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#1 08-12-2006 11:54:08

Thibaut
Membre Actif Asso
Lieu: bruxelles
Date d'inscription: 30-04-2006
Messages: 4633
Site web

Livre: Grammaire de la supercherie de Tariq Ali

Je viens d'acquérir ce petit livre formidable, que je conseille fortement. petit prix et gros impact...


http://www.homme-moderne.org/societe/po … iext1.html

Tombeau pour Tony Blair

Ce texte est extrait du chapitre 3 de Tariq Ali, Quelque chose de
pourri au Royaume-Uni — Libéralisme et terrorisme
, Éditions Raisons
d'agir,  sortie le 7 décembre 2006. ISBN: 2-9121-0732-6, 6 euros.
[Publié avec l'aimable autorisation des Éditions Raisons d'agir]

La crise de la représentation induite par le consensus caché qui
règne entre les grands partis et par le soutien dont ils bénéficient
dans les médias peut conduire à des explosions politiques
inattendues,à de véritables charivaris — au sens historique que E.
P. Thompson donne à ce terme22 —, évidemment très mal supportés
par les reclus de la bulle politico-médiatique. Le rejet par les
électeurs français et néerlandais d’un projet de Constitution
européenne enfermant le pouvoir venu d’en haut dans les frontières
libre-échangistes en a été un exemple; il se serait sans aucun doute
répété en Grande-Bretagne si le gouvernement n’avait annulé le
scrutin.

Le modèle néolibéral a atomisé la vie sociale et politique,
affaibli la responsabilité démocratique et radicalement détruit les
marges de manœuvre réformistes au sein du système. La
désindustrialisation a conduit au déclin des syndicats et des partis
ouvriers. Un gigantesque complexe associant la publicité et le loisir
a façonné la culture de masse selon les besoins du marché. En
Grande-Bretagne, cet affaiblissement et cet évidement du processus
démocratique sont allés encore plus loin que dans d’autres pays
européens grâce à des dispositifs constitutionnels grotesques :
système électoral majoritaire, monarchie télévisuelle, deuxième
Chambre non élue. Le système électoral britannique a permis
d’occulter le reflux incessant du soutien populaire au New Labour. En
1997, 13,5 millions d’électeurs ont voté travailliste (c’était
déjà moins que les 14 millions qui avaient accordé leur voix à John
Major en 1992). En 2001, le nombre de suffrages pour le même parti est
tombé à 10,7 millions. En 2005, il a encore chuté pour atteindre 9,5
millions — à peine un cinquième (21,8 % seulement) de
l’électorat total. C’est le taux de votes favorables à un
gouvernement le plus faible de toute l’Union européenne. Encore
moins que les 32 % d’Américains qui ont voté Bush.

Cependant, grâce au tour de passe-passe du système électoral
majoritaire, ces votes en baisse ont continué à donner des majorités
parlementaires écrasantes au Parti travailliste. En 2001, avec un taux
d’abstention record de 41 %, il obtenait 413 sièges, les
conservateurs 166 et les libéraux démocrates 52. En 2005, avec une
participation un peu meilleure, le système lui octroyait 356 sièges
pour 35 % des suffrages, les Tories en obtenaient 198 pour 30 % des
voix et les Liberal Democrats 62 pour un score de 22 %. Près de 3
millions d’électeurs travaillistes issus des vieux bastions
industriels du Nord et des West Midlands avaient décidé de
s’abstenir. La pénétration des coffee shops Starbucks dans les
vieux centres-villes n’est, hélas, pas parvenue à casser le
sentiment profond d’aliénation et de désespoir. L’autre grande
catégorie d’abstentionnistes est composée en grande majorité des
moins de 25 ans. « Nous sommes un pays jeune », avait glissé un
speech writer dans l’un des monologues électoraux de Blair. Une
majorité des 18-25 ans n’ont voté ni en 2001 ni en 2005. On sait
que Gordon Brown n’affectionne guère le surréalisme. Il a pourtant
donné une explication de ce phénomène qui s’en inspire : si tant
de gens n’ont pas voté, c’est parce qu’ils étaient satisfaits
de la politique du gouvernement! Ces abstentions, associées à un
déclin massif du vote conservateur (passé de 14 millions en 1992 à
9,6 millions en 1997, à 8,3 millions en 2001 et à 8,7 millions en
2005), soulignent la crise de représentation que connaît le système
actuel. Le démocratisme a triomphé au détriment de la démocratie.
Et la Grande-Bretagne glisse vers le modèle des États-Unis : les
pauvres se moquent bien de voter et les riches allongent 200 millions
de dollars pour soutenir le candidat de leur choix.

COLÈRES ET PROTESTATIONS

Grâce au système parlementaire et à la bulle médiatique, Blair
n’a pas été affecté très longtemps par la baisse de popularité
de sa politique. Mais peu à peu il a mécontenté une fraction
significative de la population. Au sein de la bulle, beaucoup étaient
incrédules. « Une question de politique étrangère qui déciderait
des élections ? Ridicule. » C’est pourtant ce qui s’est passé.
La grammaire de la supercherie utilisée par Blair et ses ministres
pour soutenir Washington et sa politique guerrière au Moyen- Orient
leur a aliéné des millions de gens. Et ce phénomène ne s’est
nullement cantonné aux électeurs traditionnellement travaillistes :
il s’est étendu à l’« Angleterre moyenne ». Combien de fois
a-t-on entendu : « J’approuvais sa politique, j’admirais son
éloquence, je me moquais de sa révérence envers l’Église, et puis
il y a eu l’Irak. Il a menti. Je ne lui pardonnerai jamais » ? La
montée de la colère publique vis-à-vis du gouvernement n’a pas
grand rapport avec des justifications idéologiques. Les citoyens
ordinaires ont senti simplement qu’on leur vendait des mensonges.

[...]

À cet égard, on peut remarquer que la réaction de la presse de
gauche en Grande-Bretagne est restée très en deçà de celle des
États-Unis. En d’autres termes, même si la politique étrangère
des États-Unis et celle de la Grande-Bretagne ont été identiques, la
gauche britannique a été beaucoup plus réticente à critiquer Blair
que la gauche américaine à critiquer Bush. Mark Danner, notamment,
auteur d’un livre dénonçant les actes de torture perpétrés à
Abou Ghraib, a suggéré dans la New York Review of Books que
l’équipe Cheney-Bush usait du pouvoir non seulement pour déformer
la vérité mais aussi pour imposer sa propre réalité : « Selon ce
raisonnement, le pouvoir a toute latitude pour façonner la vérité :
il peut, en fin de compte, déterminer la réalité, du moins la
réalité acceptée par la plupart des gens — c’est un point
essentiel, car l’administration Bush a été particulièrement
prompte à reconnaître que, en politique, l’important n’est pas ce
que croient les lecteurs du New York Times, mais ce que la plupart des
Américains veulent bien croire. […] Les arguments devaient donc
toujours être gros, clairs et puissants ; ils devaient s’adresser
aux émotions et aux instincts, pas à l’intellect. La vérité
importait peu ; elle était entièrement subordonnée à la tactique et
à la psychologie25. »

LES TRAITS RAVAGÉS DU VAINQUEUR

La campagne électorale de 2005 fut l’une des plus mornes de
l’histoire britannique. Sur toutes les questions importantes, les
conservateurs ont soutenu leur adversaire — les dirigeants
conservateurs étaient tout aussi impressionnés par Blair que celui-ci
l’avait été par Thatcher. Les Liberal Democrats n’ont pas fait de
l’Irak le thème central de leur campagne, même si, au début, ils
s’étaient opposés à l’entrée en guerre et avaient opté pour le
retrait de toutes les troupes britanniques en décembre 2002. Ils
étaient affligés d’un chef de file si incapable qu’il n’a pas
su profiter des faiblesses du New Labour. Les Verts et la récente
alliance baptisée « Respect » — une coalition électorale
antiguerre menée par le Socialist Worker Party, la formation
d’extrême gauche la plus importante de Grande-Bretagne, et des
groupes musulmans — ont concentré leur campagne sur l’Irak, tout
comme certains candidats libéraux-démocrates individuellement ainsi
que le groupe Familles de militaires contre la guerre. Parmi eux, seul
Respect a gagné. George Galloway, chassé du groupe parlementaire
travailliste du fait de son opposition intransigeante à la guerre en
Irak, a gagné sans difficulté un siège travailliste dans l’East
End londonien : à Bethnal Green and Bow, quartier situé près de la
Tamise et des docks où s’établissent traditionnellement les
réfugiés29. Les musulmans bengalis y sont aujourd’hui nombreux et
représentent une fraction considérable de l’électorat. Ils ont
choisi, malgré la forte pression de la hiérarchie travailliste,
d’élire un homme blanc non musulman, parce que, comme lui, ils
étaient opposés à la guerre. Ailleurs, le clanisme a prévalu.
Nombre de militants antiguerre ne sont pas parvenus à comprendre que
le New Labour était à un « tournant historique » et que, pour
vaincre les députés va-t-en-guerre, il fallait un vote tactique à
grande échelle dans tout le pays.

Blair a gagné, mais il a rassemblé des votes populaires dégoûtés
et une majorité parlementaire réduite. Au cours de la soirée qui a
suivi l’élection, l’un des candidats rivaux du Premier ministre,
qui a perdu un fils en Irak, a dénoncé la guerre, et l’inhumanité
de Blair : ce fut un moment poignant. Livide, le vainqueur s’est
efforcé de rester calme et d’endurer les attaques. C’est à ce
moment-là que j’ai pensé à Dorian Gray. Quel contraste entre le
visage du « nouveau, nouveau, nouveau » dirigeant, qu’on nous
montrait en 1997 auréolé de drapeaux britanniques savamment disposés
par Mandelson, et les traits ravagés de ce politicien méprisé en
2005. La guerre avait terriblement mal tourné. La propagande avait
décervelé le pays, mais les images sanglantes affluaient, encore et
toujours.

22 – Edward P. Thompson, Customs in Common. Studies in Traditional
Popular Culture, New York, 1992.

25 – Mark Danner, « The Secret Way to War », New York Review of
Books, 9 juin 2005. Danner est l’auteur de Torture and Truth :
America, Abu Ghraib, and the War on Terror, New York, 2004.

29 – D’abord les huguenots fuyant la répression catholique en
France après le massacre de la Saint-Barthélemy, et, quelques
siècles plus tard, les juifs fuyant les pogroms tsaristes de Russie et
de Pologne, puis de l’Allemagne nazie (NdA).


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