrant la carrière guerrière de Mohammed Atef.

Un deuxième film le montre proche d'Oussama Ben Laden. Il saisit le bonheur d'un mariage, en février à Kandahar, qui unit un peu plus les deux compagnons d'armes. Ce jour-là, le chef militaire marie sa jeune fille à l'un des fils du guide suprême d'Al-Qaida. Dans un poème lu devant l'assistance, ce dernier vante le succès de l'attentat-suicide contre le destroyer américain USS Cole, qui a fait dix-sept morts en octobre 2000 à Aden (Yémen). La scène est filmée par Al-Jazira, qui avait déjà suivi les fiançailles des jeunes gens. Au mariage apparaît encore, en invité d'honneur, l'homme qui complète le trio dirigeant d'Al-Qaida, l'Egyptien Ayman Al-Zawahri.

Le troisième portrait célèbre de Mohammed Atef figure sur une fiche de recherche du département d'Etat américain. Sur cette photographie, la barbe du combattant n'est pas encore blanchie par les ans. Diffusé à la fin de 1998, le document le présente comme « le second d'Oussama Ben Laden dans le commandement de l'organisation terroriste Al-Qaida. Il a été inculpé pour son rôle présumé dans les attentats du 7 août 1998 contre les ambassades des Etats-Unis à Dar es-Salam (Tanzanie) et Nairobi (Kenya) ». La tête du justiciable, cité dans un long réquisitoire du procureur fédéral américain Mary Jo White, le 4 novembre 1998, pour les attentats contre les ambassades, est alors mise à prix - 5 millions de dollars - par le FBI.

CHARGÉ DU RECRUTEMENT

De nationalité égyptienne, né à Qena (en Haute-Egypte) à une date imprécise, Mohammed Atef a longtemps préféré les coulisses. Il a commencé sa carrière comme policier dans son pays. Puis il est devenu membre du Djihad islamique égyptien, où il a servi sous les ordres de Ayman Al-Zawahri. Parti affronter les mécréants soviétiques en Afghanistan, il aurait été alors présenté par Al-Zawahri à Oussama Ben Laden. Méthodique et versé sur l'opérationnel, il a été chargé ensuite du recrutement des volontaires du djihad venus combattre en Afghanistan et de leur formation militaire dans les camps de Ben Laden.

Spécialiste des opérations secrètes, il possède plusieurs alias (Abu Hafs Al-Masri, Cheikh Taseer Abdallah, Sobhi Abou Sitta,..). Mais la lumière l'a définitivement rattrapé, le 25 septembre, quand son nom est apparu sur la liste des vingt-sept individus et organismes cités par le président américain George Bush pour leur implication présumée dans les attentats du 11 septembre.


ERICH INCIYAN
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Ayman Al-Zawahri, le « cerveau » de Ben Laden
Article paru dans l'édition du 12.10.01

Médecin et poète, descendant d'une famille égyptienne respectée, le docteur Ayman Al-Zawahri est devenu l'idéologue et le stratège d'Oussama Ben Laden. Un reporter du « Los Angeles Times » raconte le parcours de cet esprit brillant qui fut l'un des organisateurs des attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie   



    LE docteur dirigeait jadis une clinique médicale prospère dans ce quartier opulent où se succédaient les villas somptueuses et les galeries d'art à la mode. Cet homme, très érudit, poète et chirurgien accompli, diplômé d'un lycée privé très sélect, est un descendant de l'une des familles égyptiennes les plus respectées. C'était il y a longtemps, quand le monde semblait moins menaçant, quand le docteur pensait plus à soigner qu'à haïr. Aujourd'hui, Ayman Al-Zawahri est l'homme le plus recherché du monde après Ben Laden.

Cet Egyptien de cinquante ans est, en effet, considéré comme le principal assistant d'Oussama Ben Laden. Au début de l'année, on a même parlé de lui comme du prochain chef du réseau terroriste Al-Qaida, quand des témoignages ont rapporté que Ben Laden souffrait d'une maladie des reins. D'après ses amis, sa famille et les spécialistes du terrorisme, Al-Zawahri, esprit brillant et énergique, fournit une grande partie du fondement idéologique et stratégique de la guerre de Ben Laden contre l'Occident. Il apporte aussi son expérience. Les antécédents terroristes d'Al-Zawahri remontent à plus de vingt ans. Il a été condamné à mort en Egypte pour son rôle de chef du Djihad islamiste égyptien, groupe terroriste responsable de l'assassinat en 1981 du président Anouar Al-Sadate. Al-Zawahri a été accusé d'être l'un des principaux organisateurs des bombardements des ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, en 1998. Interpol a récemment émis un mandat d'arrêt international le concernant. Sa longue et lente ascension illustre l'évolution idéologique du combat des fondamentalistes islamistes. Sous sa direction, les groupes fondamentalistes sont passés de l'attaque de gouvernements arabes prétendument corrompus à celle de civils sur le sol américain.

Son parcours constitue également une mise en garde contre les difficultés qui attendent les Etats-Unis embarqués dans la guerre contre le terrorisme. Le sentiment anti-américain chez les principaux partisans de Ben Laden est profondément ancré. L'éradiquer ne sera pas facile. Ni rapide. « Les sentiments d'hypocrisie et d'absence de justice, de démocratie et de liberté - voilà ce qui provoque la colère. Ça vous rend amer contre tout le monde », dit un camarade de classe d'Al-Zawahri, ami de la famille qui, pour des raisons de sécurité, veut garder l'anonymat. « Vous devenez détestable pour tout le monde. » Al-Zawahri est né au Caire en 1951 dans une famille de médecins et d'érudits. Son grand-père était le grand imam d'Al-Azhar au Caire, l'une des mosquées les plus importantes du monde arabe et l'un des centres de la pensée de l'islam. L'un de ses grands-oncles a été le premier secrétaire général de la Ligue arabe. Un autre grand-oncle est l'un des chefs d'un important parti d'opposition en Egypte. Al-Zawahri s'est engagé très jeune dans la Fraternité musulmane, groupe non-violent qui voulait la création d'une nation islamique unique constituée par les Etats arabes.

En 1954, le gouvernement égyptien a interdit le groupe, dans lequel il voyait une menace contre l'Etat. Dans les années qui ont suivi, des centaines de partisans ont été emprisonnés. Beaucoup ont été torturés, puis exécutés. En réponse aux mesures de répression, le Djihad islamiste égyptien a été créé en 1973, dans le but de renverser par la violence le gouvernement laïque égyptien en assassinant des personnalités de haut rang. « Toute action provoque une réaction contraire, dit Fahim Huweidi, journaliste à Al-Ahram, le journal semi-officiel égyptien. Les années pendant lesquelles leurs pères et les membres de leur famille ont été torturés, pendus et jetés en prison leur ont servi de leçon. » Le groupe a connu son plus grand succès en 1981 ; plusieurs membres du Djihad déguisés en soldats ont tiré sur Sadate et l'ont tué au cours d'une parade militaire. Al-Zawahri a été pris lors des arrestations massives qui ont suivi et accusé de conspiration. Les reportages de la télévision au début des procès donnent une idée de son rôle croissant de leader. Al-Zawahri comparaissait avec d'autres conspirateurs ; ils dénonçaient avec colère le gouvernement. Ils se sont tus quand il s'est mis à parler derrière les barreaux, dans une cellule remplie d'autres accusés. « Nous sommes des musulmans et nous croyons en notre religion, a-t-il crié aux caméras, en anglais, avec un fort accent. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour fonder un Etat islamiste et une société islamiste. » Après sa libération en 1984, Al-Zawahri a ouvert une clinique dans la banlieue du Caire, à Maadi, quartier préféré des bureaucrates britanniques à l'époque coloniale et aujourd'hui centre de la communauté américaine expatriée. Il y soignait des patients issus des familles égyptiennes les plus riches et s'occupait de sa propre famille. Son grand-oncle Mahfouz Azzam, vice-président du Parti travailliste d'opposition et avocat à la cour pénale, l'a décrit comme un père de famille dévoué à sa femme et ses enfants. « C'est un homme convenable. Il a toujours été affectueux. Jamais de sa vie, il n'a provoqué une dispute avec quelqu'un. C'était un très bon père de famille, très poli et très sensible. »

Al-Zawahri n'est pas resté longtemps en place. Il a quitté sa clinique vers 1985 pour rejoindre l'organisation du Croissant-Rouge ; celle-ci soignait les guérilleros soutenus par les Etats-Unis qui combattaient l'Union soviétique en Afghanistan. Azzam a raconté qu'il est rentré une fois, puis qu'il est reparti en 1986 et n'est jamais revenu. « Plus personne de la famille n'a eu de ses nouvelles depuis », a dit Azzam. C'est en Afghanistan et au Pakistan, tandis qu'il travaillait dans des conditions primitives (son oncle a dit qu'Al-Zawahri devait stériliser les blessures avec du miel), qu'il a apparemment rencontré Ben Laden ; celui-ci recrutait et organisait les guérilleros. Les deux hommes étaient riches. Ils étaient tous deux issus de familles connues dans leurs pays d'origine. Ils avaient tous deux fait leurs études dans des écoles privées de premier ordre.

Leur amitié s'est renforcée sur les champs de bataille d'Afghanistan et dans les villes frontières du Pakistan. C'est à cette époque, à la fin des années 1980 et au début des années 1990, qu'Al-Zawahri a apparemment consolidé son idée d'exporter et d'étendre le terrorisme. Il a persuadé Ben Laden de la nécessité d'une action armée pour établir un Etat islamiste dans d'autres pays musulmans. Un complice a raconté à Al-Sharq al-Awsat, le journal influent à capitaux saoudiens de Londres, qu'Al-Zawahri acquérait une influence importante sur Ben Laden. Al-Zawahri était pour Ben Laden « ce que le cerveau est au corps », a dit à ce journal Muntasir Zayyat, avocat qui a défendu Al-Zawahri, accusé de terrorisme en Egypte en 1999. Un tribunal militaire a condamné Al-Zawahri à mort lors de ce procès. « Il a réussi à remodeler la pensée et la mentalité de Ben Laden et à faire de lui, au départ simple partisan du djihad afghan, quelqu'un qui croit à l'idéologie du djihad et qui l'exporte », a dit Zayyat.

Au début des années 1990, Al-Zawahri travaillait d'arrache-pied à développer les ressources et la portée du Djihad islamiste égyptien. Il utilisait de fausses identités et voyageait dans toute l'Europe. En 1991, il a fait au moins un voyage en Californie pour trouver des fonds. Sous la fausse identité du Dr Abdel Muez, Al-Zawahri a visité trois mosquées en prétendant collecter de l'argent pour les veuves, les orphelins et les réfugiés afghans. En 1993, il a été chassé du Pakistan par le gouvernement de Benazir Bhutto, selon Yasser Serri, militant islamiste à Londres, condamné à mort en Egypte pour son rôle présumé dans une tentative d'assassinat manquée du Djihad en 1993 sur la personne de Mme Bhutto, alors premier ministre. Après cela, Al-Zawahri s'est enfui au Soudan, d'après Serri, pour rejoindre les forces grandissantes de Ben Laden. Un témoignage le signale à l'époque en Bosnie, pour soutenir le combat des Musulmans contre les Serbes.

Une chose est claire : au début des années 1990, Al-Zawahri était responsable du Djihad islamiste égyptien rénové qui se lançait dans une campagne terroriste féroce contre le gouvernement égyptien. Le groupe a revendiqué la responsabilité des tentatives d'assassinat manquées contre le ministre de l'intérieur, Hassan Alfi, en août 1993, et le premier ministre, Atef Sedki, en novembre 1993. Il a aussi endossé la responsabilité du bombardement de l'ambassade d'Egypte à Islamabad, en 1995.

Mais Al-Zawahri n'est pas sorti de l'ombre avant 1998. En février de cette année, il a rejoint Ben Laden et ils ont proclamé une nouvelle alliance pour combattre l'Occident. « Al-Zawahri a rejoint Al-Qaida parce qu'il croit au mouvement et que celui-ci est en accord avec sa propre philosophie, dit Yasser Serri. Il pense que la politique des Etats-Unis provoque de nombreux problèmes dans les pays du Moyen-Orient et les pays islamistes. » Les archives de la cour fédérale de New York concernant les bombardements des ambassades africaines en août 1998 renseignent sur l'alliance d'Al-Zawahri et de Ben Laden et sur son effort pour recruter et trouver des fonds aux Etats-Unis. Ali Mohammed, soldat né en Egypte qui a servi dans les armées des Etats-Unis et d'Egypte, a déclaré devant la cour, le 20 octobre dernier, qu'Al-Zawahri s'était rendu deux fois aux Etats-Unis au début des années 1990 « pour trouver des fonds pour le Djihad islamiste égyptien. Je l'ai aidé à le faire ».

Mohammed, qui plaidait ce jour-là coupable, était accusé de conspiration en vue de tuer des Américains et de détruire des édifices américains dans les bombardements des ambassades. Il a dit qu'il avait aussi organisé la sécurité, fin 1994, pour une rencontre au Soudan entre Ben Laden et les chefs du Djihad islamiste égyptien, du Hezbollah et du gouvernement iranien. Les Etats-Unis ont répondu aux bombardements en lançant des missiles de croisière. Al-Zawahri ne s'est pas laissé intimider. Par téléphone satellite, il a dit à un reporter du L.A. Times que d'autres attentats auraient lieu dans l'avenir : « La guerre vient seulement de commencer. Les Américains doivent s'attendre à une réponse. » Au printemps 1999, il a été jugé in absentia en Egypte pour divers actes terroristes, dont une attaque contre l'ambassade des Etats-Unis en Egypte qui n'a jamais abouti. Toutefois, l'alliance d'Al-Zawahri et de Ben Laden s'est révélée particulièrement contestée. Il y a eu des conflits à l'intérieur du Djihad ; certains pensent que le groupe s'est scindé et que pas plus de quelques douzaines de partisans restent attachés à Al-Zawahri.

IL y a quelques mois, plusieurs membres importants du Djihad ont exprimé leur déception devant la décision de Al-Zawahri de rejoindre Ben Laden, arguant que ce choix était une erreur stratégique qui renforçait la pression de l'application de la loi. Si Serri a démenti les rumeurs de rupture, Rashwan a dit que « plusieurs centaines » de membres du Djihad ont décidé d'écarter Al-Zawahri de la direction du mouvement en ne lui laissant qu'une poignée de partisans. Toutefois, d'après les spécialistes, ces quelques partisans sont importants. Al-Zawahri apporte le nom du Djihad islamiste égyptien, célèbre dans tous les recoins du monde terroriste, ainsi que son savoir-faire dans l'exécution d'attentats terroristes, notamment au moyen de voitures piégées.

L'endroit où se trouve Al-Zawahri demeure un mystère. Le mandat d'arrêt d'Interpol laisse supposer que quelques fonctionnaires au moins semblent croire qu'il a déjà fui l'Afghanistan grâce à l'un de ses nombreux faux passeports. Autre mystère : a-t-il joué un rôle dans les attentats du 11 septembre ? Sa famille et ses amis affirment qu'Al-Zawahri ne s'attaquerait pas à des civils. Ils font valoir que le Djihad, à la différence d'un autre groupe terroriste égyptien, Al-Gamaa Al-Islamiya, limite ses objectifs à des personnalités politiques.

La soeur et la mère d'Al-Zawahri vivent toujours au Caire, dans un appartement au rez-de-chaussée d'un quartier autrefois élégant et qui connaît des temps difficiles. La façade de l'appartement est devenue une boutique de kebabs. De l'autre côté de la rue, une femme vend des poulets vivants et suffoque presque à cause de la poussière et du sable toujours présents au Caire. Dans l'appartement, une femme qui parle anglais a refusé d'être interviewée. Elle a dit au reporter de partir. « Je n'ai pas de réponses à vos questions », a dit la femme.


T. CHRISTIAN MILLER
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Le vice-président Dick Cheney lie les agressions chimiques aux attentats du 11 septembre
Article paru dans l'édition du 14.10.01

Les enquêteurs n'ont cependant rien trouvé pour étayer la piste Ben Laden   



    La révélation d'un cas d'anthrax à New York, une semaine après la mort de la première personne atteinte en Floride, le 5 octobre, est venue démontrer la réalité de la menace terroriste à laquelle doivent faire face les Américains. En même temps, à New York comme en Floride, les enquêteurs n'ont trouvé aucun indice concret rattachant ces agressions aux attaques terroristes du 11 septembre. Cependant, Richard Cheney, le vice-président, a déclaré sur la télévision publique PBS, vendredi soir, que « le plus sage est de considérer que ces faits sont liés aux attaques du 11 septembre ».

Ces agressions à l'anthrax ont visé des médias, mais le groupe de tabloïds de Boca Raton n'a rien de commun avec la rédaction de la chaîne de télévision NBC ni avec celle du New York Times, où une lettre suspecte a été découverte. Le présentateur d'un des principaux journaux télévisés, Tom Brokaw, était le destinataire de la lettre envoyée à NBC, et c'est une assistante qui, ouvrant ce courrier, probablement le 25 septembre, a contracté la forme cutanée de l'anthrax, ou maladie du charbon.

Non loin des locaux de NBC News, ceux du New York Times, situés près de Times Square, ont été partiellement évacués, vendredi, après qu'une collaboratrice du journal, Judith Miller, a découvert une poudre blanche dans une enveloppe libellée à son nom. Coauteur d'un livre tout récent sur le bioterrorisme ( Germs , éditions Simon and Schuster), Mme Miller a enquêté, notamment, sur Oussama Ben Laden et publié plusieurs articles à son sujet dans le quotidien new-yorkais. Dans la soirée, le gouverneur du Nevada, Kenny Giunn, a annoncé qu'une lettre, au contenu testé positif à l'anthrax, avait été reçue par une entreprise installée à Reno. Selon CNN, il s'agit de Microsoft Licensing, une filiale du géant des logiciels.

Le ministre de la santé, Thomas Thompson, et celui de la justice, John Ashcroft, ont donné ensemble une conférence de presse. Les Américains ont été invités, une fois de plus, à ne pas s'affoler, mais à se montrer prudents et vigilants. M. Thompson a répété que l'anthrax n'est pas contagieux et que, décelée à temps, cette maladie peut être traitée avec des antibiotiques. Il a assuré que les stocks d'antibiotiques efficaces - le Ciprobay n'étant que l'un d'entre eux - sont abondants et qu'il n'y a donc aucune raison de se précipiter préventivement dans les pharmacies. Les deux ministres ont donné néanmoins des conseils précis à suivre par toute personne recevant un courrier inhabituel et invité le public à être attentif à d'éventuelles lésions.

Le numéro deux du Centre de contrôle des maladies, situé à Atlanta, David Fleming, a souligné que les éléments dont disposent ces médecins, biologistes et épidémiologistes sont minces et que cela les oblige à être « très prudents dans l'interprétation ». Vendredi soir, M. Cheney a été plus direct en résumant quelques données simples, de notoriété publique : Ben Laden et le réseau Al-Qaida ont tué plusieurs milliers d'Américains ; on sait qu'ils ont cherché à se procurer des substances biologiques mortelles ; rien ne permet de juger que les attaques du 11 septembre ne devaient pas avoir de suite rapprochée. Dans ces conditions, il y a tout lieu de penser, selon le vice-président, que ces cas d'anthrax sont à mettre au compte de la même organisation terroriste.

Un haut fonctionnaire du Pentagone a donné officieusement des indications sur ce que les services de renseignement savent des moyens d'agression chimique ou bactériologique détenus par Ben Laden. Il serait en mesure de fabriquer des armes chimiques qualifiées de rudimentaires, mais néanmoins mortelles. Il pourrait aussi, selon la même source, utiliser à des fins terroristes une bactérie telle que celle de l'anthrax.

Parmi les agents chimiques, Al-Qaida pourrait disposer de chlorine ou de phosgène, éléments simples qui avaient été employés sur les champs de bataille de la première guerre mondiale, mais pas de gaz sarin, qui est un composé. Parmi les agents biologiques, ce haut fonctionnaire a affirmé que les seuls qu'une telle organisation ne puisse maîtriser sont les toxines. Il ne lui paraît pas tout à fait impossible que Ben Laden soit en possession d'un matériau radioactif, mais il a exclu qu'il soit en mesure de provoquer une explosion nucléaire.

M. Cheney a précisé que l'alerte donnée par le FBI jeudi n'était pas liée à la nouvelle contamination, qui était déjà connue des autorités. « Nous avons été informés que le niveau de la menace s'était élevé », a-t-il dit, sans être plus précis que George Bush ne l'avait été la veille. Depuis le 11 septembre, a rappelé encore M. Cheney, « nous savons que notre territoire est accessible à des attaques ». « Les Etats-Unis sont toujours en danger », avait dit M. Bush, plus tôt dans la journée, à l'occasion d'une réception donnée à la Maison Blanche en l'honneur des Hispano-Américains. « Le gouvernement fait tout ce qui est en son pouvoir pour protéger les citoyens », a répété le président, en demandant encore aux Américains de « vaquer à leurs occupations » et de ne pas permettre que « les terroristes paralysent notre pays ». Les deux plus hauts dirigeants de l'exécutif ont insisté sur la nécessité de renforcer les moyens de la police. M. Bush a envoyé au Congrès une lettre assez sèche, demandant aux deux Chambres, qui ont voté chacune son propre texte, de rapprocher rapidement leurs points de vue.

En donnant une interview télévisée dans un bâtiment voisin de la Maison Blanche, M. Cheney, qui réside depuis le 7 octobre dans un lieu tenu secret, a dissipé la suspicion qui aurait pu naître de son absence prolongée. Cependant, les mesures prises pour le protéger n'ont qu'une explication : les services de sécurité estiment qu'ils ne peuvent pas garantir totalement la sûreté du président et doivent donc faire en sorte que le vice-président puisse, quoi qu'il arrive, prendre la relève.

Ce dispositif symbolise au plus haut point la situation dans laquelle se trouve le gouvernement et, sous sa direction, l'ensemble des détenteurs de l'autorité publique. A une menace qu'ils ne contrôlent que partiellement, ils opposent méthodiquement toutes les précautions possibles, préférant le risque de l'excès à celui de l'insuffisance.


PATRICK JARREAU
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Le Pakistan ou l'impossible démocratie
L'ISI, parrain des talibans
Article paru dans l'édition du 14.10.01

Les Américains se sont aperçus que les services spéciaux pakistanais jouaient un double jeu   



    LE hasard aura voulu que le « patron » des services spéciaux pakistanais, le général Mahmoud Ahmad, se trouvât aux Etats-Unis le jour même des attentats terroristes contre New York et Washington, pour y rencontrer ses interlocuteurs américains. Entre les services américains et pakistanais, les relations n'étaient pas au beau fixe. L'Inter Service Intelligence (ISI) pakistanais a toujours été accusé d'avoir installé les talibans et soutenu les réseaux d'Oussama Ben Laden en Afghanistan.

Créé en 1971, l'ISI n'est pas le seul organe de renseignement et d'action clandestine au Pakistan. Il cohabite plutôt mal que bien avec l'Intelligence Bureau (IB). Son atout est d'être immergé dans les forces armées pakistanaises, et son influence est grande, puisqu'il a largement déterminé la politique extérieure d'Islamabad non seulement en Afghanistan, mais aussi en Inde, au Pendjab et au Cachemire. Au point même que Benazir Bhutto, premier ministre entre 1988 et 1990, voulant remettre l'ISI au pas pour améliorer les relations du Pakistan avec ses voisins, s'y est cassé les dents.

Un temps, durant l'occupation soviétique en Afghanistan, l'ISI a marché main dans la main avec la Central Intelligence Agency (CIA) américaine, quand il s'est agi de fournir des conseillers et des armes à la résistance afghane, notamment des missiles sol-air Stinger qui, aujourd'hui, peuvent entraver les raids américains de l'opération « Liberté immuable ». A l'époque, le « patron » de l'ISI, le général Hamid Gul, était chargé de transmettre pour 1 milliard de dollars d'aide à la résistance afghane. Mais, bientôt, l'ISI est devenu incontrôlable - il appuie le mouvement islamique. Ainsi, dès 1993, il est soupçonné d'y avoir entraîné et armé quelque 10 000 combattants. Il est accusé par les Indiens d'infiltrer des « mercenaires » au Cachemire et en Inde pour commettre des attentats à la bombe.

En 1998, l'Inde fournit à la CIA un document qui montre que l'ISI contrôle pas moins d'une centaine de camps de « mercenaires » et de terroristes étrangers, dont une cinquantaine au Pakistan, une vingtaine en Afghanistan (où opère Oussama Ben Laden) et une trentaine au Cachemire. Deux de ces camps seront bombardés par des missiles Tomahawk américains.

DOUBLE JEU

En Afghanistan, où la plupart des talibans sont passés par des écoles coraniques au Pakistan, l'ISI joue des affinités religieuses et ethniques pour faire la pluie et le beau temps. Il arme directement les talibans en leur fournissant les servants de leurs avions et de leurs hélicoptères. Il y installe des ONG que ses agents utilisent comme « couverture » et il tire quelque revenu financier en s'intégrant au trafic de la drogue.

Après les attentats du 11 septembre, Washington a eu besoin de faire passer des messages au régime en place à Kaboul et de réunir du renseignement sur les talibans et Oussama Ben Laden. L'ISI a été sollicité pour jouer les intermédiaires. Mais, très vite, les Américains se sont aperçus que les services pakistanais jouaient un double jeu et qu'ils pratiquaient la rétention dans les échanges d'information. Le chef de l'Etat pakistanais, le général Pervez Moucharraf, qui s'est engagé dans une coopération difficile avec Washington, a contraint le général Mahmoud Ahmad à démissionner. Avec le général Muzaffer Usmani, vice-chef d'état-major des armées, et le général Mohammad Aziz Khan, l'homme des actions de l'ISI en Afghanistan et au Cachemire, eux aussi limogés, le général Mahmoud, qui avait contribué à porter au pouvoir le général Moucharraf en octobre 1999, était connu pour s'opposer au rapprochement entre le Pakistan et les Etats-Unis.


JACQUES ISNARD
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Un quatrième cas de maladie du charbon découvert aux Etats-Unis
Article paru dans l'édition du 14.10.01

A New York, une employée de la chaîne de télévision NBC a été contaminée par la maladie du charbon, dans sa forme cutanée. Le ministre de la santé s'est efforcé de rassurer les Américains sur les stocks d'antibiotiques disponibles

TERRORISME Les États-Unis sont en état d'alerte générale après qu'un quatrième cas d'anthrax, ou maladie du charbon, a été découvert à New York. LES MÉDIAS semblent visés : la personne atteinte à New York est une employée de la chaîne de télévision NBC. Elle a été contaminée par une forme bénigne de la maladie du charbon, l'anthrax cutané, différente des cas recensés en Floride. LE VICE-PRÉSIDENT Dick Cheney a affirmé qu'il était « responsable » de lier ces expéditions de lettres contenant de la poudre blanche contaminée à l'anthrax avec les attentats du 11 septembre. UNE AUTRE LETTRE suspecte est arrivée dans le Nevada. LES BOMBARDEMENTS américano-britanniques sur l'Afghanistan ont repris après une journée d'accalmie. Le bilan est contrasté. Les cibles ont été atteintes, mais les talibans ne sont apparemment pas en déroute.   



    N MOIS après les attentats du 11 septembre, la panique gagne de nouveau les Etats-Unis avec la découverte d'un nouveau et quatrième cas d'anthrax après les trois détectés en Floride. Un test a révélé qu'une employée de la chaîne de télévision NBC, dont les locaux se trouvent à Rockfeller Center, en plein coeur de Manhattan, a été infectée par la maladie du charbon. Le gouverneur de l'Etat du Nevada a également annoncé que la bactérie responsable de cette maladie a été découverte dans une lettre reçue par une entreprise de la ville de Reno qui serait Microsoft.

Les Etats-Unis ont repris leurs bombardements en Afghanistan dans la nuit de vendredi à samedi, après les avoir interrompus au cours de la journée par respect de ce jour de repos et de prière pour les musulmans. . Panique à l'anthrax. Selon le FBI, la journaliste de NBC a été contaminée par une lettre postée à Saint Petersburg, en Floride. Une deuxième lettre suspecte, adressée à une journaliste du New York Times, Judith Miller, a également été postée dans cette ville. Le vice-président américain, Dick Cheney, a indiqué qu'il ne serait pas surpris si les cas de maladie du charbon détectés depuis quelques jours étaient à imputer au réseau d'Oussama Ben Laden. « La seule manière de faire preuve de responsabilité, c'est d'agir en considérant qu'il y a un lien », a-t-il déclaré. Le FBI a appelé à une vigilance extrême alors que la population vit dans la crainte d'un nouvel attentat. « Notre nation est toujours en danger » a souligné George W. Bush, qui a invité les Américains à « vaquer normalement à leurs activités » et à ne pas permettre que « les terroristes paralysent le pays ». Pour le moment, le mystère est total sur l'origine de la contamination dans l'immeuble de journaux de Boca Raton en Floride (lire pages 2 et 3). . La France et l'anthrax. Le journal officiel du 26 septembre a publié les dernières mesures françaises vis-à-vis des agents pathogènes à très hauts risques. La liste publiée répertorie les agents les plus dangereux. Une enquête scientifique est en cours pour déterminer l'origine de la souche (lire page 4). . Le front et les perspectives politiques. Après six jours de bombardements, le secrétaire à la défense Donald Rumsfeld et le général Richard Myers, chef d'état-major inter-armes, ont répertoriés les objectifs atteints, mais rien n'indique qu'il y ait véritablement une désagrégation du régime des talibans ni une débandade des hommes d'Oussama Ben Laden. Selon les talibans, le bilan des cinq premières nuits et quatre jours de bombardements s'elève à environ 300 morts. Ce chiffre n'a pu être confirmé de source indépendante. Les forces de l'Alliance du Nord se plaignent de leur côté de ne pas recevoir l'appui tactique qu'elles espéraient et piaffent d'impatience bien que, selon le Pentagone, elles se soient déjà emparées de Chaghcharan, capitale de la province de Ghor (centre) et auraient déjà reçu le renfort de certaines unités des talibans qui se sont ralliées. Il est désormais clair que les Américains ne souhaitent pas ouvrir les portes de Kaboul aux troupes de feu le commandant Massoud mais constituer un gouvernement représentatif de toutes les forces en présence. Reste à trouver le moyen de résoudre ce casse-tête politique (lire page 5). . Solidarité avec Ben Laden. Des milliers de manifestants se sont heurtés à la police dans les plus grandes villes du Pakistan, notamment à Karachi et à Quetta, ainsi que dans d'autres localités pour protester contre les bombardements américains en Afghanistan. La mobilisation n'a cependant pas atteint l'ampleur espérée par les pro-islamistes. Des manifestations anti-américaines se sont également déroulées au Kenya. En Allemagne, le chancelier Gehrard Schröder, largement soutenu par son opinion publique, prône une implication plus importante de son pays dans les opérations dirigées contre le régime de Kaboul. Cette décision constitue une rupture de la politique suivie jusqu'à présent dans l'Allemagne de l'après-guerre. Le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, estime que les « appels à la guerre sainte » n'ont « aucun sens » (lire page 6). . Enquête financière. L'un des demi-frères d'Oussama Ben Laden, Yeslam, est au centre d'une enquête en Belgique et en Suisse afin de mieux éclairer le financement des réseaux d'Al-Qaida. Le juge belge Jean-Claude Van Espen a demandé, il y a quelques jours, à la justice helvétique d'enquêter sur les liens existant entre un avocat genevois et la famille Ben Laden. Dans le cadre des investigations sur la puissance financière du millionnaire saoudien, Dubaï vient d'adopter une loi draconienne sur le blanchiment de l'argent. Les Etats-Unis ont d'ailleurs publié une nouvelle liste de 39 personnes et organisations suspectées de liens avec des terroristes, qui s'ajoute à l'autre liste publiée au mois de septembre. Plus de 24 millions de dollars de fonds suspects ont déjà été gelés dans le monde. La France a immédiatement décidé d'appliquer cette extension (lire page 7). . Kofi Annan à l'honneur. Le prix Nobel de la paix attribué à Kofi Annan et à l'ONU est un message d'actualité au moment où de sérieuses incertitudes pèsent sur la paix dans le monde. En partageant cette distinction entre l'organisation et la personne de son secrétaire général, le jury de Stockholm a voulu récompenser la vision et le travail accompli par ce Ghanéen et dire que « la seule voie négociable vers la paix et la coopération mondiale passe par les Nations unies » (lire page 8).


"The pure and simple truth is rarely pure and never simple"
~Oscar Wilde

Hors ligne

 

#19 14-10-2007 03:50:28

Marc
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Le pouvoir américain est directement visé par le terrorisme
Le FBI enquête sur les liens avec les pirates de l'air
Article paru dans l'édition du 17.10.01   



    près avoir privilégié la théorie des « coïncidences » dans la recherche des auteurs d'envois de lettres contaminées à l'anthrax, les enquêteurs du FBI essaient désormais de remonter la piste des éventuels liens avec les pirates de l'air responsables des attentats du 11 septembre.

Floride : six ou sept des terroristes ont habité ou pris des cours de pilotage dans un périmètre de quelques dizaines de kilomètres autour de l'immeuble de l'American Media Inc. de Boca Raton où sont apparus les premiers cas d'anthrax. L'épouse d'un rédacteur en chef du Sun, l'organe de presse où travaillait l'éditeur photographique Robert Stevens, qui est mort de l'anthrax le 5 octobre, avait loué un appartement à Mohammed Atta et son complice Marouan Al-Shehi, cet été, à Delray Beach. Responsable d'une agence immobilière, celle-ci, Gloria Irish, a cependant indiqué lundi à MSNBC n'avoir jamais mentionné le travail de son mari devant ses locataires.

New Jersey : deux lettres, celle qui a été envoyée au bureau du sénateur Tom Daschle à Washington, et celle qui a été reçue au siège de la chaîne NBC vendredi 12 octobre, portent l'identification de la poste de Trenton, dans le New Jersey. Plusieurs des pirates de l'air ont habité dans cet Etat. Quelques-uns ont transité par Jersey City, comme plusieurs des hommes condamnés pour le premier attentat contre le World Trade Center en 1993, lequel avait été lié à Oussama Ben Laden.

La tâche des enquêteurs est rendue difficile par le fait que le centre de tri de Trenton regroupe le courrier de 46 bureaux de poste. Ils examinent les bandes des caméras de vidéo- surveillance.

Nevada : la lettre reçue au siège de Microsoft Licensing, filiale du géant de l'informatique, à Reno, dans le Nevada, avait été postée en Malaisie. Deux des auteurs du crash du Pentagone, Khalid Al-Midhar et Nawaq Al-Hamzi, ont visité ce pays et y ont été filmés fin 1999 ou début 2000 par une caméra de surveillance en compagnie de l'un des auteurs présumés de l'attentat en octobre 2000 contre le bâtiment de la marine américaine USS Cole, au Yémen, une opération attribuée à la mouvance Ben Laden.

La police et les autorités sanitaires de Kuala Lumpur ont déclaré dimanche enquêter sur cette lettre, qui avait d'abord été envoyée par Microsoft Licensing à l'un de ses vendeurs en Malaisie.

Les relevés de cartes bancaires avaient aussi montré un séjour de Mohammed Atta et plusieurs de ses complices à Las Vegas, dans ce même Etat du Nevada.


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Le pouvoir américain est directement visé par le terrorisme
Une lettre contaminée par la maladie du charbon est arrivée au coeur du pouvoir politique américain
Article paru dans l'édition du 17.10.01   



    'utilisation de l'anthrax pour susciter la peur dans la population américaine a franchi un nouveau degré, lundi 15 octobre. George Bush a annoncé lui-même que le chef de la majorité démocrate du Sénat, Tom Daschle, avait reçu une lettre contenant le germe de cette maladie. Lundi soir, le président de la chaîne ABC News a indiqué, en présence du maire de New York, que l'enfant d'un collaborateur de la chaîne, qui y avait passé deux heures le 28 septembre, était atteint d'un anthrax cutané. La cible visée dans le premier cas révèle une certaine familiarité avec la vie politique américaine. La maladie vraisemblablement contractée dans les locaux d'ABC par un bébé de sept mois renforce, elle, l'hypothèse d'une agression spécifique contre les médias.

Le courrier adressé à M. Daschle est arrivé le 12 octobre dans ses bureaux de sénateur du Dakota du Sud, situés dans un immeuble moderne, le bâtiment Hart, à 200 mètres du Capitole. Il a été ouvert lundi 15 octobre, à 10 h 30, par un employé qui y a trouvé un produit suspect. La police du Congrès, prévenue, a immédiatement procédé sur place à deux séries de tests, dont les résultats ont été positifs. Le produit a été envoyé pour confirmation à un laboratoire militaire du Maryland. Les collaborateurs du sénateur, au nombre d'une cinquantaine, ont été soumis à des examens et placés sous antibiotiques. Les locaux ont été isolés et décontaminés.

LE CHEF DE L'OPPOSITION

La lettre infectée a été postée au même endroit que l'un des deux courriers reçus à New York par la chaîne NBC News, c'est-à-dire à Trenton, dans le New Jersey. Adressée au présentateur du journal de cette chaîne, Tom Brokaw, cette lettre avait été ouverte par une assistante, qui a développé un anthrax cutané, révélé, le 12 octobre, par le président de NBC et par le maire de New York, Rudolph Giuliani. On ignorait, lundi soir, les résultats des tests pratiqués sur les collaborateurs de M. Daschle. Celui-ci a donné l'alerte aux autres dirigeants du Congrès, qui ont renforcé les mesures de sécurité dans leurs bureaux. Une enquête judiciaire a été ouverte.

Le porte-parole de la police du Capitole, Dan Nichols, a indiqué que la lettre reçue dans les locaux du sénateur est « un cas isolé », qu'une éventualité de ce genre avait été prévue et que les responsables de la sécurité du Congrès sont décidés « à ne pas permettre que le travail législatif soit interrompu » par cette agression. Les visites de touristes au Capitole ont été suspendues indéfiniment.

Le choix de M. Daschle comme cible de ce nouvel acte de terrorisme biologique est troublant. Le président du groupe démocrate du Sénat, majoritaire depuis qu'un sénateur du Vermont a quitté le Parti républicain, remplit la fonction de chef de l'opposition. C'est ce qui fait de lui, au moins institutionnellement, le partenaire principal de M. Bush dans l'union sacrée qui s'est établie après les attaques terroristes sur New York et Washington. En s'attaquant à lui, les expéditeurs de courriers empoisonnés ont voulu à la fois s'en prendre au Congrès en tant que tel et démontrer leur connaissance du fonctionnement des différents pouvoirs à Washington.

L'identité des auteurs de ces attentats inédits n'est toujours pas établie. Le président des Etats-Unis, qui venait de s'entretenir avec le président du conseil italien, Silvio Berlusconi, a été interrogé, bien sûr, sur le lien avec les attaques du 11 septembre et avec le réseau Ben Laden. « Il peut y avoir un lien possible », a-t-il dit, ajoutant qu'il ne disposait pas de « données solides » à ce sujet. M. Bush a fait remarquer que Ben Laden est « un méchant homme » et que lui- même et ses lieutenants se sont vantés de vouloir « faire souffrir encore l'Amérique ». En fin d'après-midi, la conseillère du président pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice, a expliqué que la position du gouvernement est de « ne pas écarter » la responsabilité de Ben Laden, mais qu'il n'en a « aucune preuve solide à ce stade ».

DÉSORGANISATION

L'effet recherché par les terroristes, c'est-à-dire la peur, les précautions et la désorganisation qu'elles entraînent, a été assez largement obtenu lundi. Les postiers de Trenton, dans le New Jersey, ont craint la contamination. Deux d'entre eux, tombés malades, ont subi des examens de dépistage de l'anthrax. Des tests sont pratiqués, aussi, sur les employés de trois bureaux de poste de Boca Raton, en Floride, d'où a pu partir une lettre responsable de la contamination de plusieurs salariés de la société American Media.

Dans l'Ohio, un avion de ligne a fait l'objet d'une inspection minutieuse après qu'y a été découverte une poudre non identifiée. Un député du Rhode Island, Patrick Kennedy, fils du sénateur du Massachusetts, et neuf de ses collaborateurs ont subi des examens, une assistante souffrant d'urticaire. Par ailleurs, le Planning familial a indiqué que quatre-vingt-dix de ses cliniques et bureaux avaient reçu des enveloppes contenant des lettres d'intimidation et une poudre que la police a fait tester.

La politique adoptée par le gouvernement a consisté, lundi, à parler le moins possible de cette menace bactériologique. Les faits sont signalés en temps et en heure, mais très peu d'indications sont données sur les enquêtes. L'origine de ces lettres ne fait de doute pour personne, mais l'un des phénomènes auxquels les autorités sont très attentives - et qui était peut-être anticipé par les terroristes - est la contagion des agressions, non pas tant réelles que fictives. Le cas du Planning familial donne à penser, par exemple, que des adversaires frénétiques de l'avortement ont pu profiter des circonstances pour harceler des partisans de ce dernier.

D'autres faits comparables risquent de se produire, sans compter les vengeances individuelles, déjà assez nombreuses pour que la police de New York ait prévenu que toute menace, quelle qu'elle soit, fera l'objet de poursuites, au maximum des réquisitions prévues par la loi.


PATRICK JARREAU


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REPORTAGE
Le fonctionnement des médias américains est perturbé par les alertes à l'anthrax et les mesures de sécurité
Article paru dans l'édition du 19.10.01

« Paniquer le messager est une très vieille histoire », déclare la rédactrice en chef de « Time Magazine »

« Une impression irréelle que nous regardons un film, et nous sommes dedans »   



    la fin du journal télévisé, le présentateur vedette de NBC, Tom Brokaw, un bel homme énergique à la voix grave et aux cheveux blancs, a saisi un flacon de comprimés, et, avec un sourire rassurant pour temps d'adversité, a lancé avec foi : « Dans le Cipro, nous croyons ! », le Cipro étant cet antibiotique contre la maladie du charbon. Cette déclaration était d'autant plus crédible que les téléspectateurs savaient qu'il s'agissait de son propre flacon, ayant appris un peu plus tôt, ce vendredi 12 octobre, que l'assistante personnelle du journaliste avait contracté la maladie et que tous les collaborateurs de l'émission avaient ou devaient être testés et mis préventivement sous traitement.

Lundi soir 15 octobre, c'est la chaîne rivale, ABC, qui faisait l'événement en annonçant que le bébé d'un collaborateur du journal du soir développait la maladie, vraisemblablement contaminé lors d'une visite dans les studios pour une fête d'anniversaire. Le lendemain, un reporter, planté devant l'immeuble, s'évertuait à donner au public, en interviewant ses collègues, les dernières nouvelles de sa chaîne.

Au New York Times, la journaliste Judith Miller était confrontée au même problème après avoir ouvert une lettre contenant des menaces et une poudre blanche - qui, une fois analysée, s'est révélée ne pas contenir le bacille du charbon. Testée, comme plusieurs de ses collègues, mise « sous » Cipro et interviewée par plusieurs télévisions, Judith Miller a raconté son expérience dans un article, concluant : « Désormais, je ne couvrais plus l'événement, j'étais l'événement. »

Et c'est bien cette sensation d'être au coeur de l'histoire qu'évoque encore son amie Maureen Dowd, à la plume caustique et drôle, qui racontait, mercredi, que l'alerte à l'anthrax était prise très au sérieux au New York Times - déclaré « en situation de risque » - et qu'elle tapait son article avec de long gants de cuir noir. « Avec ce qui apparaît être un type d'anthrax dangereusement sophistiqué envoyé à Tom Daschle ; avec les employés du Sénat subissant les prélèvements nasaux alors que le système de ventilation de leur immeuble est passé au crible à la recherche de spores ; avec les médias se dotant de Cipro et de gardiens ; avec le New York Post affichant en couverture Abraham Lincoln siégeant sur son Mém orial en portant un masque à gaz, j'ai ressenti le besoin d'un genre de stérilisation un peu plus stylé. »

Ces exemples montrent l'étrange situation dans laquelle se trouvent journaux et télévisions pour couvrir le sujet de l'anthrax : « En gros, dit un journaliste de NBC, raconter l'événement en le vivant. » « Je pen se même, confiait Tom Brokaw dans son journal télévisé, que beaucoup de nous ont la même impression irréelle que nous regardons un film, et que nous sommes dedans. »

Dedans en tant que cibles, pense-t-on largement. Des cibles idéales pour propager l'information, amplifier éventuellement l'anxiété. « Paniquer le messager, nous dit Priscilla Painton, rédactrice en chef de Time Magazine, c'est une tactique classique et une très vieille histoire ! Quelle meilleure façon d'ébruiter un événement et de s'assurer du plus grand retentissement ? » Après avoir attaqué, le 11 septembre, les symboles financiers et militaires de l'Amérique, on s'en prendrait donc aux médias, symboles à la fois de la liberté et du spectacle ?

La thèse est loin d'être vérifiée, de même que les liens entre ces signes de bioterrorisme et les attentats de septembre, mais le nombre de médias perturbés par différentes alertes depuis deux semaines ne cesse de s'accroître, et le FBI a lui-même pris l'initiative de vérifier les locaux de plusieurs chaînes et journaux.

Mardi, trois grands médias de Washington déclenchaient encore des alarmes après avoir remarqué des courriers suspects : le Washington Post, USA Today et le bureau d'ABC News, auquel étaient arrivées des lettres inhabituelles, toutes adressées aux personnes les plus importantes de la chaîne. Mais, dans tout le pays, des médias aussi divers que The Petersburg Times en Floride, The Columbus Dispatch dans l'Ohio, The Dickson Herald dans le Tennessee, CBS News à Washington ou le New York Post ont reçu des plis menaçants. C'est d'ailleurs dans un groupe de tabloïds, American Media Inc., situé en Floride, tout près de l'endroit où ont séjourné plusieurs des terroristes du 11 septembre, qu'a été révélé le premier cas d'anthrax.

TESTS ET QUESTIONNAIRES

Pourquoi donc viser des journaux de supermarchés, largement snobés par les grands médias nationaux ? n'a-t-on cessé de s'interroger. Se pourrait-il que le nom du groupe ait été perçu comme un étendard, ou encore qu'il ait pu apparaître comme la propriété du gouvernement américain ? A moins que les couvertures aient choqué les pirates de l'air ? Le FBI, qui a recherché les articles récents, a dû être édifié : « Ben Laden le boucher » a titré par exemple The Globe au-dessus d'un papier dénonçant l'hypocrisie d'un homme décrit comme amateur de boisson et de luxure...

Mobilisés pour couvrir la tourmente, incertains de leur propre sort, les employés des différents médias montrent donc des signes de nervosité et d'inquiétude. D'abord parce que les alertes ont désorganisé certaines rédactions, condamnées à déménager, au moins pour quelques jours, et privées de courrier. Ensuite parce que de très nombreux collaborateurs sont contraints de répondre à de longs questionnaires du FBI et de subir différents tests médicaux ; et que partout sont organisées des réunions d'informations avec les chefs de la sécurité. « Difficile ensuite de se concentrer sur le travail », raconte une journaliste de NBC qui évoque le cas de deux jeunes femmes enceintes auxquelles le Cipro est interdit. Enfin, parce qu'ils affrontent à la fois l'exigence d'informer sans provoquer la panique et la difficulté de conserver sur le sujet la distance adéquate. Une illusion, sans doute. Tom Brokaw ravalait tout juste ses larmes, l'autre soir, lorsqu'il a évoqué le mal qui touchait son assistante. « C'est si injuste et si outrageant et si révoltant que c'est au-delà de ma capacité de l'exprimer en des termes socialement acceptables », a-t-il dit. Une barrière était franchie.


ANNICK COJEAN



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« Qui essaie de me contacter ? »
Article paru dans l'édition du 19.10.01

Parue le 17 octobre dans le « New York Times », cette enquête transcrit des dialogues entre les pilotes des avions détournés le 11 septembre et les contrôleurs aériens. Entre le sol et le ciel premiers signaux d'un désastre sans précédent   



    E vol American Airlines 11 s'était mystérieusement tu. Le contrôleur aérien l'appelait sans relâche pour obtenir une réponse. Sans succès. Puis il a entendu une voix non identifiée en provenance du cockpit : « Nous détenons des avions. Restez calmes et tout ira bien. Nous retournons à l'aéroport. »

Le contrôleur, troublé, a demandé : « Qui essaie de me contacter ? »

Pas de réponse. Puis il a entendu à nouveau la voix : « Que personne ne bouge, s'il vous plaît ; nous retournons à l'aéroport. Ne tentez pas d'esquisser le moindre geste stupide. »

L'homme transmettait sur la fréquence utilisée par les pilotes et les contrôleurs aériens, soit parce qu'il pensait être en train de parler aux passagers, soit parce qu'un membre d'équipage avait branché le micro de la radio : sa voix a été le premier signe de la tragédie du 11 septembre.

Les transcriptions des communications entre les pilotes et les contrôleurs, obtenues par le New York Times, révèlent le commencement de la terreur éprouvée dans les cockpits et les tours de contrôle. Ajoutées à des interviews et à d'autres documents, elles offrent une vision encore inédite jusqu'ici de la façon dont une belle et claire matinée de routine a peu à peu sombré dans l'horreur.

Dans le jargon froid et haché de l'aviation, des signaux d'un désastre sans précédent ont été échangés entre le sol et le ciel pendant que le personnel aérien et militaire tentait désespérément de comprendre puis de contrôler le chaos.

Le premier signe irréfutable de détournement a été détecté par le vol United Airlines 175, qui avait décollé de Boston à 8 h 14 à destination de Los Angeles. Juste après le décollage, le contrôleur aérien avait demandé de l'aide à d'autres pilotes pour retrouver le vol 11, qui manquait déjà à l'appel. « Nous avons entendu une transmission suspecte au moment de notre départ de Boston », a répondu le pilote à 8 h 41, juste après le décollage. « Des bruits comme si quelqu'un s'était emparé du micro et disait à tout le monde de rester à sa place. »

Quatre-vingt-dix secondes plus tard, son avion était devenu le lieu du deuxième acte d'un drame irréversible. Le vol 175 déviait de sa trajectoire prévue vers Los Angeles et cessait toute communication avec le sol. « Il n'y a pas de transpondeur, il n'y a rien de rien, et personne ne lui parle ! », s'est exclamé le contrôleur aérien.

Et, à 8 h 50, un pilote non identifié a dit sur la fréquence habituelle : « Quelqu'un sait-il ce qu'est cette fumée au bas de Manhattan ? »

Le vol 11 s'était écrasé contre la tour nord du World Trade Center quelques minutes auparavant et seul un effroyable silence répondait à nouveau aux appels répétés du contrôleur aérien au vol 175.

A 8 h 53, après que le vol 175 eut survolé la vallée de l'Hudson à environ 800 km/heure - plus de deux fois la vitesse légale -, la réalité a commencé à apparaître au contrôleur au sol de Long Island. « Il se pourrait qu'on ait un détournement, dit-il, nous avons quelques problèmes par ici en ce moment. »

Il ne savait pas le pire.

Quelques instants après que le premier avion eut percuté le World Trade Center, un contrôleur d'Indianapolis a essayé d'entrer en contact avec le vol American Airlines 77, qui était parti de l'aéroport international de Dulles, à Washington, en direction de Los Angeles. « American 77, Indy », répétait inlassablement le contrôleur. « American 77, Indy, contrôle radio. Me recevez-vous ? »

A 8 h 56, il était évident que le vol 77 était perdu. L'Administration fédérale de l'aviation (FAA), déjà en contact avec le Pentagone au sujet des détournements commis au départ de Boston, a informé le commandement de la défense aérospatiale américaine (Norad) au sujet du vol 77 à 9 h 24, vingt-huit minutes plus tard. Les chasseurs bombardiers ont immédiatement décollé. Le contrôleur de la FAA a appelé l'aiguilleur d'American Airlines à Dallas pour tenter de contacter le vol 77 sur une autre radio, mais en vain.

A 9 h 09, l'aiguilleur d'American Airlines a dit qu'il ne pouvait pas atteindre le vol 77, mais que la compagnie avait « un rapport non confirmé selon lequel le deuxième avion avait percuté le World Trade Center et avait explosé ». Il semblait suggérer que le vol 77 pouvait être cet avion, mais en fait le vol American Airlines 77 volait à pleine vitesse au-dessus de Pittsburgh, en direction de Washington.

A 9 h 33, le contrôleur aérien de Dulles, qui s'était occupé du départ parfaitement normal du vol 77 environ soixante-dix minutes plus tôt, a découvert un bip non identifié sur l'écran radar. Les contrôleurs de Dulles ont appelé leurs confrères à l'aéroport national Reagan pour signaler qu' « une cible de première importance se déplaçant rapidement », autrement dit un avion sans transpondeur, volait rapidement vers l'est, en direction de l'espace aérien interdit au-dessus de la Maison Blanche, du Capitole et du Monument de Washington.

A 9 h 36, l'aéroport national, qui se trouvait sur la trajectoire du vol American Airlines 77, a demandé à un avion cargo militaire C-130 qui décollait pour un vol régulier de la base militaire d'Andrews - dans le Maryland, de l'autre côté du district de Columbia - d'intercepter et d'identifier la cible « se déplaçant rapidement ». L'équipage du C-130 a répondu qu'il s'agissait d'un Boeing 757, volant rapidement et à basse altitude.

L'avion se dirigeait vers le coeur de Washington. Mais alors qu'il survolait le Pentagone à environ 7 000 pieds, il a commencé d'effectuer un virage à 360 degrés sur la droite, qui l'a presque amené au niveau du sol. Il s'est écrasé sur l'aile ouest du Pentagone à 9 h 38.

AU moment de l'impact, il volait bien au-dessus des 800 km/h, ce qui a amplifié son effet destructeur et l'a rendu plus maniable. Les enquêteurs ont plus tard déterminé que l'avion volait sur pilotage automatique lorsqu'il s'approchait du Pentagone.

Juste quelques minutes avant le crash sur le Pentagone, le vol 93 d'United Airlines, qui ralliait Newark à San Francisco, a dévié de sa trajectoire près de Cleveland. Il apparaît aujourd'hui que le vol 93 a été averti des détournements. L'équipage a dû entendre, s'imposant par-dessus le bruit de fond dans le cockpit, le son d'un « bing » électronique, comme celui qui signale l'arrivée d'un e-mail sur un ordinateur de bureau. Il s'agissait d'un message radio en provenance d'un aiguilleur du ciel près de Chicago. Le message disait, en lettres vertes sur fond noir : « Attention, intrusion dans le cockpit ! »

Le message a été envoyé par un aiguilleur en poste au bureau transcontinental du centre des opérations d'United, près de l'aéroport international O'Hare, qui avait la responsabilité de suivre les vols 175 et 93, aussi bien que quatorze autres avions ce matin-là. Après que le détournement du vol 175 d'United eut été confirmé, il a envoyé le message d'alerte à tous les avions qu'il surveillait. Dans le cockpit du vol 93, le capitaine Jason Dahl et son copilote, Leroy Homer, poursuivaient leur route vers l'ouest. Ils n'avaient aucune raison de réagir de manière radicale, dans les ultimes instants de ce monde d'avant les attentats. « Si j'avais reçu un message d'une telle nature au cours d'un jour normal aux Etats-Unis, j'aurais pensé «Pauvres types !», avant de me dire : «Cela s'est déjà produit, cela ne va probablement pas arriver encore une fois» », a noté un responsable de l'aviation civile.

Depuis le 11 septembre, plusieurs informations ont fait état d'une bagarre entre les pirates de l'air et les passagers du vol 93. Des personnes en charge du contrôle du trafic aérien ont précisé que le FBI avait saisi les enregistrements des conversations dans cet avion. Mais selon un responsable qui a écouté ces enregistrements, « le bruit très fort et embrouillé d'une confrontation a été entendu sur la fréquence, avec parfois des phrases compréhensibles, du type : «Hé ! Tirez-vous d'ici ! » ». Une langue étrangère a été entendue sur la fréquence ; les contrôleurs ont pensé qu'il s'agissait d'arabe.

Le vol 93 s'est écrasé dans un champ de l'ouest de la Pennsylvanie à 10 h 10. Mais, avant la dernière intrusion dans le cockpit, un des pilotes a apparemment actionné l'appareil qui avait reçu l'e-mail d'alerte de Chicago, il a pressé un bouton qui a fait apparaître un clavier à l'écran et il a tapé une réponse d'un mot : « Confirmé ». Le temps que les F-16 de la base de l'armée de l'air de Langley, à Hampton (Virginie), arrivent, le mal était fait.

A Langley et à la base Otis de la Garde aérienne nationale, à Falmouth (Massachusetts), au cap Cod, deux équipes de pilotes de chasse passaient la matinée comme ils en avaient l'habitude : assis en posture d'attente, se demandant s'ils finiraient la journée sans entendre le coup de klaxon qui les propulserait à toute vitesse vers les cockpits de leurs jets supersoniques.

Depuis des années, la menace d'une attaque aérienne sur le sol américain était considérée comme si ténue qu'en ce matin du 11 septembre l'ensemble du pays était défendu par quatorze avions de la Garde aérienne nationale, dispersés sur sept bases différentes.

Le premier appel sur le détournement du vol 11 est arrivé à Otis à 8 h 46, six minutes après que la FAA eut averti le secteur de la défense aérienne du Nord-Est, à Rome (New York), qui est une division du Norad. Six minutes plus tard, deux vieux F-15, construits en 1977 et équipés de missiles à guidage radar et infrarouge, avaient décollé en urgence. L'un des pilotes était un garde à mi-temps, habituellement pilote de ligne dans l'aviation commerciale ; l'autre jet était piloté par un membre à temps plein de la Garde aérienne nationale. Les ordres sont arrivés trop tard. Le premier avion plongeait dans le World Trade Center alors que les pilotes d'Otis couraient vers leurs jets. Le vol 175 d'United percutait la seconde tour à 9 h 02, dix minutes après que les chasseurs avaient décollé, alors que les F-15 étaient encore à une distance de 114 kilomètres, ou huit minutes de vol. Quand ils sont arrivés sur place, les pilotes désemparés ont eu les premières vues aériennes de la dévastation. Les trois F-16 de Langley, tous assignés à la Garde aérienne nationale du Dakota du Nord, et surnommés les « Happy Hooligans », ont aussi décollé trop tard pour intercepter le vol 77 d'American Airlines, qui s'est abîmé sur le Pentagone.

SI le vol 93 d'United Airlines ne s'était pas écrasé en Pennsylvanie, les trois pilotes de Langley - deux d'entre eux sont pilotes dans l'aviation civile - auraient dû faire face à la décision cauchemardesque d'abattre l'avion de ligne, avec ses trente-huit passagers et sept membres d'équipage. « Cela nous a préservés d'avoir à accomplir l'impensable, a noté Mike J. Haugen, adjudant général de la Garde nationale du Dakota du Nord. Ce serait revenu à utiliser nos propres armes et notre propre formation contre nos propres citoyens. » L'armée a refusé que ses pilotes soient interviewés, et le New York Times a accepté de ne pas publier leurs noms pour des raisons de sécurité. Mais des détails sur leurs activités du 11 septembre sont apparus par le biais d'interviews avec d'autres membres de la garde. A Langley, le pilote désigné comme chef d'escadrille, un pilote de trente-trois ans de Northwest Airlines, était en train de se faire un café lorsque quelqu'un a hurlé dans la salle de la télévision : « Hé ! un avion vient de heurter le World Trade Center ! » « Tout à coup, a relevé le colonel Lyle Andvik, un ancien commandant de l'unité, il s'est passé quelque chose qu'aucun d'entre nous n'arrivait à croire. Nous avons eu un ordre du secteur de la défense aérienne du Nord-Est, les pilotes ont eu droit au coup de trompe d'alarme, puis ils se sont rués dans les escaliers, puis dehors, puis dans leur avion, et ils sont partis. A ce moment-là, ils ne réalisaient pas pourquoi ils décollaient en urgence. Ils ne réalisaient pas que d'autres avions avaient été détournés. »

A 9 h 30, six minutes après avoir reçu leurs ordres du secteur de la défense, désigné sous le nom de code Huntress, trois F-16 décollaient en urgence. Selon le général Haugen, les avions ont d'abord été envoyés vers New York à vitesse maximale et ont probablement atteint les 960 km/h en deux minutes. Puis, volant en formation, ils ont été dirigés vers l'ouest et vers un nouvel objectif : l'aéroport national Reagan. Les avions, chargés de six missiles chacun, avaient ralenti à une vitesse légèrement inférieure à celle du son et volaient à environ 25 000 pieds lorsque les pilotes ont entendu dans leurs casques radio que la FAA avait donné l'ordre à tous les avions civils de se poser. Puis un nouvel indice de la gravité de la situation s'est matérialisé sous la forme d'un signal sur le transpondeur de leur avion, un code qui suggère presque une situation d'urgence en temps de guerre. « Ils ont reçu le signal et ils ont entendu que les avions étaient censés se poser, puis «Huntress» a dit : « Vol Hooligan, pouvez-vous confirmer que le Pentagone est en feu ?» », raconte le général Haugen, ajoutant que le chef d'escadrille avait regardé en bas et confirmé que le Pentagone brûlait. Puis les pilotes ont reçu l'ordre le plus surréaliste de cette épouvantable matinée. « Une personne est intervenue à la radio, raconte le général Haugen, et s'est identifiée comme faisant partie des services secrets, puis elle a dit : «Je veux que vous protégiez la Maison Blanche à tout prix.» »


MATTHEW L. WALD, AVEC KEVIN SACK


"The pure and simple truth is rarely pure and never simple"
~Oscar Wilde

Hors ligne

 

#20 14-10-2007 03:54:29

Marc
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Le gouvernement américain cherche ses marques dans la bataille de l'anthrax
Article paru dans l'édition du 20.10.01

Au contraire de la campagne diplomatico-militaire, la gestion de la crise bioterroriste souffre d'un manque de coordination, malgré la création d'un office de la sécurité intérieure. Deux nouveaux cas ont été annoncés jeudi, à New York et à Trenton, dans le New Jersey   



    'exécutif américain cherche son Rudolph Giuliani sur le front de l'anthrax. Depuis le premier cas déclaré de maladie du charbon, en Floride, il y a deux semaines, une des batailles les plus difficiles que doit mener le gouvernement est celle de la communication. Comme toujours en période de crise, il ne s'agit pas d'« image », mais d'intelligence, de discernement dans l'établissement des priorités, de capacité à diriger les hommes et à coordonner les services, d'efficacité, de présence, bref, de cette autorité avec laquelle le maire de New York a organisé et incarné la résistance de sa ville après le 11 septembre. Face à la peur que répand le terrorisme bactériologique, l'administration Bush n'a pas trouvé la bonne réponse.

Elle a d'abord été absente, laissant aux autorités sanitaires et judiciaires de Floride la charge des décisions à prendre et des annonces à faire lorsqu'un citoyen de Boca Raton - dont il a seulement été dit alors qu'il était d'origine anglaise et qu'il aimait le camping - a été découvert, le 3 octobre, atteint de la forme pulmonaire de l'anthrax.

Robert Stevens meurt le 5 octobre et, deux jours plus tard, le ministre de la santé, Thomas Thompson, explique que le malade a peut-être bu l'eau d'une rivière contaminée par des animaux. Le 8 octobre, un deuxième cas est découvert, celui de Ernesto Blanco, qui travaillait dans le même bâtiment. On apprend que cet immeuble abrite un groupe de journaux à sensation vendus dans les supermarchés. On n'apprend pas, en revanche, que M. Blanco avait été hospitalisé avant son collègue pour une pneumonie. Il est réputé « porteur sain » du germe de l'anthrax.

Il faudra qu'une troisième salariée de la même entreprise soit trouvée porteuse de la bactérie pour que John Ashcroft, ministre de la justice, entre en scène, le 11 octobre, et annonce l'ouverture d'une enquête judiciaire. Le 12 octobre, au début de la soirée, Richard Cheney, le vice-président, répond aux questions de la chaîne publique PBS, que le gouvernement n'a aucun indice précis quant à l'origine de ce terrorisme, mais qu'il est raisonnable de partir de l'hypothèse d'un lien avec les attaques du 11 septembre. M. Cheney sait sans doute ce qui ne sera rendu public que plus tard dans la soirée : une employée de NBC News, à New York, est atteinte d'un anthrax cutané. M. Giuliani est de retour sur les écrans de télévision, entouré du président de la chaîne de télévision et du chef de la police new-yorkaise. « PRIORITÉ NUMÉRO UN »

Le gouvernement paraît dépassé. M. Thompson est envoyé dans les nombreuses émissions d'actualité du week-end pour répondre aux questions sur la gravité de ces contaminations, sur le risque qu'elles ne s'étendent, sur les moyens d'y faire face. Sa force de conviction souffre de ses premiers propos sur le premier malade et du retard avec lequel il a pris lui-même la mesure de ce qui se passe.

M. Ashcroft, de son côté, répète que des agents terroristes ayant participé aux attentats du 11 septembre sont probablement « toujours présents aux Etats-Unis » . Lundi 15 octobre, une enveloppe contenant de l'anthrax est ouverte dans les bureaux du sénateur Tom Daschle à Washington, et, mercredi, le nombre de personnes contaminées dans ce bâtiment du Sénat est de trente-quatre. La confusion est portée à son comble par les décisions contraires de la Chambre des représentants, qui se met en congé, et du Sénat, qui décide de continuer à siéger jeudi.

Le 20 septembre, pourtant, George Bush a annoncé la création, à la Maison Blanche, d'un nouvel office, celui de la sécurité du territoire, confié à son ami Thomas Ridge, jusque-là gouverneur de Pennsylvanie. De M. Ridge, installé solennellement le 8 octobre, on n'a rien entendu à propos de l'anthrax - ni sur aucun autre sujet, d'ailleurs - jusqu'à une interview accordée à NBC le 16 octobre et indiquant que la maladie du charbon est sa « priorité numéro un pour cette semaine et pour les semaines à venir ».

Jeudi 18, M. Ridge a donné une conférence de presse, pour laquelle il s'était entouré de M. Ashcroft, du directeur du FBI, Robert Mueller, du chef du service de santé de l'armée, le chirurgien général David Satcher, du directeur de la poste, etc. Il s'agissait de montrer que les administrations concernées travaillent, qu'elles travaillent ensemble et que la situation est sous contrôle.

La démonstration a été un peu affaiblie par l'étrange affirmation de M. Ridge selon laquelle, sur les « milliers » de personnes testées, seules cinq ont eu des tests positifs. Il voulait dire que la maladie ne s'était déclarée que chez cinq personnes. Une sixième, employée par la chaîne CBS à New York, était sur le point de s'ajouter à la liste, a précisé M. Ridge ; plus tard, le nombre de malades est passé à sept avec un postier de Trenton, dans le New Jersey, atteint lui aussi d'anthrax cutané. « Etes-vous le patron ou bien un coordinateur ? », a demandé un journaliste au directeur de l'office de sécurité du territoire. « Je pense qu'un coordinateur, c'est comme un chef d'orchestre : la musique ne part que quand il abaisse sa baguette », a répondu M. Ridge, avant de se corriger aussitôt : « En cas d'activité bioterroriste, plusieurs agences se déclenchent immédiatement et simultanément. » L'ambiguïté, dénoncée par plusieurs parlementaires dès l'annonce de la création de ce poste, n'est manifestement pas dissipée.


PATRICK JARREAU



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La Maison Blanche est à son tour victime d'actes terroristes
Les autorités sont débordées par l'extension de la contamination due aux spores de la maladie du charbon
Article paru dans l'édition du 25.10.01   



    a nouvelle la plus spectaculaire a été, mardi 23 octobre, la découverte de spores de la maladie du charbon sur une machine servant à ouvrir le courrier de la Maison Blanche. Cette machine est installée dans un bâtiment militaire situé loin de la présidence. Le courrier qu'elle reçoit lui vient de Brentwood, le principal centre de tri de Washington, où est passée la lettre empoisonnée adressée à Tom Daschle, le chef de la majorité démocrate du Sénat, et où travaillaient les deux postiers morts d'un anthrax pulmonaire.

Selon le porte-parole de la Maison Blanche, Ari Fleischer, le service secret, qui est chargé de la sécurité du président, procède régulièrement à des contrôles, dont le dernier s'est révélé positif. Le nombre de spores trouvés sur cette machine est très faible, de l'ordre d'une vingtaine, alors qu'il faut qu'une personne en inhale plusieurs milliers pour attraper la maladie. Néanmoins, les employés chargés de recevoir le courrier à la Maison Blanche même ont été soumis à des examens. « Je n'ai pas l'anthrax », a répondu George Bush, interrogé alors qu'il venait de recevoir des délégations des commissions des affaires étrangères du Sénat et de la Chambre des représentants. La question posée était de savoir si lui-même et le vice-président, Richard Cheney, avaient subi des tests de dépistage. « Je n'ai pas l'anthrax », a-t-il répété, ce qui était peut-être une manière de répondre positivement. Une fois de plus, les informations sont lacunaires : pourquoi faire passer des tests aux seuls employés de la salle de courrier de la présidence et non à tout le personnel qui pu recevoir ou transporter du courrier ?

Et si M. Bush peut répondre catégoriquement qu'il « n'a pas » l'anthrax, faut-il comprendre qu'il a subi un examen, en fait, dès dimanche ou lundi, compte tenu du temps nécessaire pour avoir le résultat de tels prélèvements ? M. Fleischer a pourtant indiqué que la découverte de ces traces d'anthrax datait du matin même et que les responsables de la présidence en avaient été informés en début d'après-midi.

Lorsque M. Bush a été interrogé par les journalistes, la deuxième question posée, après celle des tests qu'il avait lui-même subis, a porté sur l'origine de ces envois. « Il n'y a pas de doute que les malfaisants continuent à essayer de faire du mal à l'Amérique et aux Américains », a-t-il répondu. Mais existe- t-il, selon lui, un lien avec les attentats du 11 septembre ? « Nous n'en avons pas de preuve solide, a dit M. Bush, mais il ne fait pas de doute que toute personne qui envoie de l'anthrax par la poste dans l'intention de faire du mal à des citoyens américains est un terroriste. Et il ne fait pas de doute que Al-Qaida est une organisation terroriste. » Cette hypothèse avait paru renforcée, le matin, lorsque le président avait reçu les dirigeants républicains et démocrates du Congrès.

CENTRES DE TRI

L'un d'entre eux, Richard Gephardt, chef de la minorité démocrate de la Chambre, avait déclaré, en quittant la Maison Blanche : « Je ne pense pas que nous soyons en mesure de le prouver, mais je pense que nous le soupçonnons tous. » Le député du Missouri avait insisté sur le fait que la volatilité du produit, responsable de la contamination d'une trentaine de personnes au Capitole et de la mort de deux postiers de Washington, prouvait qu'il était « de niveau militaire ».

Ces affirmations, énoncées après un entretien avec le chef de l'Etat, avaient donné à penser que M. Gephardt et les autres parlementaires venaient de recevoir de M. Bush des informations nouvelles. Des déclarations du ministre de la justice, John Ashcroft, paraissaient indiquer, elles aussi, que des indices plus précis, liant les envois de germes du charbon aux auteurs des attaques du 11 septembre sur New York et Washington, avaient été trouvés. Dans l'après-midi, le porte-parole de la présidence a démenti la découverte d'éléments nouveaux et classé les propos de M. Gephardt dans la catégorie de ce que le sens commun peut supposer.

Mais les postiers étaient encore, mardi, le principal pôle d'attention des télévisions. Des bus, mis à leur disposition par la direction de la Poste, ont ainsi convoyé vers le General Hospital des centaines d'employés ou des visiteurs occasionnels de leurs installations. Parmi ceux-ci, le maire de Washington, Anthony Williams, et sa mère, qui avaient visité des centres de tri, vendredi dernier. A chacun, bien sûr, était remis une provision d'antibiotiques. Et à voir l'insistance avec laquelle les autorités politiques et médicales de la ville appelaient les employés et toute personne ayant fréquenté un bureau de poste et ressentant des symptômes évoquant la grippe à consulter au plus vite, on percevait combien leur inquiétude était grande.

La maladie du charbon était bien à l'origine des deux décès de postiers annoncés la veille ; deux autres malades, grièvement atteints, sont dans un état stable, veillés par des médecins qui se refusent au moindre diagnostic ; seize autres employés de la poste sont en observation, dont quatre sont hospitalisés et leur état est jugé alarmant. Le bilan s'aggrave donc. Et la révélation des résultats des enquêtes opérées dans le centre de tri postal de Brentwood, indiquant des traces de spores d'anthrax dans quatorze des vingt-neuf zones testées, a sans doute précipité la décision d'étendre la population soumise à examens et traitement.

Deux mille nouveaux employés répartis dans les trente-six bureaux de postes de la banlieue de Washington ont donc été incités à se rendre à l'hôpital pour y recevoir le désormais fameux Ciprobay. Brentwood, en tout cas, est bouclé, considéré, dit-on, comme « lieu d'un crime ». Le courrier qui y était en cours de traitement est placé en quarantaine. Et l'acheminement des plis très perturbé, voire interrompu dans plusieurs parties de la ville.

Les questions sur le retard des autorités à s'intéresser aux employés de la poste continuent de hanter les responsables de ce service public comme des services de santé. Chacun n'avait de cesse, mardi, de manifester attention, gratitude, solidarité. Le président Bush lui-même, évoquant les deux employés décédés, affirmait : « Nos coeurs sont avec leurs familles, nos prières sont avec leurs proches. » Des salariés protestaient cependant devant ce qui leur semblait au mieux une désinvolture, au pire une discrimination, face au traitement réservé au personnel du Congrès, testé dès la première alerte lancée par le sénateur Tom Daschle, après la découverte d'une lettre empoisonnée.

DISTRIBUTION D'ANTIBIOTIQUES

En fait, chercheurs et médecins avouaient mardi leur perplexité à l'annonce de la contamination du centre de Brentwood et de plusieurs de ses employés. Aucun n'avait pensé que les postiers couraient des risques. Aucun ne croyait possible qu'une lettre fermée puisse être dangereuse. Encore qu'il n'existe pratiquement pas d'enveloppe parfaitement étanche. Pliée, secouée, mal collée, la lettre peut facilement laisser échapper des spores très raffinées qui, une fois dans l'air, pourraient être inhalées par les postiers. « Un peu comme un gaz qui se diffuse dans une pièce ou un bâtiment », expliquait Richard Spertzel, ancien patron de la mission d'inspection des armes biologiques pour les Nations unies, en Irak. De quoi réévaluer la notion et l'étendue de la menace posée par le courrier infecté. Celui-ci pourrait-il contaminer d'autres lettres ? D'autres lettres déjà distribuées dans les administrations, les entreprises, et chez les particuliers ? Faudrait-il alors que tous ceux qui ont reçu récemment des plis passés par le centre de Brentwood se manifestent auprès des autorités médicales ?

Le Washington Post croyait savoir, mercredi, que les responsables de la ville de Washington préparent un système de distribution d'antibiotiques à une large partie de la population, au cas où la contamination se révélerait plus large que prévu.

Signe évident d'inquiétude : les responsables de la poste de New York viennent de décider d'offrir un traitement antibiotique aux employés des six centres de Manhattan par lesquels aurait pu passer l'une des lettres empoisonnées.


ANNICK COJEAN ET PATRICK JARREAU



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Les experts du GAFI se penchent sur les filières financières du terrorisme.
Les preuves contre Al-Qaida seront difficiles à établir
Article paru dans l'édition du 30.10.01   



    UIT semaines après les attentats de New York et de Washington, les organismes de contrôle financiers des pays occidentaux ont une idée plus précise de la tâche à accomplir pour traquer l'argent noir du terrorisme. Après avoir procédé au gel des comptes appartenant aux personnes ou organismes figurant sur les listes établies par les institutions internationales, les Etats, et notamment la France, ont pu constater qu'il serait non seulement difficile de bloquer efficacement les filières de financement du terrorisme mais qu'il sera tout aussi ardu de démontrer un lien entre des fonds appartenant à la nébuleuse islamiste et les commandos oeuvrant pour Oussama Ben Laden.

Début juillet, l'Union européenne avait transposé la résolution onusienne du 19 décembre 2000 dans les textes communautaires pour permettre aux Etats membres d'agir contre ces fonds suspects. Cette résolution, adoptée par 13 voix pour et 2 abstentions (la Chine et la Malaisie) stipule que les Etats doivent « fermer complètement les représentations des talibans sur leurs territoires ; fermer immédiatement les bureaux d'Ariana Afghan Airlines ; geler sans délai les fonds et les autres actifs financiers d'Oussama Ben Laden et des individus et sociétés qui lui seraient proches, y compris ceux appartenant à l'organisation Al-Qaida ainsi que les fonds dérivés ou générés par des propriétés détenues ou contrôlées par Oussama Ben Laden ou ses proches ».

Une liste de plus de trois cents noms a été soumise aux banques, comprenant également le gouvernement des talibans au grand complet ainsi que les gouverneurs des provinces, le personnel de l'ambassade des talibans à Islamabad et des consulats à Peshawar, Karachi et Quetta. Au terme des recherches, le ministère des finances français a obtenu la mise sous séquestre de seulement 26,3 millions de francs. De plus, la moitié de cette somme a été saisie sur trois comptes de la seule banque centrale afghane ouverts au sein de la banque Crédit agricole Indosuez. Les autres fonds bloqués par la France appartenaient également à des institutions afghanes. A cette occasion, aucun lien financier n'a été mis en évidence entre les détenteurs de ces comptes et les réseaux Ben Laden ou des membres de l'organisation terroriste Al-Qaida.

Les attentats du 11 septembre ont conduit les autorités américaines à transmettre une nouvelle liste comprenant des organisations humanitaires et des sociétés établies dans des pays suspectés d'être des bases arrière d'Oussama Ben Laden : quatre banques au Soudan - Al Shamal Islamic Bank, Tadaman Islamic Bank, Dubai Islamic Bank, Faisal Islamic -, la National Company for Development and Trade - également soudanaise -, une banque au Koweït - la Koweit Finance House -, une à Bahrein - la Bahrein International Bank -, ainsi que le ministère des affaires sociales des Emirats arabes unis. Le ministère des finances français a de nouveau, ordonné la collecte de l'information et le gel des fonds détenus par ces nouveaux suspects. Les autorités françaises ont constaté que les établissements financiers n'hébergeaient aucun des comptes inscrits sur la liste.

Le gouvernement britannique a recensé 645,3 millions de francs, appartenant essentiellement au régime taliban, dont une partie avait été déposée sur des comptes de la banque Barclays. Les comptes de l'Agricultural Development Bank of Afghanistan au Royaume-Uni ont été gelés ainsi que ceux de la compagnie aérienne afghane à la Citybank. En Allemagne, des recherches identiques ont permis de geler 27 millions de francs sur 214 comptes bancaires, dont certains avaient été ouverts par des institutions afghanes et des organismes de développement au Pakistan et en Turquie.

Les Etats-Unis ont entrepris, dès 1998, le gel des fonds suspects après les attentats perpétrés, le 7 août 1998, contre les ambassades américaines du Kenya et de Tanzanie. A ce jour, les autorités américaines ont indiqué avoir bloqué plus de 700 millions de dollars appartenant à des organismes ou des individus suspectés d'avoir directement ou indirectement financé l'organisation Al-Qaida ou des proches d'Oussama Ben Laden. Les Etats-Unis conservent, pour leur part, une grande discrétion sur l'identité des titulaires des comptes gelés car la révélation des noms des propriétaires, dont un grand nombre réside dans les pays du Moyen-Orient risquerait de mettre à mal la fragile coalition antiterroriste.


JACQUES FOLLOROU


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Les musulmans et la « démonisation » de l'ennemi
Article paru dans l'édition du 30.10.01   



    E SONT DES FANTASMES, mais ils en disent long sur les sociétés d'où ils émanent : le « véritable » auteur masqué des attentats du 11 septembre serait... Israël. La rumeur court, du monde arabe au Pakistan et jusque dans nos banlieues. Avocat aisé, le père du kamikaze Mohammed Atta livre son intime conviction : le Mossad, le service secret israélien, a usurpé l'identité de son enfant pour lui imputer le crime. S'il ne s'agissait que de la douleur d'un père... Mais non. Comment se fait-il, demandent la télévision syrienne et nombre de journaux arabes, que si peu de juifs aient péri dans le World Trade Center ? Sous-entendu : eux si nombreux à New York et dans la finance... L'explication est simple : « Le Mossad les a prévenus. » Sans parler de tous ceux convaincus que Washington est le vrai maître d'oeuvre de tous les événements. « A qui profite le crime », n'est-ce pas ?

Les théories du complot font aujourd'hui florès dans le monde arabo-musulman. Elles ne datent pas du 11 septembre. Après le décès de Lady D., en 1997, Le Caire bruissait d'une certitude : la princesse Diana n'était pas morte dans un accident. Non : sur ordre de la reine, le MI5 l'avait assassinée, elle et son amant égyptien, parce qu'elle portait l'enfant d'un Arabe... Ces visions machiavéliques et manipulatoires sont le symptôme d'une profonde régression politique et intellectuelle. Ce sont elles qui ont amené une partie de l'intelligentsia égyptienne à faire du négationniste Roger Garaudy la star de la Foire du livre du Caire, il y a quatre ans. Personne mieux qu'Edward Said, le célèbre professeur palestinien de Columbia, n'a su montrer combien, véhiculés par une intelligentsia qui a massivement renoncé à son rôle critique, ces fantasmes participent d'une « soumission » de l'esprit à des pouvoirs constitués autoritaires et à la magie de la déresponsabilisation, litière du fatalisme islamique - et de sa vulgate fanatique.

Qu'une partie de la « rue » musulmane s'enflamme aujourd'hui pour des démagogues obscurantistes est un drame et un immense danger (d'abord pour elle-même).

Mais que des intellectuels, nombreux, alimentent ou cautionnent cet obscurantisme est un crime.

Car, cinquante ans après les indépendances, que reste-t-il, une fois réduits à néant les mouvements communiste et nationaliste, porteurs d'émancipation laïque mais qui ont lamentablement failli ? Il reste une vision du monde des élites intellectuelles dans laquelle les malheurs qui frappent leurs peuples viennent, toujours, de l'Autre. Eux ne sont comptables de rien. « Nous sommes des victimes, nous n'avons aucune responsabilité dans ce qui s'est passé » : tel est l'état d'esprit le plus communément répandu, depuis longtemps maintenant, dans le monde arabe, expliquait récemment, pour en dénoncer les dangers, l'éditorialiste d' al Hayat ( Courrier international du 11 octobre).

Cette « déresponsabilisation » systématique fournit le terreau des fantasmes qui ravagent la rue musulmane. En Egypte, une certaine presse s'est fait un métier d'expliquer que tout le « mal » - sida, drogues, prostitution, homosexualité, corruption... - « vient d'Israël ». Car cet Autre est forcément un étranger. Un étranger si puissant et machiavélique - Israël, l'Amérique - que les seules forces humaines n'en viendraient pas à bout. Devant cette impuissance revendiquée, qui, sinon Dieu, permettrait de s'extraire de cette fatalité ?

Cet Autre, source de tous les maux, est l'« objet du mal ». On ose à peine user de termes à connotation psychanalytique, tant on craint d'entrouvrir la porte à des « interprétations » elles aussi profondément racistes. « Telle une mère, l'Oumma, communauté des croyants musulmans, condamne ses rejetons terroristes, mais, par réflexe, les couve dès qu'ils sont en danger », écrit le psychanalyste Daniel Sibony ( Libération du 10 octobre), dans un texte, sosie sophistiqué des élucubrations d'en face contre « les juifs ». Reste que l'Amérique et Israël sont bien devenus ces « objets du mal » qui obscurcissent toute pensée rationnelle. Car il n'est point besoin de démoniser ces pays : nombre de leurs actes sont suffisamment attentatoires aux libertés pour être dénoncés pour ce qu'ils sont. Si, donc, on fantasme, c'est que l'on ne se situe plus sur le terrain politique, mais sur celui, visqueux, du racisme.

A cette aune : oui, les Palestiniens subissent une oppression coloniale, oui, des enfants irakiens meurent de l'embargo, oui, une arrogante Amérique impose sa loi du plus fort aux peuples faibles... Mais quand les incantations antiaméricaines et anti-israéliennes n'ont pour autre objet que de justifier la joie éprouvée à voir s'écrouler les Twin Towers, seuls en bénéficient les islamistes, qui accueillent à bras ouverts les frustrations populaires. En bénéficient, aussi, les pouvoirs constitués, qui voient ces frustrations dérivées vers un « ailleurs » mythifié. Sans parler de ces « anti-islamistes » qui masquent à peine leur jubilation. Confer l'étrange coalition entre généraux algériens, israéliens et russes qui, au lendemain du 11 septembre, clament à l'unisson : « On vous l'avait bien dit » !

MENSONGES ET DÉNI

Certes, la « démonisation » de l'Autre se nourrit du déni dont on fait soi-même l'objet. Ainsi comprend-on combien, pour une immense part de l'humanité, peut être insupportable la bonne conscience d'une Amérique qui s'interroge benoîtement : « Pourquoi nous déteste-t-on tant » ? Tout musulman est aujourd'hui en droit de se sentir agressé par la « croisade » du « Bien contre le Mal » que lui promet non pas un illuminé apocalyptique, mais le président des Etats-Unis, George Bush. Tout Palestinien des territoires qui vit dans la peur quotidienne de l'armée israélienne ne peut que se sentir nié et avili lorsqu'il entend un dirigeant du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) évoquer « une occupation que la plupart des Palestiniens ne subissent plus aujourd'hui ». Ou lorsque l'ambassadeur d'Israël en France, Elie Barnavi, historien qu'on a connu mieux inspiré, compare Israël à quelqu'un qui aurait acquis rubis sur l'ongle un bien que le vendeur lui contesterait depuis ( Le Monde du 4 janvier), alors que plus de 80 % des terres de l'Etat d'Israël et des biens qu'elles contenaient ont été proprement pris aux Palestiniens. Rien n'est plus intolérable pour sa victime que ce déni, cette machine à travestir les faits.

Mais rien, aussi, n'est plus autodestructeur que de répondre au déni subi par la démonisation raciste. Or la phobie raciste n'est pas seulement haïssable lorsqu'elle émane du fort contre le faible. Elle l'est autant, et tout aussi dangereuse, lorsqu'elle s'empare des classes ou des peuples asservis. Pour mémoire, les puissants haïrent dans le juif le « bolchevik », le responsable de tous les désordres. A l'inverse, les « déshérités » haïrent en lui Rothschild. Ce racisme-là n'était pas plus légitime ni moins dangereux que le premier. D'ailleurs, Hitler sut très bien conjuguer les deux musiques.

Tout comme le terrorisme aveugle qu'elles génèrent, l'autoexonération de toute responsabilité et la démonisation raciste restent et resteront toujours les armes du faible, du vaincu d'avance. Quand Israël dénonce la corruption, l'absence de démocratie de l'Autorité palestinienne et des régimes arabes, ce n'est, au fond, que pour mieux dériver l'attention de l'oppression coloniale qu'il impose aux Palestiniens. Mais quand un très grand nombre d'ONG du monde arabo-musulman se focalisent, comme à Durban, sur Israël et « les juifs », unique démon de notre réalité, quand, comme écrit l'éditorialiste d' Al Hayat, « on se contente de cette seule grille d'explication » pour appréhender la réalité, c'est que l'on « refuse les transformations du monde avec une obstination qui fait le lit de la violence ». « Toutes les guerres, assène le quotidien arabe de Londres, mènent à une autre époque. Sauf nos guerres » ! Parce que, clame-t-il, « la modernité ne nous habite pas. Nous n'avons pas admis la démocratie, la laïcité, les principes du droit ».

Les mensonges et le déni, le racisme et la démonisation de l'Autre, le chauvinisme ethnocentré qui pointe les tares de l'adversaire pour occulter les siennes propres, se nourrissent mutuellement pour mieux se rejeter. Le courage et la probité intellectuels consistent, à l'inverse, à faire oeuvre de pédagogie, à se tourner vers les siens pour leur dire les vérités qu'ils occultent. C'est le courage de l'éditorialiste d' Al Hayat. C'est celui d'Edward Saïd, critique acerbe du régime d''Arafat qui appelle aussi les Palestiniens à se confronter à la centralité de la Shoah. C'est le courage d'un Yossi Beilin, ancien ministre de la justice d'Ehoud Barak, qui exhorte les Israéliens à admettre qu' « on ne peut pas exiger des Palestiniens de renoncer au droit au retour ». Ceux-là sont peu nombreux ? Leur effort de lucidité n'en est que plus admirable.


SYLVAIN CYPEL


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#21 14-10-2007 04:01:36

Marc
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Ben Laden aurait eu cet été un contact avec la CIA à Dubaï
Article paru dans l'édition du 01.11.01

L'hôpital américain de l'Emirat dément avoir soigné le chef d'Al-Qaida   



    'HÔPITAL américain de Dubaï a nié, mercredi 31 octobre, avoir accueilli et soigné en juillet 2001 Oussama Ben Laden, démentant ainsi des informations du Figaro et de Radio France Internationale. Dans son édition du 31 octobre, Le Figaro, s'appuyant sur le témoignage d'une personne présentée comme un « partenaire professionnel de la direction administrative de l'hôpital », écrit que le chef de l'organisation terroriste Al-Qaida aurait séjourné du 4 au 14 juillet 2001 à l'hôpital de Dubaï, dans les Emirats arabes unis. Toujours selon ce témoin cité par Le Figaro, Oussama Ben Laden aurait au cours de son séjour rencontré le représentant local de la CIA. « Oussama Ben Laden n'a jamais fait partie de nos patients et n'a jamais été soigné ici (...). Cet hôpital est trop petit pour que quelqu'un puisse y être admis par la porte de service », a déclaré, mercredi à l'Agence France-Presse, le directeur de l'hôpital, Bernard Khoval. Homme le plus recherché par les Etats-Unis depuis les attentats contre les ambassades américaines du Kenya et de Tanzanie en 1998, Oussama Ben Laden avait entretenu des liens avec la CIA durant les années 1980. Mercredi, les autorités émiraties se refusaient à tout commentaire sur cet éventuel séjour d'Oussama Ben Laden à Dubaï.

MALADIE DES REINS

Selon Le Figaro, le chef d'Al-Qaida serait arrivé à Dubaï le 4 juillet, en provenance de Quetta, au Pakistan, accompagné de son médecin personnel et collaborateur, l'Egyptien Ayman Al-Zawahri, de gardes du corps et d'un infirmier algérien. Il aurait été immédiatement transféré à l'hôpital pour y être soigné d'une maladie des reins.

Durant son traitement, Oussama Ben Laden aurait rencontré, outre plusieurs personnalités saoudiennes et émiraties, le représentant local de la CIA. Ce dernier, selon Le Figaro, se serait ensuite vanté devant quelques amis de cette rencontre. Citant « des sources autorisées », le quotidien ajoute que « l'agent de la CIA a été rappelé par sa centrale le 15 juillet, au lendemain du départ de Ben Laden pour Quetta ».
















Les investigations sur les attentats marquent le pas
Article paru dans l'édition du 03.11.01

Bien que Riyad mette en garde le FBI contre les usurpations d'identité, les recherches impliquent au moins quatre kamikazes originaires de régions rebelles du Sud de l'Arabie saoudite. L'enquête judiciaire est ralentie par la crise de l'anthrax   



    L'HEURE où les Etats-Unis redoutent de nouveaux attentats, les dix-neuf pirates de l'air du 11 septembre gardent leur part de mystère. A l'exception de leur chef, l'Egyptien Mohammed Atta, personnage clé du dossier, peu d'éléments ont filtré sur les autres terroristes. La police fédérale (FBI) a certes retracé leur parcours aux Etats-Unis et reconstitué autant que possible le scénario de l'opération, mais elle se heurte toujours à deux obstacles majeurs : le recueil d'informations sur le passé des kamikazes et l'identification de leurs éventuels complices.

Le FBI, dont les investigations sont ralenties par l'enquête sur les lettres contaminées, se montre toujours d'une extrême prudence à propos des « dix-neuf ». La liste diffusée sur son site Internet se garde de toute certitude : quatorze noms sont assortis d'une ou plusieurs identités complémentaires ; sept « alias » sont recensés pour le seul Atta ; aucune date de naissance n'est mentionnée pour douze des pirates de l'air...

La question des nationalités demeure également en suspens. Seules neuf personnes se voient attribuer par le FBI un « possible » pays d'origine, en l'occurrence l'Egypte pour Atta et l'Arabie Saoudite pour huit de ses complices. La presse américaine va plus loin en assurant qu'au moins treize de ces hommes, et non huit, étaient saoudiens. Quinze d'entre eux auraient obtenu leur visa auprès des consulats américains de Riyad et Jeddah. L'implication de citoyens saoudiens embarrasse les Etats-Unis, dont ce pays est un allié de poids. Les autorités de Riyad, critiquées pour leur manque de coopération, ont beau contester l'origine de certains kamikazes et mettre en garde contre les usurpations d'identités, il semble acquis qu'au moins quatre kamikazes venaient de deux régions du sud (Baha et Asir) réputées rebelles.

Fayez Rachid Ahmed Al-Qadi Banihammad - qui pourrait être émirati et non saoudien - serait parti de chez lui en 2000 pour rejoindre l'organisation humanitaire International Islamic Relief. Ahmed Al-Nami, connu pour être « très religieux », n'aurait plus donné signe de vie depuis décembre 2000. Deux frères, Wail et Waleed Al-Shehri, auraient quitté leur famille à la même époque. D'après leur père, l'aîné (Wail) souffrait de « problèmes psychologiques » et espérait trouver de « l'aide » à Médine. Enfin, un autre Saoudien, Hani Hanjour, avait grandi à Taëf (ouest du pays), dans la ferme familiale. Son premier séjour aux Etats-Unis daterait de 1990, à l'époque où son frère aîné travaillait dans l'Arizona.

Les commandos comportaient en outre un Emirati, Marouan Al-Shehhi, bras droit d'Atta. Tous deux avaient vécu à Hambourg (Allemagne), une ville considérée par le ministre de la justice, John Ashcroft, comme la « base arrière opérationnelle » des terroristes. Un troisième homme y avait séjourné : Ziad Samir Al-Jarrah, un Libanais de vingt-quatre ans qui était, d'après le Los Angeles Times, le fils d'un haut fonctionnaire de la sécurité sociale libanaise.

Partant de ces indications, les policiers distinguent deux groupes. D'un côté, les « dirigeants » : Atta et les pilotes. De l'autre, les « hommes de mains » : les Saoudiens, issus de milieux plus modestes, chargés de maîtriser les membres d'équipage et les passagers. Des mois durant, Atta et ses lieutenants ont supervisé l'installation de ces jeunes gens peu au fait de la société américaine. Tous ont vécu en célibataires et non en famille, comme cela avait été dit par erreur après les attentats.

Reste à déterminer l'ampleur du réseau. L'hypothèse d'une opération plus vaste, portant sur six détournements et impliquant jusqu'à une trentaine d'hommes, paraît abandonnée. Selon le Washington Post, les agents fédéraux auraient en revanche établi l'existence sur le sol américain d'une « demi-douzaine » de cellules d'Al-Qaida, l'organisation d'Oussama Ben Laden. Ces groupes ne sont pas nécessairement impliqués dans l'opération du 11 septembre mais disposent sans doute d'informations à ce sujet.

Plusieurs sympathisants d'Al-Qaida figureraient ainsi parmi les 977 personnes interpellées dans le pays depuis les attentats. Huit hommes retiennent surtout l'attention des enquêteurs. Cinq d'entre eux sont actuellement détenus : - Lotfi Raissi, un Algérien de vingt-sept ans, arrêté le 28 septembre en Grande-Bretagne, est soupçonné d'avoir formé au pilotage quatre des kamikazes. Les Etats-Unis demandent son extradition. - Zacarias Moussaoui, un Français d'origine marocaine, arrêté le 17 août dans le Minnesota, est soupçonné d'avoir fait partie du réseau. Peu avant son arrestation, il aurait reçu deux virements bancaires en provenance de Düsseldorf et d'Hambourg. - Jawad Azmath et Ayoub Ali Khan, de nationalité indienne, avaient été arrêtés le 12 septembre dans un train texan, en possession de cutters et d'une forte somme d'argent. Ils figuraient parmi les passagers d'un vol contraint de se poser dans le Missouri après les attentats. Les enquêteurs ont remarqué qu'ils étaient entièrement rasés ; une pratique semble-t-il habituelle pour les auteurs d'attentats-suicide. - Nabil Al-Marabh, un Koweitien de trente-quatre ans, avait été arrêté le 19 septembre près de Chicago. Le FBI soupçonne cet ancien chauffeur de taxi de Boston d'être un relais d'Al-Qaida aux Etats-Unis. Comme les trois suspects précédents, il est détenu à New-York.

A en croire les enquêteurs cités par les médias américains, ces hommes refuseraient de « collaborer » avec la police. De fait, aucune inculpation liée aux attentats n'a été notifiée à ce jour et l'enquête semble piétiner. Dans ces conditions, il semble une fois de plus que le volet européen des investigations soit plus instructif.

Trois personnes sont ainsi recherchées en Allemagne pour leurs liens avec le groupe de Hambourg : un Marocain, Zakariya Essabar ; un Yéménite, Ramzi Binalshib ; et Saïd Bahadji, un Allemand d'origine marocaine. En octobre 1999, Mohammed Atta et Marouan Al-Shehhi avaient assisté au mariage de Bahadji à Hambourg. Un autre suspect figurait parmi les convives : Mamoun Darkazanli, un homme d'affaires syrien considéré comme un relais financier des réseaux Ben Laden. Ces derniers développements confirment une évidence perceptible depuis plus d'un mois : les enquêteurs américains cherchent à l'étranger les secrets du 11 septembre.


PHILIPPE BROUSSARD


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#22 19-01-2009 19:13:45

fox67
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

En faisant le ménage sur mon pc, j'ai retrouvé cet article du Monde de 2002, signé Georges Marion. Désolé, je n'ai pas retrouvé l'URL de l'archive, malgré mes recherches.



La tragique série de bévues qui a précédé le 11 septembre

LE MONDE 04.10.02 13h03


L'hebdomadaire allemand "Die Zeit" dresse la liste tragique des coupables négligences qui ont jalonné le travail d'enquête des services spéciaux américains sur Al-Qaida. Beaucoup d'éléments sont troublants.

On peut toujours refaire l'histoire, étaler les mille petits signes qui, après coup, font système et auraient dû alerter ; expliquer que l'événement inattendu était en réalité prévisible s'il n'y avait pas eu de coupables négligences.

Face aux révélations sur les dysfonctionnements de la CIA et du FBI avant le 11 septembre, nombre de familles de victimes doivent penser que tout n'a pas été fait pour empêcher les avions de s'écraser sur New York et Washington.

L'administration Bush n'a pu éluder la question, tant abondent les éléments troublants. Mais les reproches faits aux services américains de renseignement et de lutte antiterroriste sont-ils mérités ? Die Zeit, qui semble le penser, publie un épais dossier intitulé "Fautes mortelles". "Les enquêteurs américains savaient que des attaques terroristes étaient en préparation, mais ils ont laissé agir les suspects", affirme l'hebdomadaire allemand, qui assure que la CIA et le FBI auraient pu tout empêcher. De là à penser – ce qui n'est ni affirmé ni suggéré – que Washington aurait monté toute l'affaire, il n'y a qu'un petit pas, que les adorateurs de la théorie du complot ont déjà franchi.

Oliver Schröm a classé chronologiquement toutes les négligences et erreurs d'interprétation commises par les services américains, qui, avant même le 11 septembre, enquêtaient sur le réseau Al-Qaida. On en ressort avec le sentiment d'une inéluctable marche vers la catastrophe menée par des services insensibles aux mises en garde proférées par les plus lucides.

Tout commence, pour Die Zeit, le 2 janvier 2000, à Kuala Lumpur, où des agents malaisiens et américains espionnent une réunion de partisans d'Al-Qaida. Autour d'un proche d'Oussama Ben Laden sont présents deux Saoudiens, Nawaf Al-Hasmi et Khalid Al-Midhar, et un Yéménite, Ramzi Ben Al-Shaiba. Ces Saoudiens habitent les Etats-Unis sous leurs vrais noms. On les retrouvera dans l'avion qui s'écrasera, vingt mois plus tard, sur le Pentagone. Quant au Yéménite, il vit à Hambourg. Il a été arrêté à Karachi le 11 septembre dernier par les Pakistanais et remis aux Américains. Il est accusé d'avoir été le "logisticien" du complot, celui qui, dans l'ombre de Mohammed Atta, son principal concepteur, a géré tous les aspects techniques et financiers de l'opération.

Les enquêteurs pensent que la réunion de Kuala Lumpur a jeté les bases de l'opération-suicide, mais, à l'époque, la CIA n'a pas jugé utile de demander au FBI ou à l'immigration de surveiller les deux Saoudiens, qui sont tranquillement rentrés aux Etats-Unis puis se sont inscrits dans une école de pilotage. Alhasmi a même vu son visa de séjour renouvelé quelques mois plus tard. Les services allemands n'ont pas non plus été prévenus des soupçons qui pesaient sur Ben Al-Shaiba, ce qui les a pas empêchés d'observer, en juin 2000, une nouvelle rencontre avec Al-Midhar, à Francfort cette fois.


LA LISTE DU MOSSAD

Die Zeit décrit les indices qui s'accumulent au fil des mois sans être suivis d'effets. Inattentions, concurrences interservices, conflits de compétences, lourdeurs bureaucratiques, mauvaise appréciation des enjeux ? Tout à la fois sans doute. Au passage, il décrit le rôle du Mossad, qui semblait lui aussi sur la piste d'Al-Qaida, qu'il soupçonnait de préparer des attentats contre les intérêts israéliens à l'étranger. Déjà évoqué dans Le Monde(6, 7 et 8 mars 2002), le rôle des services israéliens n'a pas fini de susciter interrogations et polémiques. Pour l'hebdomadaire, les agents du Mossad, installés en Floride sous l'apparence d'"étudiants en art", s'intéressaient de fort près à Mohamed Atta et à Marouane Alshehi, qui y prenaient des leçons de pilotage. Ces derniers seront aux commandes des avions lancés contre le World Trade Center. "Selon nos informations, conclut Die Zeit, le Mossad, quelques semaines avant les attaques, a fourni aux Américains une liste de suspects établis aux Etats-Unis pour y préparer des attentats." La liste contenait le nom de 4 des 19 kamikazes.


Georges Marion

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#23 23-06-2010 12:17:30

Christo
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Je découvre le fil qui est une mine d'or

Il reste quelques articles dénichés par Thibaut sur ce fil  dont nous n'avons pas récupéré l'article complet.  Est-ce que l'un d'entre vous abonné au Monde (Marc ?) pourrait les poster ici ?

Les articles à récuperer sont les suivants (les 2 premiers de la liste sont prioritaires) :

- BOURSE : enquête sur une spéculation douteuse avant les attentats du 11 septembre.
Article paru dans l'édition du 05.10.01
http://www.lemonde.fr/web/recherche_bre … 607,0.html

- Bruxelles reprend à son compte la liste noire de George W. Bush
La traque aux opérations financières suspectes
Article paru dans l'édition du 04.10.01
http://www.lemonde.fr/web/recherche_bre … 497,0.html

- Un « Livre blanc » sur Oussama Ben Laden
Article paru dans l'édition du 25.09.01
http://www.lemonde.fr/web/recherche_bre … 866,0.html

- Washington a présenté des « éléments de preuves » contre Ben Laden
Article publié le 04 Octobre 2001
Par LAURENT ZECCHINI
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 725 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=725495

- L'hypothèse de la piste saoudienne
Article publié le 05 Octobre 2001
Par ALI LAIDI
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 2143 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=725661

- Depuis 1996, les Américains ont multiplié les tentatives pour neutraliser Oussama Ben Laden
Article publié le 05 Octobre 2001
Par PATRICK JARREAU
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 677 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=725665

- Le Pakistan voudrait publier les « preuves » américaines
Article publié le 05 Octobre 2001
Par FRANCOISE CHIPAUX
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 779 mots
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ac … _id=725669


Merci smile


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« Toute vérité passe par trois étapes, d'abord elle est ridiculisée, ensuite elle est violemment combattue et enfin elle est acceptée comme une évidence ». Arthur Schopenhauer.

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#24 11-09-2010 12:44:35

bluerider1
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

article qui fera date aussi:

http://www.lemonde.fr/ameriques/article … L-32280184

Hélène Bekmezian >>> à contacter


"Presque toujours, nos contradicteurs ne répondent pas aux objections que nous leur avons opposées, mais aux sottises qu'ils nous prêtent." François MAURIAC (tout le monde est concerné, y compris les "alternativistes") Bluerider / groupes locaux, reopennews, évenements

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#25 11-09-2010 19:29:53

Christo
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

bluerider1 a écrit:

article qui fera date aussi:

http://www.lemonde.fr/ameriques/article … L-32280184

Hélène Bekmezian >>> à contacter

Il faut aller la soutenir et laisser des commentaires sur le site du Monde. Les pro-vo s'y déchainent.  C'est peut etre la carrière de cette journalsite (et plus encore la suite que donnera Le MOnde à cet article  test) qui se joue en ce moment.  Alors SVP, tous sur le site du MOnde pour poster des commentaires de soutien.

Merci


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#26 11-09-2010 19:37:32

selassie
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Il faut être abonné pour réagir
C'est un condensé de réactions au sein d'un microcosme, c'est interessant


L'information est une arme

En ces temps d'imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire (G. Orwell)

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#27 11-09-2010 19:49:09

Pole
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Messages: 4084

Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Christo a écrit:

Les pro-vo s'y déchainent.

selassie a écrit:

Il faut être abonné pour réagir

Je crois avoir trouvé l'explication...
Si Le Monde n'avait pas écris ce qu'ils avaient écris avant, ils se feraient peut-être moins lyncher aujourd'hui.


Les propos tenus sur ce forum n'engagent que leurs auteurs n’impliquent en aucun cas leur approbation par l’ensemble du mouvement.
Les tours jumelles ne sont pas tombées en chute libre. Le WTC 7 oui, sur un peu plus de 30 m.

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#28 11-09-2010 21:09:26

Larez
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Le dernier commentaire actuellement lisible sans abonnement sur
http://www.lemonde.fr/ameriques/article … L-32280184

LeeJunFan
"Je viens de m’abonner au Monde pour saluer le courage d’Hélène Bekmezian
Enfin un média de grande envergure ose évoquer les questionnements légitimes à propos de cet événement
Ces questionnements sont étayés par un grand nombre de spécialistes dans divers domaines qui contestent la version officielle qui a été donnée
J’invite tous ceux qui menacent d’annuler leur abonnement à prendre le temps de consulter ces points de vue"

Puis un peu plus tard, autre commentaire visible :

Alcibiade13
"Théorie du complot... surement. En même temps il suffit de s’intéresser un temps soit peu à l’histoire pour en trouver à chaque page, mort d’homme à la clé et encore plus du coté américain. Si seulement au lieu du mépris renvoyé, il y avait eu une enquête crédible (tant du gouvernement que des média), la question serait réglées. Au Monde d’assumer son rôle en prenant chaque point d’ombre et en essayant d’y répondre!"

Tous les commentaires sont accessibles même sans être abonné. Par contre, il faut être abonné pour laisser un commentaire.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est virulent ! Les gens ne supportent pas (mais vraiment pas !) qu'on puisse oser évoquer le moindre doute sur ce qu'ils ont gober jusqu'à la lie depuis 9 ans ...

Dernière modification par larez (12-09-2010 15:40:19)

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#29 12-07-2011 07:33:23

Kropotkine427
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Bonjour,

un heureux possesseur de ces articles du journal Le monde pourrait-il poster une archive les rassemblant au format jpeg ou pdf sur le "réseau de l'animal gris, mangeur de carottes" ? (à la limite, lien en mp si proscrit sur le forum wink)

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#30 04-02-2012 04:14:30

Le Caid
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Dans son édition du 2 février 2012, Le Monde revient à la charge en publiant « Ben Laden et Lady Di sont morts-vivants » de Pierre Barthélémy.

http://passeurdesciences.blog.lemonde.f … s-vivants/

Il s’agit d’une énième tentative désespérée pour jeter le discrédit sur des citoyens, de plus en plus nombreux, à questionner la version officielle sur la tragédie du 11 septembre 2001.

A l’instar de ses prédécesseurs parus dans les médias dominants, cet article formaté selon un schéma désormais bien connu, s’avère d’une affligeante médiocrité et d’une flagrante mauvaise-foi.
On relèvera notamment :

-    Le refus systématique de la discussion. Les faits sont mis de côté, l’ensemble des travaux qui avaient relevé de graves anomalies et incohérences dans la version officielle sont superbement ignorés, en dépit (ou plutôt à cause) de leur sérieux et leur rigueur scientifique. Cela visiblement embarrasse les partisans de la thèse officielle, notamment au sein de l’oligarchie aux commandes de l’Empire.

-    Le  recours dans les meilleurs des cas à  la dérision et dans le pire des cas, à la diffamation et à l’intimidation. Ceux qui contestent la thèse officielle sont tantôt considérés comme des gens influençables, prisonniers de leurs préjugés hostiles aux Etats et deviennent à ce titre « des cas intéressants » pour des études en psychologie… Mais le plus souvent,  on sort  l’artillerie lourde menée toujours sous le même angle d’attaque avec usage d’un arsenal inquisitoire qu’on connait à présent  par cœur: Les sceptiques deviennent alors des « adeptes de la théorie du complot », des « conspirationnistes »,  voire pire encore : des « ennemis de la liberté », « des révisionnistes » ou « d’affreux antisémites » (ces  derniers termes n'ont pas été cités dans le présent article, même s'ils apparaissent souvent en filigrane dans ce genre de "procès")
Et dans ce climat de peur, Il est normal que, beaucoup de gens se terrent et préfèrent se taire.

-    L’entretien délibéré de l’amalgame et de la confusion pour démolir toute tentative de remise en question de la version officielle des attentats du 11 septembre en la noyant  dans un océan de petites histoires fantaisistes, alimentées par des rumeurs populaires (mort suspecte de Lady Di, personne n’a marché sur la Lune, l’extraterrestre de Roswell est authentique, etc.) 
Ainsi, Pierre Barthélémy assène malhonnêtement : « Pour les adeptes des théories du complot, Oussama Ben Laden se situe toujours dans cet entre-deux (mort ou vif) : certains pensent qu'il a été tué bien avant le fameux assaut d'un commando américain le 2 mai 2011, d'autres sont persuadés qu'il vit encore. Et parfois, ce sont les mêmes ! »
Personnellement, j’aimerais bien savoir où Pierre Barthélémy a-t-il déniché  ces « schizophrènes » ?
… Bien-sûr qu’il existe des gens convaincus que Ben Laden est encore vivant et d’autres qui pensent qu’il est vraisemblablement mort depuis longtemps mais en aucun cas, il ne s’agit ni des mêmes personnes ni des mêmes arguments.

En revanche, P.Barthélémy reste muet devant la gestion étrange adoptée par l’administration américaine pour clore le dossier Ben Laden et nous invite à croire sur parole le « saint » Obama…

Pour conclure, je forme le souhait de voir les journalistes « mainstream » et tous ceux qui soutiennent la version officielle des attentats du 11 septembre de relever le débat, d’interpeller la raison plutôt que la pseudo morale et les sentiments hypocrites et de mener honnêtement de véritables investigations pour faire avancer la vérité dans cette tragique histoire.

Dernière modification par Le Caid (04-02-2012 06:51:37)

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#31 05-02-2012 05:19:29

Ecart type
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Oui, c'est n'importe quoi ...

Ils testent des théories alternatives en demandant aux gens de s'exprimer de 1 = Pas du tout d'accord à 7 = Tout à fait d'accord.
Donc ceux qui ne croient pas à une version officielle expriment un accord (plus ou moins important) avec plusieurs théories alternatives.
Et les auteurs concluent : Ces sceptiques se contredisent ! hmm

En fait leur questionnaire semble mal fait.
Il aurait fallu proposer des réponses du genre "possible", "probable" ou "vrai", comme dans le sondage HEC.
Et la, ceux qui ne croient pas à une version officielle auraient sans doute jugé "possible" plusieurs versions alternatives.
Et ça n'a rien de contradictoire.

Dernière modification par Ecart type (08-02-2012 01:57:53)

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#32 05-02-2012 21:41:45

Larez
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Bienvenue sur ce forum Le Caid wink

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#33 05-02-2012 21:54:34

charmord
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Oui, excellent premier message.


La manière la plus sûre de corrompre une jeunesse est de l'instruire a tenir en plus haute estime ceux qui pensent de même que ceux qui pensent différemment."

Friedrich Nietzsche

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#34 08-02-2012 00:41:29

Le Caid
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Merci à vous Larez, Charmord  smile
Je tâcherai d'être un peu plus assidu, d'autant que le sujet du 11 septembre me tient à cœur... notamment depuis que j'ai découvert ce remarquable site !

Dernière modification par Le Caid (08-02-2012 00:47:05)

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#35 08-02-2012 14:37:23

Le Caid
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Et voilà le Monde qui en remet une couche, en faisant la promotion des films « très tendance » sur le thème du Ben Laden mort-vivant :

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2012/ … r=RSS-3208

Eh oui, il vaut mieux à présent aborder la tragédie  11 septembre sous l’angle de la distraction, « l’entertainment » afin de pouvoir fuir les questions qui dérangent.

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#36 08-02-2012 14:59:20

Larez
Responsable du forum
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Messages: 6539

Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Indépendamment du sujet traîté, il s'agit de LeMonde.fr/Blogs et pas directement de la version papier ou de sa version Internet LeMonde.fr
Je pense que ça fait une grosse différence. Non ?
Je ne connais pas bien ce site. Qui oeuvre (ou qui peut oeuvrer) sur ces blogs ? Monsieur ToutLeMonde ou des journalistes ?

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#37 08-02-2012 16:01:31

Le Caid
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Larez,
Y-a-t-il  une si grosse différence Le Monde et ses blogs?
On peut toujours essayer et contester la version officielle sur les attentats du 11 septembre  dans l’un de ces fameux blogs…  mais avec la quasi-certitude de se faire éjecter illico presto.

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#38 08-02-2012 16:07:34

Redford
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Messages: 5701

Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

Les blogs du monde sont selectionnés autant que je sache. Je pense donc que ce n'est pas anodin.


"Croire l’histoire officielle consiste à croire des meurtriers sur parole"  Simone Weil

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#39 08-02-2012 16:29:40

Larez
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Messages: 6539

Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001

OK. Merci à vous deux pour ces précisions que j'ignorais.
Mais c'est effectivement évident qu'on ne doit pas pouvoir parler impunément de tout ce qui coince dans la VO sans "se faire éjecter illico presto" (sic).
Ce n'est absolument pas une surprise.

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#40 17-07-2013 18:25:02

tournesol01
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Re: Articles parus dans le Monde à partir du 11 / 9 / 2001


Retraité, intéressé, motivé, estomaqué, écoeuré....

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